‹ L’Oeil de feuChapitre 17 sur 17 · CONCLUSION · texte numérisé non relu

CONCLUSION

Le lendemain on s'embarqua, et, avant le coucher du soleil, les trois voyageurs avaient gagné le fort Edward où se trouvait réunie l'armée Anglaise.

En apercevant la jeune fille, le colonel courut à elle et la serra tendrement entre ses bras, comme si elle eut été son enfant.

Le premier mot de Clara fut pour demander des nouvelles de son père :

— Aurez- vous la force de supporter ce que j'ai à vous dire de lui? répliqua le commandant à voix basse.

— Parlez, répondit Clara dont les lèvres devinrent pâles ;l'incertitude est le pire de tous les maux.

Le colonel la prit pour la mener au quartier. En

entrant dans la. salle d'armes, ils trouvèrent un officier assis contre une fenêtre : à leur arrivée il se leva précipitamment, et étendit les bras en poussant un cri de joie. La jeune fille vola vers lui comme un oiseau, l'embrassa avec efïusion c'était son père ; c'était le major Bowen.

Le brave Montcalra l'avait retiré des mains des Indiens, traité courtoisement, et remis en liberté aussitôt après la prise du fort. Ge dernier bonheur mit le comble à la joie de Clara; jamais la Providence ne luiavait paru aussi miséricordieuse.

Nous ne nous arrêterons pas à reproduire sonentretien avec son père ; d'autres événements sont plus intéressants à placer sous les yeux du lecteur

Au bout de quelques heures, Warren î^parut:

il était accompagné d'un grand et bel homme, au visage énergique, aux yeux hardis, qui portait l'uniforme des Rangers, ces si célèbres dans l'histoire américaine.

Cet officier était Israël Putnam, de révolu-

tionnaire mémoire, le chef renommé d'un régiment plus renommé encore.

— Je viens de mettre la main sur ce scélérat de Ralph, et je ne le lâche plus! s'écria-t-iljoyeusèment, de sa voix mâle et sonore : J'ai si bien

pris possession de lui que je l'ai consigné là dans ma poche, sur une commission de capitaine dans mon régiment. Rrran ! plan ! plan !

battez aux champs ! — Ah ! un mot, s'il vous plaît, major Bowen, venez par ici quelques secondes ; miss Clara nous excusera.

— Je crois bien que vous ourdissez quelque affreux complot, colonel Putnam! répondit la jeune fille avec un sourire. Je me consolerai de votre absence en causant avec le commandant.

— Non pas ! non pas ! miss : je vous l'enlève aussi. Venez un peu, commandant ; j'ai besoin de vous. — Ralph allez tenir compagnie à miss Clara.— Et vous messieurs

A ces

mots il entraîna ses interlocuteurs jusqu'à l'autre extrémité de la salle ; puis, prenant le major Bowen par un bouton de son uniforme: — Mon cher, continua- t-il, je veux que ces jeunesses là soient confortablement et péremptoirement mariées. Tous deux se conviennent, s'adorent ; ce sera un délicieux ménage. Ralph est digne en tout point de devenir votre gendre ; il* a bien mérité cette faveur ! mille bayonnettes ! on peut dire qu'il a conquis sa fiancée. Marionsles donc 1

^^^^^P^I^tariAè^H^

— Moii cher Putnain, répondit Bowen, je suis tout à fait de -votre avis. D'ailleurs ils soiit fiancés, ils espèrent un heureux avenir ensemble, ce n'est pas moi qui voudrais les contrarier.

— Bien ! répliqua Putnam à haute voix, de manière à se faire entendre à l'autre Bout de la salle. — Eh ! Ralph î* que dit cette jeune miss?

Ralph devint aussi rouge que Clara.

— Hum! poursuivit « le vieux Peut » çà me paraît aller très-bien de ce côté ; nous pouvons faire mander le chapelain.

— Colonel Putnam ! Vous me tyrannisez ! s'écria Clara ens'armant de courage, osez-vous bien ainsi disposer de moi ?

— Rébellion ! il y a rébellion flagrante î çà, ne se passera pas ainsi ! Qu'on appelle le cha pelais r — Barnes î eûtendô2*vûus 1 Attention au commandement! qu'on garde à vue les deux prisonniers f

Le lendemain fut tm heureux jour; le mariage fut célébré dans la modeste chapelle du fort, en présence de toute la garnison qui avait voulu rendre les honneurs militaires à Warren.

Il n'y a pas de ciel sans nuages... il n'y a pas

de félicité complète : un incident auquel ils n'avaient pas songé vint attrister les joyeux époux.

Ce fut le départ d'un ami.

Vers le soir, au moment où ils étaient seuls dans le logement du colonel, une ombre entra d'un pas léger et s'arrêta près d'eux.

— OEil-de-Feu va partir, dit l'Indien de sa voix expressive et gutturale; il s'en va seul. Le Grand-Ëlan n'a plus besoin de son aide : Ut-tawan est triste quoique son cœur se réjouisse pour ses amis. — Adieu.

Il leur tendit les mains. Clara en prit une qu'elle pressa contre ses lèvres; Balph serra l'autre contre son cœur.

Puis ils l'accompagnèrent jusqu'à la limite

des bois.

— Chef ! que Dieu vous bénisse ! dirent-ils

ensemble .

humide

rapide et silencieuse.

Au bout de quelques secoB^S -:|)Éil^-Feu avait disparu. i^ -.>.. j

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