‹ L’Oeil de feuChapitre 2 sur 17 · TV · texte numérisé non relu

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Jl'Qffraifc"" aux Anglais d'autres avantages : occupant le. centre du territoire Iroquois, il servait à maintenir en 'respect cette tribu puissante et inquiète. Les, guerriers sauvages se prétendaient amis des Anglais, et. dans certaines occasions, leur rendaient des services ; mais les plus jeunes chefs, appuyés par de nombreux adhérends, se tenaient constamment sur le pied de guerre et tiraient profit des démêlés entre les Français et les Anglais. .

Pendant toute la durée de cette longue et sanglante lutte, à laquelle on a donné le nom de guerre Franco-Indienne dans l'histoire coloniale, des nuées de Sauvages, se rangeant alternativement du côté dû plus fort, ne cessèrent de har celer les Se Hier s (défricheurs), les Border s (bûcherons des frontières), tous les hardis pionniers de la civilisation qui se répandaient sur l'extrême limite du désert. Journellement les convois étaient interceptés, les petites caravanes pillées,

les individus isolés étaient tués impitoyablement.

L'histoire de ces agitations quotidiennes, de ces combats incessants mais sans gloire est pleine d'intérêt ; plus d'une famille a conservé

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ces traditions, et se rappelle ■ encore 'les émouvants récits faits par leurs ancêtres, -lès vieux Settlers de l'Indépendance Américaine. >\ Oswego est placé sur le lac Ontario, il occupe

les deux rives de la rivière du même nom, appela

lée ensuite Onondaga, à cause de la grande tribu des Six-Nâtiôns qui vivaient aux sources de ce

cours d'eau.

L'Onondaga a un courant large et rapide entrecoupé de chûtes ou cascades, surtout vers

son embouchure. La plus importante de ces chûtes nommées aussi Rapides ,est celle de Little Falls, proche du village de Fulton. Il y en aune autre également très-forte, à environ un demi-

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mille d'Oswego.

En s'approchant du lac, la rivière s'élargit, se bifurque en deux branches, et forme un des plus

considérables affluents du lac. Les deux branches de cet immense cours d'eau ont été le théâtre de nombreux et sanglants combats.

Les Anglais, avec le génie positif de leur nation, comprirent bien vite l'importance d'un semblable poste : dès 1727 ils construisirent une Block-House (forteresse en troncs d'arbres) sur le rivage escarpé près de l'embouchure; et, en 1728,

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ils é tablir ent des deux côtés de la rivière tout un système de fortification.

L'emplacement était choisi d'une manière admirable, tout concourait pour rendre imprenable la citadelle qu'on y avait élevée. L'ensemble des bastions reposait sur une plate forme rocheuse à arêtes perpendiculaires, élevée considérablement an dessus de la plaine environnante. Cette position dominait à la fois la forêt, la rivière et le lac. Pour aborder soit l'eau, soit la terre, il fallait passer sous les feux croisés de tons les fortins échelonnés autour de la Block-House ; une surprise était impossible, un assaut périlleux, un blocus impraticable. À l'époque dont nous parlons, Oswego était une place imprenable.

Il y avait des bruits de combat dans l'air:

Montcalm, le fameux général Français, assiégeait Québec et Montréal. Les espions anglais signalaient l'apparition dans le nord du lac, d'une flotille nombreuse, forte en artillerie, bien munie d'hommes.

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Le commandant du fort Oswego, homme habile et expérimenté, fit donner avis à Albany du danger qui le menaçait ; mais avec l'insouciance

aveugle qui caractérisait le gouvernement colo-

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niai, on trouva burlesque ridée d'une invasion Française, et on s'endormit sur les deux oreilles sans prendre aucune mesure de précaution.

Par une belle journée du mois de juillet 1756, deux hommes étaient assis à l'ombre d'un grand chêne, près de l'endroit où la rivière Onéïda se jette dans le Sénéca et où les deux confluents perdent leur nom pour prendre celui d'Os-

wego.

Ces deux individus étaient étendus dans une altitude de profonde indolence ; l'un deux tirait d'énormes bouffées d'une longue pipe indienne; l'autre s'escrimait sur un fétu avec un petit couteau, et, par là, dénonçait clairement sa nationalité. Car l'Yankee de nos jours ressemble idendiquement à celui des premiers temps ; il lui a

toujours fallu le couteau de poche parmi son nécessaire.

Le fumeur était un indien portant le costume des Onondagas : il est difficile d'apprécier l'âge d'un Peau-Rouge; celui-ci pouvait avoir une quarantaine d'années. Sa veste de chasse en peau de daim était ornée de franges, et de beaux bou- | tons dorés qui fermaient le vêtement sur la poi-

trine: ses guêtres, également ornées de passe-

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menteries fantastiques, complétaient un costume tel que l'eût rêvé et convoité amoureusement toute la gentry du désert. Il était armé de l'inévitable tomahawk, d'un long couteau à deux tranchants, et d'une carabine damasquinée ; cette arme, d'origine Anglaise, était un chef d'oeuvre de précision, c'était un vrai trésor pour le guerrier indien.

Une plume d'aigle fièrement placée dans le Scalp-Lock (mèche de cheveux longs réunis sur le sommet de la tête comme un panache); un visage noble et intelligent ; des yeux noirs comme la nuit et lançant des éclairs; une stature élevée, robuste, admirable de formes ; des muscles saillants au moindre geste comme des fils d'acier: tel était le signalement fidèle de ce fils du Far-west.

Son regard perçant et scrutateur sondait cons- f

tamment les alentours au moindre frisson de feuille ou de brin d'herbe, et ne se tenait en repos que lorsqu'il avait constaté l'absence de tout danger.

Son compagnon était un jeune homme de race blanche, dont le costume et la tournure avaient le même aspect martial et chasseur ; seulement il portait sur la tête une cape rond e en peau de

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loutre, dont la queue ondulait sur ses épaules avec une certaine grâce.

Fort, musculeux, hardi de visage, l'œil clairet loyal, la lèvre iine et souriante, sans peur et sans reproche, Ralph Warren était l'éclaireur Anglais le plus intrépide et le plus redouté des Français,

Ralph Warren avait été un citoyen paisible, vivant avec son père sur le MohawK. Un jour, quelques rôdeurs Français et Indiens s'abattirent comme âes oiseaux de proie sur le Seulement (la Ferme, rétablissement); personne n'y échappa

au tomahawk des Sauvages : Ralp était à la chasse ; en revenant il trouva la maison paternelle réduite en cendres, inondée de sang, habitée seulement par des cadavres.

Le cœur gonflé de douleur et de colère, il allu^ma un bûcher stir lequel il brûla pieusement les restes de son père, de sa mère, de sa sœur tout enfan fc \ ensuite il prit sa carabine et s'enfonça dans les bois. Depuis ce jour il resta fidèle au terrible serment qu'il avait fait, et malheur à l'Indien, au Huron ou au Français qui le rencontraient dans les bois.

Le Peau-Rouge Ut-ta-wan qui reposait auprès

de lui était de noble race ; il avait été chef dans sa tribu. Mais abreuvé d'insultes et rejeté violemment par les intrigues jalouses des autres guerriers, il avait dit adieu aux tombes de ses pères, et s'était mis à vivre solitaire, farouche,

sansfamillo.il était devenu batteur d'estrade, détesté et craint par tous les rôdeurs du désert, à quelque drapeau qu'ils appartinssent : personne n'osait se mesurer avec lui, car on redoutait sa

main meurtrière.

Les officiers Anglais tenaient beaucoup à ces

deux incomparables éclaireurs, et ils auraient autant aimé perdre un régiment que ces auxiliaires précieux. . * - .

Tout en se reposant ils devisaient "ensemble : "—Mon frère a-t-il vu le chef des guerriers, demandait Ut-ta-wan .

L'autre fit un geste d'impatience et répondit : — Oui, je l'ai vu,... mais voilà tout. Vous et moi nous en savons sur les projets des Français plus que tous les Anglais de New-Yorck ensemble. Ali I oui, vraiment ! je vais à Albany ; je cherche Abercrombie; je lui explique que les Français sont en marche pour attaquer Oswego. Que croyez- vous qu'il m'a répondu? Il m'a dit

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le plus paisiblement du monde qu'il n'en était nullement convaincu parce qu'il tenait d'un Indien que les Français ne faisaient aucun préparatif d'attaque, et nous attendaient pour nous tomber dessus. — Bon! je m'en vais mécontent, je cherche, et je finis par trouver celui qui l'avait si bien renseigné. Vous ne devinez pas qui c'est...?

— Ugh ! je ne sais, un Huron peut - être, répliqua sentencieusement l'Onondaga.

— Vous n'y êtes pas. C'était Ireton le Mohawk !

Une flamme soudaine jaillit des yeux d'Ut-tawan, il murmura à voix basse :

— Qu'il se trouve un jour sur mon chemin ! Je prendrai son scalp.

— Je l'ai rencontré dans une rue, fier et pimpant, le lendemain. Le gredin ne s'attendait pas à me voir, il s'est esquivé dans quelque passage. Mais j'ai eu le temps de le regarder entre les deux yeux d'une certaine façon.

' — Pourquoi n'avoir pas pris son scalp ? On n'en a jamais tué de plus vil et de plus méchant.

— Il n'y avait pas moyen : une demi-douzaine

de vauriens de son espèce étaient avec lui ; la

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