ALERTE
Pendant quelques jours, le temps passa assez agréablement dans le fort. A voir les groupes insouciants de soldats flânant dans les quartiers, les gaies caravanes des officiers et de leurs ladies sur les fortifications, les flo tilles de canots sillonnant les eaux tranquilles du lac, personne n'aurait pu croire que ces lieux paisibles étaient destinés bientôt à devenir le théâtre de luttes horribles.
Parfois un daim léger se hasardait gracieusement à l'extrémité de la clairière, et fixait sur le fort son grand œil noir, doux et curieux ; son apparition n'était pas de longue durée, car le plus souvent un coup de feu le faisait fuir effarouché,
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ou une balle retendait mort sur le seuil de la forêt.
Ralph et son ami Ut-ta-wan s'étaient remis en campagne : ils passèrent plusieurs jours sans revenir. Clara commença bien vite à être inquiète de son fiancé ; et, quelle jeune fille vraiment affectionnée n'en aurait" pas fait autant ? Chaque jour elle allait sur les remparts» et promenait de longs regards sur l'épais et mystérieux rideau des bois qui l'entourait de partout ; puis, elle poussait un soupir et revenait s'enfermer avec ses craintes et ses espérances solitaires.
Le major^ au contraire, ne prenait pas le moindre souci de Ralph : il connaissait sa rare habileté dans la guerre des forêts , il le savait accompagné d'un ami sûr ; il restait convaincu qu'à eux deux, les éclaireurs ne devaient redouter aucun ennemi, et qu'en toute occasion leur triomphe était assuré.
Mais ses regards se tournaient avec anxiété vers les brumes lointaines du lac : c'était ce coin
de l'horizon qui recelait la foudre. Quand et comment viendrait le redoutable Montcalm, quelles forces réunirait- il contre la citadelle ? La prophétie de Warren lui revenait sans cesse à
l'esprit, il avait parlé de deux semaines, et dix jours s'étaient déjà écoulés.
Au milieu de cette attente, Ralph reparut un jour tout seul. Il semblait pressé et préoccupé : sans s'arrêter nulle part il se rendit en droite ligne au quartier du colonel et s'enferma avec lui. Au bout de quelques instants, quoique narrasse de fatigue, l'éclaireur quitta le fort, sans y prendre aucun repos.
Sur le chemin de la poterne il rencontra Clara ; une fervente poignée de main, un respectueux baiser sur le bout de ses jolis doigts roses ; ce fut toute la conversation qui fut échangée entre eux. La jeune fille savait bien que Ralph partait pour quelque mission périlleuse, mais elle se serait bien gardée de l'arrêter sur la route du
devoir.
Avant de s'enfoncer dans le bois, Warren se retourna ; il la vit, debout sur le parapet, les mains jointes, dans l'attitude de la résignation et de la prière. Il continua sa course, plus fort et plus résolu, après avoir échangé avec elle un dernier signal. L'homme marche plus ferme dans la voie de la vie, quand il se sent soutenu par de saintes et pures affections.
Rien ne transpira au fort, de ce qu'était -venu faire Ralph ; le commandant garda son secret d'une manière impénétrable, pendant que le jeune éclaireur continuait ses explorations.
Un jour Ralph se promenait mélancoliquement sur le rivage, choisissant méticuleusement la place où il reposait les pieds, et suivant d'un pas rêveur les petits sentiers dessinés par les vagues. Tout en cheminant il se livrait à un monologue :
— Montcalm est dans le vent ! disait-il ; je le sens. D'ailleurs ce que j'ai vu récemment, à Niagara, ne peut me laisser aucun doute : il n'y avait pas à se tromper sur la destination de ce Schosner si rapide qui se rendait à Bay- Quinte. Il sera de retour sous peu ; je voudrais hien sa-
voir Morand est avec Montcalm. Combien
d'hommes vont -ils réunir ? Morand est peut-être le mieux accompagné. Mais, le chef m'avait promis d'être exact, ici, au rendez-vous : je m'étonne de ne pas l'avoir encore vu. Ah I...
Warren n'eut que le temps de se jeter à terre et de ramper comme un serpent, le long du sentier où il se trouvait ; rapide comme l'éclair il disparut dans une crevasse de rocher. Il était
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temps, en vérité, car à la même minute une bande de guerriers dont il ne put apprécier le nombre passa au-dessus de sa tête ; il distinguait parfaitement leur respiration précipitée et le froissement des broussailles sous leurs pieds .
— Le grand chef de guerre est donc sur le sentier des batailles ? fit une voix rude que Ralph reconnut sur-le-champ pour être celle du mohawk Ireton.
Il lui fat répondu par un interlocuteur à la voix mielleuse et tremblottante, que l'éclaireur reconnut très-bien aussi. Cène fut pas sans peine qu'il comprima une violente envie de lui sauter à la gorge.
C'était un agent d'une société secrète et mystérieuse qui de la France débordait jusqu'en Amé-
rique, et, par des manœuvres inouïes, sapait dans l'ombre toute autorité légitime, et excitait les Indiens contre les Blancs.
Les allures ténébreuses de ces agitateurs occultes tenaient un peu de la franc-maçonnerie, du mormonisme, du puritanisme, dont ils continuaient ou préparaient les traditions.
C'était l'écume rejetée par le grand bouiïion-
Elément de 1793 qui commençait à se manifester en France.
Des agents hardis et subtils parcouraient les territoires indiens, soulevaient les tribus, les poussaient aux massacres, leur prodiguaient
V Eau-de-feu, leur fournissaient des armes et des munitions, par dessus tout, les entretenaient de détestables doctrines, dans un langage emprunté aux idées religieuses et mystiques.
Pour le moment, l'hypocrite dont il s'agit avait
3ugé convenable de se ranger du côté des Fran-
çais. C'était lui qui avait organisé la conspiration . de Pontiac *, les massacres de Chicago et de
Michilinackinac.
Il s'était fait l'ami inséparable d'Ireton dont il favorisait et attirait les passions brutales, tout en prenant à son égard des manières onctueuses et paternelles.
— Oui, mon fils, répondait l'homme à la voix paterne et qu'on connaissait sous le nom de Grégoire> le marquis est en route : chaque jour mes yeux croient apercevoir les voiles de sa flotte.
1 Voir, dans la deuxième Bérie de cette publication, le Sealpeur des Ottaivas.
— Les Yengeses (Anglais) seront balayés de la face de la terre, reprit le guerrier indien avec exaltation ; j'entendrai leurs hurlements de désespoir; ils demanderont grâce et pitié, mais ce
sera inutile. Je tremperai ma hache dans le sang du Grand- Élan et tfOEil de- feu ! N'est-ce pas, mon
père Blanc ?
— Vous dites que ces deux hommes vous ont rendu méchant ; ce sera une vengeance assez suffisante de les tuer..,; et encore... mieux vaudrait les faire prisonniers.
— Ils ont pris les chevelures de nos braves, s'écria Ireton ; il y a beaucoup de veuves dans nos villages ; mon peuple hurle pour goûter leur sang-, il me dit : « Livre nous ces hommes! » Ce sont eux qui m'ont rendu méchant : ils mourront s'ils tombent en mon pouvoir ; ils subiront le supplice du feu.
— Le chef parle bien ! répliqua onctueusement Grégoire ; ces gens là lui ont fait beaucoup de mal. Mais il faut songer que notre « grand père de France » donnerait bien des couvertures, des mousquets, de la poudre et des balles pour posséder vivants le Gran Élan et OEil-de-feu.
— Je hais le Grand-Élan ! poursuivit Ireton ;
j'ai juré de suspendre son scalp à ma ceinture. Il y a dans le grand Wigwani des Yengeses.une jeune squaw qui a de l'amour pour lui. Ses yeux sont comme des étoiles dans un ciel sans nuages ; sa voix est harmonieuse comme le mut mure des eaux courantes. Elle verra le Grand -Élan
étendu sans vie, et je la forcerai à entrer "dans mon wigwam-, elle deviendra la squaw d'un grand
chef.
En entendant ces insolentes paroles, Warren grinça des dents si fort, qu'il craignit d'avoir été entendu. Gombien aurait-il donné pour tenir cet impudent coquin au bout de son rifle! Cependant Ireton, ignorant la présence si proche de son ennemi, continua la conversation.
— Mon père Blanc, dit-il, me promet-il que la femme au visage pâle m'appartiendra ?
— Oui, répondit le vieux tartuffe ; mais marchons ; il importe auparavant que vous fassiez vos preuves de fidélité à la bonne cause.
— Mon père veut-il descendre maintenant sur les bords du lac?
— Oui ; allons.
Warren les regarda s'éloigner avec un inexprimable sentiment de fureur concentrée. D'un côté
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le roc s'élevait à pic comme une muraille : de l'autre, le sentier était nu et découvert. Le moindre mouvement à droite ou à gauche pouvait le mettre en vue.
Pendant qu'il délibérait avec sa colère poussée jusqu'aux dernières limites de l'imprudence, une main rouge sortit du buisson dans lequel il s'était enfoncé avant d'entrer dans la crevasse, et lui toucha le bras. Il regardaprécipitamment derrière lui, et aperçut Ut-ta-wan qui se glissait vers lui, comme un serpent au travers des feuilles. * ' "
Une seconde après, l'Indien guidait son ami par un passage souterrain jusqu'à une caverne creusée par les eaux dans la façade des rochers. A peine Ralph avait-il eu le temps de remercier ' TOnondaga par une chaude poignée de main, que les ennemis reparurent après avoir franchi les
sinuosités du sentier.
Leur nombre dépassait cinquante : c'étaient tous des guerriers d'élite, conduits par le détestable Ireton. En le voyant, Ralph, par un mouvement involontaire, épaula son rifle dont le canon
froissa les feuillages. Le chef mohawk regarda vivement de ce côté ; mais, au même instant, un
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écureuil bondit sur les rochers, effrayé par le bruit Attribuant ce bruit* au passage du petit animal, Ireton reprit paisiblement sa conversation pendant que. de leur prison souterraine, les éclaireurs épiaient ses moindres mouvements.
Il faut avoir vu un Indien peint en guerre pour se figurer ce que son aspect a de fantastique. Le chef mohawk était si près de Warren que celuici aurait pu le toucher du bout de sa carabine ; il en profita pour l'examiner attentivement.
Ireton était grand, fort etmusculeux, à figure de hyène; il était tout couvert ds tatouages
ri
rouges, noirs, blancs qui le rendaient plus hideux encore et faisaient ressortir les tons cuivrés de
sa peau. *
Peu à peu les autres guerriers se groupèrent autour de lui et de Grégoire ; la conversation devenait intéressante.
— Mais enfin, pourquoi en voulez- vous tant au Grand Élan, demandait le Français.
Le Mohawk, avant de répondre, se tourna de face vers lui, souleva un côté de sa couverture et lui présenta son bras gauche. Grégoire, alors, s'aperçut qu'il était dépourvu de sa, main.
5*7 Que mon père regarde ! dit le sauvage avec
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une voix rauque et sifflante qui fit tressaillir ceux qui l'entouraient : il y a bien des années que j'ai reçu cette blessure et que j'ai juré au Grand-Es-
prit que je prendrais la chevelure de celui qui me l'a faite. Que jamais ma main droite ne fasse usage du tomahawk, si je n'exécute pas mon serment !
— Gomment cela vous est-il arrivé ? interrogea le Français; quel rapport cela a-t-il avec le Grand-Élan ? L'esprit de mon fils est obscurci par un brouillard !
— Que mon père regarde bien ; il me dira ensuite comment c'est arrivé.
Grégoire examina de près le membre mutilé et dit ensuite : ,
— Une balle a frappé là, d'abord ; après, un instrument tranchant a achevé la besogne.
— Mon père dit vrai; il dît toujours vrai. Je vais lui faire connaître ce qui a eu lieu. C'était, il y a bien des années, sur les bords du Mohawk. Le père du Grand-Élan y vivait avec son fils et sa squaw, les Mohawks avaient besoin de chevelures, ils vinrent une nuit pour en prendre. Le
Grand-Élan tua deux de nos braves qui rayaient saisi, et prit la fuite. Mais ses yeux pou,-
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yaient voir au travers de la nuit : il aperçut le
chef à la lueur de l'incendie qui dévorait le wigwam. Le chef entendit la détonation du rifle, le sifflement de la balle; ses os furent brisés* Les «hommes médecines» dirent ,qu'il fallait couper la main. Voilà pourquoi je hais le Grand- Élan !
— Moi aussi, je le déteste ! répliqua Grégoire avec une flamme diabolique dans les yeux. Je le déteste ! parce qu'il a été une pierre d'achoppement pour ma nation. Nous ne pouvons pas former un plan qu'il ne le pénètre et en avertisse ces hérétiques d'Anglais. Il y a aussi un vaurien de . son espèce, un Peau-Rouge que vous appelez Œil- de- feu, et que nous connaissons sous le nom d'Ut-ta-wan: ce misérable nous a troublés plus souvent et fait plus de tort qu'Abercrombie ne pourra en faire avec toute son armée. Je voudrais bien pouvoir l'emmener prisonnier à Québec: néanmoins je vous tiendrai ma parole.
— Fais marcher ta langue, Grand Élan !
dit Ireton avec une funèbre pantomime ; parle, parle au chef de guerre, à Albany , dis-lui que les
Français vont prendre Oswégo î II a* parlé
ainsi au vieux chef* mais c'est un fou, ce
chef. Ire ton est allé le trouver et . n a dit que le Grand-Élan était un menteur ; il 'ni a dit que les Français ne songeaient qu'à attaquer Québec ou Montréal ; le vieux chef n'enverra aucun secours à Oswégo.
— Vous avez vu Warren à Alhany ?
— Je l'y ai vu. Sa langue est longue, je vous le dit. Il s'est disputé avec le vieux chef, et il est parti. J'ai essayé de l'atteindre sur le Sénéca;
mais il a glissé sous l'eau comme un poisson. Je l'atteindrai bientôt, ailleurs; j'aurai alors son
scalp : c'est sûr.
— Gomment vous a-t-il échappé?
— Je ne peux le dire: mais il s'est échappé . Nous les avons poursuivis. Ils nous ont tué cinq, six guerriers; ils ont pris quatre chevelures. C'est humiliant et je souffre qu'QEi/-de-/ew prenne tant de chevelures,
Ut-ta-wan se sentait gonflé de joie en entendant ce discours. Il serait impossible d'exprimer l'orgueil satisfait et exalté avec lequel il recueillait l'aveu de son ennemi lui-même, concernant ses actes de bravoure. Il fallut toute l'imminence du danger et les observations de Warren, pour l'empêcher de risquer à récolter encore une chevelure.
A vrai dire, les deux amis étaient dans une situation assez difficile ; le moindre mouvement pouvait les trahir. Mais la position leur parut plus périlleuse encore, lorsqu'ils virent leurs ennemis allumer un grand feu contre le rocher pour faire i ôtir de la venaison : il fallut supporter sans bou-
ger la fumée et la chaleur dn brasier. Bientôt ils purent respirer les parfums de la viande grillée, et voir les Sauvages la déchirer et la broyer sous
leurs dents blanches.
Mais tout-à-coup s'éleva parmi eux une grande clameur : les Indiens se mirent à courir vers une partie éloignée du rivage. Curieux de connaître la cause de cette émotion soudaine, Warren allongea la tête hors de la caverne et regarda. Les Sauvages couraient à toutes jambes en gesticulant avec ardeur.
Évidemment il se passait quelque chose d'important.
Cependant, Ralph fit l'observation que nul d'entre eux n'était resté auprès du foyer : alors les deux éclaireurs, profitant de cette chance inespérée, sortirent silencieusement de leur cachette et marchèrent doucement jusqu'à un point d'où ils purent se rendre compte de l'émotion des Indiens.
Une vraie flotte de Schooners et de bateaux était sur le lac et se dirigeait vers la plage. Le drapeau tricolore flottait au haut des mâts, et les matelots chantaient un refrain bien connu au Canada.
Sur la proue du Schopner le plus avancé, on voyait le marquis de Montcalm entouré d'un brillant état-major, ■ .
Les éclair eur s saisirent leurs carabines et se. regardèrent : l'auteur, l'âme de cette guerre était à leur portée. Quelques grains de poudre brûlés, une balle* bien dirigée, et tout était dit pour lui....!
Le premier mouvement passé, Ralph abaissa * l'arme de son camarade Indien, qui aurait tué un marquis sans plus de scrupule que s'il se fut agi
d'un daim.
— Gourez porter cette nouvelle à la garnison,
lui dit-iL
Ut-ta-wan ne se le fit point répéter : il resserra sa ceinture, lit un signe d'adieu à son ami et partit comme une flèche dans la direciion du fort.
Au même instant s'éleva, parmi les Sauvages, une clameur bien autrement frénétique et furibonde que celle qui avait salué la venue des Français : ils venaient d'apercevoir l'Onondagà
en pleine course ; aussitôt Ire ton et tous ses compagnons se lancèrent à sa poursuite.
Ralph se hâta de rentrer dans son observatoire caché, sachant bien qu'il ne pouvait être d'aucune utilité pour son ami rouge. Il entendit au-dessus de sa tête les piétinements précipités des coureurs -, bientôt ce bruit s'éloigna, les cris allèrent en décroissant, se perdirent dans le loin-
tain, et tout rentra dans le silence.
Alors Warren sortit de son refuge, avec mille précautions; et se mit à rôder sur la plage pour examiner ce gui allait se passer.
Les Français étaient très-affairés. Baïonnettes et épées brillaient aux rayons du soleil ; ils avançaient au milieu de toute leur pompe guer-
riere .
Ils étaient précédés d'une nuée d'Indiens répandus sur la terre et sur l'eau, agitant en l'air des casse-têtes, des tomahawks, des couteaux, des haches, tirant des salves de mousqueterie.
Les Hurons y étaient en grand nombre, Ralph les reconnut à leur peinture de guerre ; il y avait aussi une grande quantité de Sauvages appartenant à toutes les tribus environnantes ; la levée de boucliers était complète.
Ensuite venaient les soldats : aussitôt débarqués ils se mirent en devoir de choisir un lieu propre à l'installation du camp. Gela fait, on s'occupa de transporter à terre les pièces d'artillerie.
Warren secoua tristement la tête à la vue de
ce matériel imposant. Il n'y avait plus d'espoir pour Oswego en face de ces grands canons aux-
quels le fort ne pouvait en opposer de sem- : blables, et qui devaient anéantir toute résistance.
Les Anglais possédaient, il est vrai, un arsenal
i bien garni de fusils et d'obusiers ; mais que faire
j contre les géants de bronze qu'amenaient avec
eux les Français ?
1 Cependant les Sauvages se répandaient sur
toute l'étendue du livage et commençaient à
s'approcher du lieu où était Ralph. Pour éviter toute rencontre inopportune, ce dernier rentra
dans son trou. Il n'avait pas fermé l'œil depuis plusieurs nuits, il était harassé de fatigue à la suite de ses nombreuses courses : s' étendant sur la roche dure et nue avec autant de plaisir que si c'eut été un lit de plumes, le jeune éclaireur s'endormit, oublieux du danger, sa fidèle carabine à ses côtés.
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