‹ L’Oeil de feuChapitre 3 sur 17 · partie n'était pas égale. Mais laissez le faire ; je le · texte numérisé non relu

partie n'était pas égale. Mais laissez le faire ; je le

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joindrai en bon lieu, en dépit de toutes ses ruses. 1\ espère m'échapper comme si je n'étais pas sûr de trouer sa vilaine peau, quand je le voudrai sérieusement.

— Je suppose qu'il viendra à Oswego ?

— Je le pense. Vous vous rappelez que je n'ai fait aucun signal lorsque je vous ai trouvé au lac Onéïda.

— C'est vrai.

— Ireton m'avait suivi tout le long de la route depuis Albany. Je l'ai vu une fois d'un trou où je m'étais caché... j'aurais pu le toucher en étendant la main, chef!

Ut-ta-wan se leva, visita l'amorce de son fusil, fit jouer son couteau et son tomahawk dans sa ceinture, puis se prépara à partir .

— Où allez- vous ? dem anda Ralph .

— A la découverte: répondit brièvement le chef ; quand vous entendrez deux fois le cri du faucon, venez ; vous me trouverez avec un canot.

Le jeune Américain s'était soulevé â moitié ; il se renversa indolemment sur l'herbe pendant que son ami rouge s'enfonçait dans la forêt le

fusil en ayant, Son allure était cette espèce de

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trot allongé, particulier aux Indiens, si léger qu'il froissait à peine les brins d'herbe, si rapide qu'il aurait devancé le meilleur cheval.

Sans souci d'aucun danger, Ralph étendu sur le dos laissait errer ses yeux dans le profond azur. Il aimait la rêverie — cette fleur de la jeunesse — et se prenait à songer que peut-être, du haut des régions célestes, des yeux amis le contemplaient avec un doux sourire.

Il fut soudainement tiré de sa rêverie par un cri perçant qui paraissait venir du bois, à peu de distance : une seconde après retentit un hurlement de d ouleur trop familier pour qu'il ne le reconnût pas aussitôt ; c'était la clameur mourante d'un Indien scalpé.

Prompt comme Péclair il sauta debout, le fusil prêt à faire feu. Le cri ne fut point répété dans cette direction; mais des vociférations qui surgirent de tous côtés à environ un mille de distance, lui apprirent que la bande d'Ire ton était

f sur pied .

Quelle avait été la victime? Ralph avait peine à croire que ce fut Ut ta-wan, car il connaissait l'adresse et la vaillance de ce chef. À tout hasard il cçiurut rapidement jusqu'à la rivière, et se Mot

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tit dans les buissons du rivage' attendant les évô-

nements.

Une grande demi-heure se passa ainsi dans le

plus profond silence : Ralph commençait à se demander si son ami TOnondaga n'aurait point eu quelque mauvaise aventure, lorsque le cri du faucon retentit avec force de l'autre côté de l'eau. Il prêta l'oreille : le signal fut réitéré.

Au troisième appel, Ralph lia sur un morceau de bois flottant son fusil, sa poudrière, et son sac à plomb, puis il se jeta à la nage, poussant ces objets devant lui.

Cette partie du cours d'eau, aujourd'hui connue sous le nom des \ Trois Rivières » , était alors bordée de buissons épais, surplombant l'eau jusqu'à une grande distance des rives. Malgré la rapidité du courant, le robuste nageur traversa le fleuve en ligne droite, et aborda de l'autre côte presque vis-à-vis de son point de départ. Immédiatement il se cacha dans le fourré. A peine y était-il, qu'une guirlande de fumée blanche surgit entre les feuillages du bord opposé, et une balle siffla à ses oreilles.

En même temps une tête empanachée apparut, examinant avidement le résultat du coup ;

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plus prompt que l'éclair, le batteur d'estrade lit feu ; l'Indien tomba la face contre terre et vint rouler jusquesur la rive, la poitrine trouée d'une balle.

Imbécille ! murmura Warren en rechargeant

paisiblement sa carabine ; il l'a bien cherché ! Où donc est Ut-ta-wan ?

— Ici, fit une voix gutturale, dans son oreille. Warren se retourna et vit l'Onondaga à côté

de lui. Ce dernier était entrain de jeter par terre le, peu de vêtements qui pouvaient être considérés comme superflus.

— Où allez -vous, chef ?

— Scalper le Mohawk : j'ai déjà une chevelure, il m'en faut deux aujourd'hui.

— Et vous risqueriez votre vie pour capturer une mèche de. cheveux? demanda le batteur d'estrade en haussant les épaules.

— Pourquoi pas? Quel risque y a-t-il? qui donc me tuera ? Ce Mohawk sera scalpé par un autre, Ut-ta-wan ne peut pas souffrir çà.

— Eh bien ! moi, je vous dis que vous n'irez pas ! tenez, la besogne sera faite sans vous ; voyez plutôt. ».

Effectivement on vit une main brune s'allonger :

avec précaution, saisir par les jambes le corps de l'Indien, et le faire disparaître. Un expression de vif mécontentement se peignit sur la face de l'Onondaga; le trophée convoité lui échappait

— Régardez donc, murmura-t-ii d'un ton irrité; voilà un scalp perdu. Je n'aurai jamais pareille occasion de prendre une chevelure. Qu'allonsnous faire Biq-Elk ? (Grand-Élan, nom Indien de Ralph).

— 11 faut que nous soyons à Oswégo cette nuit. Je suis trop mécontent pour y rester, on m'y emploierait uniquement à dresser deux mille réguliers (soldats) à exécuter la charge en douze temps : Pouah ! quels imhécilles ! Mais si Aber

crombie a perdu la tête, je ne veux pas lui confier le soin de la mienne. Avez-vous un canot ?

Sans répondre, l'Onondaga le conduisit à l'autre extrémité du promontoire; là, ils trouvèrent une petite barque d'écorce échouée sur le sable

Avant de l'aborder, Ralph se coucha sous les buissons, et éleva en l'air au bout de son fusil son capuchon en peau de Loutre : il voulait vérifier le point de savoir s'il y avait des Indiens sur le bord opposé du Sénéca comme il s'en trouvait sur celui de l'Onéida,

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Aussitôt sifflèrent des balles, les unes ricochant sur l'eau, les autres faisant jaillir l'écorce des arbres et fauchant les brouissailles au dessus de sa tête. Le capuchon tomba, percé de deux trous: aussitôt un long hurlement de triomphe retentit dan? les bois ; l'ennemi croyait avoir abattu le redoutable Grand Elan^ si détesté par toutes les tribus Indiennes.

Ralph se mit à rire silencieusement, et passa ses doigts dans les deux trous du capuchon, en regardant le chef.

— Bien vite ! di t ce dernier ; Ireton est là.

— Gomment le savez -vous ?

— Est-ce que je ne. reconnais pas son rifle? Je l'ai entendu assez souvent. Il tire de bons coups.

— Je lui paierais bien ça, s'il voulait se montrer un peu.

— C'est ce qu'il ne fera pas \ c'est un vieux par-

tisan sur le sentier de guerre. Un jeune brave se montrerait et recevrait la mort, comme celui de tout à l'heure.

— Dites moi, QEil-de-feu ; nous sommes dans un piège?

— C'est possible. Ils ont traversé l'Onéïda, et sont allés, se poster plus bas sur le Sénéca. Il y

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en a aussi sur le promontoire : nous prendrons leurs scalps.

L'imperturbable sang froid du chef était digne de la calme indifférence de Warren. Le visage de l'Indien semblait coulé en bronze,

— Nous sommes pinces, il me semble, dit Ralph tranquillement.

— Il ne faut jamais penser cela jusqu'à ce que nous ayons les mains liées au poteau. Je suppose qu'ils nous prennent... Quand Ut-ta-wan veut s'en aller il faut qu'il parte. Voy ez- moi cela, eh?

A côté d'eux était un vaste tronc d'arbre contre lequel leurs fusils étaient appuyés ; ce débris d'un roi des forêts mesurait, couché par terre, six pieds de long, sur trois pieds de diamètre : son centre était vermoulu.

Le chef y plongea son tomahawk et en peu d'instants eut creusé une cavité.

— Que voulez -vous faire? demanda Ralph cacher nos armes ?

— Non. Je fais une nouvelle espèce de canot; répliqua l'Indien tout en continuant son travail intérieur ; voyez plutôt I

Au bout de quelques secondes il ressortit du trou, Pair extrêmement satisfait. Un sourire d'ap-

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probation dérida le visage- de Warren,- il lit un geste joyeux.

— Ah ! fort bien ! je comprends. Voilà une idée qui vous fait honneur, chef! Nous sommes sûrs de notre affaire maintenant: l'heure du chant de mort n'est pas arrivée. Roulons cela sous le couvert des buissons ! vivement ! car les Mohawks, ces gredins de Mohawks, vont arriver et nous gêner, ils ne peuvent être loin. Prêtez moi votre couteau .

Aussitôt l'arme reçue, le jeune homme se mit à creuser de son côté cette arche de salut, pendant que son compagnon attachait - méthodiquement les armes et les munitions, aux chevilles qu'il venait de planter dans les flancs du canot improvisé.

Tout fut prêt en quelques instants. Cinq minutes après leur tronc d'arbre flottait, roulait avec eux, au gré des tourbillons; son aspect et son allure étaient parfaitement semblables aux mouvements d'une foule de débris gigantesques charriés lentement par les eaux.

Cette habile évasion préparait pour ireton des regrets amers : perché sur les plus hautes bran-

ches d'un sycomore touffu, il surveillait la terre et

l'eau. Quelle rage ! s'il avait soupçonné que ses deux ennemis exécrés passaient devant lui, doucement balancés par les vagues, et riant en secret de sa déconfiture !

Mais les bons yeux d'Ire ton n'avaient pas la faculté de voir à travers six pouces d ecorce : ils aperçurent bien le tronc d'arbre, mais le tronc d'arbre passa tranquillement.

Plus tard il se fit de sanglants reproches sur son défaut de méfiance et de prespicacité, mais il n'était plus temps. ïreton, le vieux loup des trois rivières ; ïreton qui connaissait bien, pourtant, l'audace effrayante de ses deux ennemis ; ïreton s'était laissé jouer comme un sot !

Cependant le tronc d'arbre flottait toujours, roulant de vague en vague, tantôt près du bord, tantôt loin ; se conduisant comme un honnête et paisible débris qui suit le fil de l'eau. A environ un demi-mille, il disparut derrière le rivage, dans un d étour que faisait la rivière.

Du haut de son poste aérien, ïreton lui accordait un coup d'œil distrait, lorsque son attention fut attirée par les cris de ses compagnons qui avaient traversé le Sénéca pour couper la retraite aux deux éclaireurs.

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Arrivés près du lieu où ils les supposaient cachés, les Mohawks s'étaient avancés en rampant, le couteau entre les dents, le mousquet en joue, prêts à se ruer sur leur proie dont ils se croyaient sûrs.

Quand ils eurent reconnu que la place était vide, ce furent d'horribles hurlements, des explosions de cris à faire frémir ; puis, de longues ombres tatouées surgirent sur tous les points, du rivage, et bondirent dans toutes les directions.

Ireton descendit de son aTbre avec nne ligure consternée ; il rejoignit deux Indiens qui trépignaient sur le rivage.

— Où est le Grand Élan ? vociféra-t-il d'une voix de tonnerre.

— Parti î sauté par dessus le Sénéca ! répondit l'un deux avec un air indiquant qu'il croyait fermement à un saut par dessus la rivière.

— Stupide brute ! hurla Ireton : Où ont-ils laissé

l leur canot ?

— Là bas, mais il est défoncé ! répliqua l'autre guerrier.

♦C'était une ingénieuse attention que Ralph avait eue pour ses ennemis avant de partir : il avait mis le canot hors de service.

Un bruit lointain comme un .écho détourna l'attention d'Ireton ; c'étaient des cris partant des rives inférieures. Il regarda de ce côté et aperçut les deux batteurs d'estrade debout sur leur tronc d'arbre, les fusils élevés- au dessus de la tête, poussant des clameurs insultantes à son adresse. Le courant rapide les entraîna aussitôt hors de vue.

Un chœur de malédictions leur fut envoyé par les Mohawlcs"': tout ce bruit les inquiétait fort peu ou plutôt il les réjouissait comme un chant de victoire, et comme l'aveu des fureurs impuissantes auxquelles se livrait Ireton en se voyant ainsi joué.

Les Mohawlcs ne perdirent pas une seconde pour se mettre en chasse ; les plus éloignés furent rappelés. Leur chef donna brièvement ses instructions, leur indiqua différentes routes à suivre, et fit partir un détachement dans la direction de l'est : ceux qui restèrent avec Ireton s'enfoncèrent dans le bois suivant la coutume de leur race. Bientôt cette partie du fleuve devint solitaire et silencieuse ; quelques oiseaux de proie y vinrent planer sur le corps du Mohawk qu'avait frappé la balle de "Warren.

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Peu à peu les cris d'appel, les signaux s'effacèrent dans l'éloignement, leurs échos s'amoin-

drirent, le désert resta seul, avec son majestueux silence à peine troublé par le sourd grondement des fleuves.

Ireton s'était mis en route pour couper les devants aux fugitifs, et arriver avant eux sous les murs du fort Ontario, où ils auraient pu trouver asile.

Les deux batteurs d'estrade, après avoir quitté leur embarcation sous-marine, s'enfoncèrent rapidement dans les terres. Ils connaissaient trop bien l'activité infernale de leurs adversaires, pour ne pas se hâter et ne pas cacher soigneusement leurs piste. Ils coururent donc en pleine forêt jusqu'à la nuit.

Lorsqu'ils s'arrêtèrent, ils étaient proches des , « Littte Faits » dont les mugissements parvenaient à leurs oreilles d'une façon distincte.

— Il me vient une idée, fitWarren, il faut nous reposer aux « Chûtes, »en dépit d'Ireton et de ses Mohawks. Je sais bien qu'ils marchent sur nos talons, mais nous sommes aussi rusés qu'eux, et sur terre nous leur échapperons aussi bien que sur eau.

— Bon ! répliqua laconiquement l'Indien.

Aussitôt ils se glissèrent rapidement sous l'abri des hautes rives buissonneuses, et allumèrent un feu clair de branchages secs, un petit feu sans fumée, pas plus large que le*s deux mains, mais suffisant pour faire une grillade de menus poissons. Ut-ta-wan avait réussi, en un tour de main, à faire une pêche assez abondante dans quelques trous demi-desséchés, et que le cours du fleuve avait abandonnés en se retirant.

Ceci fait, ils prirent leu repas qui fut bientôt expédié, et ils éteignirent leur modeste feu. Ensuite Ralph se coucha tranquillement, adossé contre la haute muraille de rochers, et s'endormit aussi paisiblement que si une meute alté-

rée de son sang ne l'avait pas poursuivi, avec son infernale sagacité et son opiniâtreté haineuse.

Le chef alluma sa pipe, et s'assit dans une anfractuosité de roche dont l'ombre le rendait complètement invisible ; là, il se mit à étudier les

moindres sons qui auraient pu lui annonceivrarrivéede l'ennemi .

Bientôt un profond silence enveloppa la nature entière ; la vigilante oreille de l'Onondaga n'en-

tendait que la respiration du dormeur se mêlant au tonnerre des eaux.

Durant toute la nuit, Ut-ta-wan resta immo- Mie comme une statue de bronze ; ou aurait pu le croire endormi ouï pétrifié; mais, dans l'ombre,

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ses yeux p erçants lançaient parfois un éclair au reflet de quelque étoile, et sondaient avec une activité infatigable l'épaisseur des feuillages et les lointaines obscurités des bois.

Le matin venu, il étendit le bras vers Ralph et le toucha légèrement à l'épaule.

— Qu'y a-t-il, chef ? dit ce dernier aussitôt éveillé.

— Ils viennent. — Partons, — dit brièvement l'Indien.

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