‹ Loges d'artistes. Dessins de Félix FourneryChapitre 1 sur 32 · LETTRE A L'AUTEUR · texte numérisé non relu

LETTRE A L'AUTEUR

Ce 14 avril 1889.

Madame,

Entre Ions les écrivains facétieux de ce temps grave, je suis certainement le moins propre à présenter au Public un livre consacré à la vie intime des Comédiennes contemporaines ! C'est pour cela sans doute que vous nùive{ choisi, désireuse de familiariser tout de suite vos hclrices au paradoxe.

Peut-être savie{-vous qu'en une vie déjà asse{ longue d'homme de lettres, oit le théâtre a tenu sa place, je ne suis pas entré trois fois dans une loge d'Actrice — et n'y suis point resté trois mi nu les. Je ne tiens en ce monde qu'à mes illusions. Elles seules entretiennent en moi cette gaîté dont on me fait honneur. Et c'est pourquoi en fait de Théâtre et d'Étoiles mon naturalisme décent ne monte pas plus haut que le foyer.

Fort bciirciisciuciit pour le succès, d'ailleurs certaiu, de votre ouvrage, il faut uie tenir pour un merle blanc de l'espèce et les merles noirs foisonnent. Les merles noirs pullulent autour de la Comédienne qui se vêt ou se dévêt, et si chacun d'eux veut posséder un exemplaire du Joli livre, Madame, où vous dépeigne{ les plus belles, il faut dès à présent le tirer à cent mille. C'est le dommage que je vous souhaite pour la nicJje que vous me faites.

A l'âge oii l'on Jie voit da/is la vie qu'uiw grande route droite, large et sans ombre parce que l'on se sent marcheur allègre et voyageur avide d'hori{ou, je me laissais aller à fulminer contre ces pauvres files de Théâtre si gentiment iihonscicutes du rôle social qu'elles reniplissent et cpii croient de toute leur âme qi/e la destinée féminine est uniquement d'être brune ou blonde, hiélas ! fêtais un naïf moimême ; je gaspillais ma foudre aux perruches. Les Comédiennes, je l'ai su plus tard, sont de bonnes créatures, serviables, généreuses, honnêtes aussi à leur manière, et parfaitement capables d'héroïsme. Et même depuis que l'Église ■ne les persécute plus, il -n'est pas rare d'en rencontrer de fort vertueuses, épouses fidèles, mères excellentes et bonnes ménagères, yous pourrie{ nous en citer, Madame, quelquesunes d'aujourd'hui dont Satan n'aura pas les âmes, s'il les guette. Il ne compte plus, dit-on, que sur celles qui vont à

la messe. Il csl vrai qu'elles sont encore asse{ nombreuses. Les plus damnables finissent marguillières. C'est d'ailleurs bien fait pour l'Église, à cause de ce que je viens d'en dire.

Donc à présent tout est changé. Les voilà dames et bourgeoises, du moins pour la plupart. Et si l'exception confirme la règle, c'est comme les évêques, avec une gifie. Elles fout lire à leurs maris les déclarations des potaches libidineux et lyriques, et quand elles ont un béguin elles divorcent. Ces choses ne me rajeunissent point.

De tout temps, le plus grand reproche que les philosophes ont adressée! la Comédienne, c'est d'être deux fois femme. Je . peiu'he à croire qu'elle ne l'est que tout à fait, et franchement, et que ce sont les autres qui se retiennent. La fille d'Eve pour qui l'unique préoccupation de ses jours et de ses nuits ne serait pas d'être brune ou blonde, avec les nuances, viendrait d'un paradis où il n'y aurait pas de serpents sur les pommiers. Or le paradis où il n'y a pas de serpents sur les pommiers n'existe pas, même dans la pensée de Dieu. Par conséquent il faut être brune ou blonde et tout est là, soit au Théâtre, soit ailleurs, et encore à la messe. 1/otre livre, Madame, ne traite pas d'autre chose, car vous êtes Femme vous-même -et vous ave{ joliment raison ! Je vous prédis la gloire et vous l'annoiwe. ■

WoUà qu'à mon tour je vieillis, ci qu'on me demande des préfaces. Dix êtres sortis de moi et rentrés dans le néant y sont allés rejoindre les moissons fauchées des idées vécues, où l'inexpérience semait sa folle avoine, et j'en suis encore éi savoir si ce n'est pas la Femme, simple ou double, qui détient la vérité, et si toutes les questions de l'Amour, de l'Art et de la l/ie, où nos philosophie s s'épuisent, ne se réduisent pas à ce\o be or not to be : la couleur des cheveux! Si Hélène eût été brune,, au lieu d'être blonde, plus de guerre de Troie, partant plus d'Homère, Madame ! Or, comme le disait si drôlement Jules Italie s, on ne se représente pas l'Humanité sans Homère ! Mais Hélène fut blonde, et nos malheurs s'enchaiiuiit. On aime, on trompe, on joue la comédie, on rend le pain bénit, on divorce — et l'on fait des préfaces. Vous, vous êtes dm ta lue, Madame, et moi. Je suis presque blanc, de là vient que tout ce qu'on écrit est inutile, et que vous daignere:{ agréer pour vos Loges d'Artistes, les vœux de réussite d'un confrère dévoué ci incompétent.

Emile Bergerat.

Madame Barretta-Worms

ADAME, Monsieur fait dire à Madame que Monsieur est prêt!

...Worms,letrès distingué comédien, et sa femme , 1 ^Henriette incomparable, se sont, ce soir-là, donné la réplique dans la même pièce.

Et ils achèvent tous deux de s'habiller, chacun dans leur loge, ne communiquant que par l'entremise de la femme de chambre; — tels les comtes et les comtesses qu'ils ont

tous deux coutume d'incarner sur la scène.

Cependant, Madame s'est attardée à quelque amusante causerie avec la rieuse Samary ou la mignonne

Reichemberg, et c'est à peine si elle a commencé sa toilette.

Elle en est encore à débarrasser sa joue fraîche du blanc gras.

Assise devant la glace, sur une chaise basse, vêtue, sur sa jupe, d'une blouse en surah crème, aux manches courtes et larges, garnies de dentelles; rapidement, en un joli geste qui découvre jusqu'au coude son bras blanc, d'un modelé exquis, et fait briller sous la lumière ses ongles nacrés, encore quelque peu avivés de rose artificiel, et sa main, potelée et fine, elle passe sur ses joues, son front, toute sa figure, un linge de batiste qui enlève, du même coup, le rouge des narines, le blanc de la peau et le noir des yeux.

Puis, en un tour de main, elle défait ses cheveux. Quelques instants suffisent pour qu'elle soit recoiffée. Et peu de minutes après, elle est prête à quitter le théâtre, vêtue avec une simplicité extrême d'un costume d'une impeccable élégance.

Madame Barretta est une des rares artistes qui soient

aussi jolies, vues de près, à la ville, que sur la scène, avec l'éclat de la rampe et les savantes peintures qui donnent à toute actrice la beauté qui lui plaît.

Quand, debout dans sa loge, un mignon chapeau la coiffant à ravir, le cou perdu dans une chaude fourrure, elle arrange, vite, avant de partir, une mèche folle de ses cheveux, ou un pli rebelle de sa robe, les glaces qui l'entourent reflètent un si joli profil, spirituel et piquant, que la belle M'^^ Dubois, toute pétrie de lys et de roses, et coiffée en reine du dix-huitième siècle, en est, dans le cadre ovale où vieillit son pastel, jalouse à froncer les sourcils, au risque de détruire la belle harmonie de son portrait dessiné dans le goût de Fragonard et de Boucher.

Ce portrait donne la note dominante de cette loge :

une mignonne bonbonnière, au décor pompadour, où la

propriétaire apparaît comme une savoureuse praline au

. milieu d'un tas de jolies choses, dragées de haut goût,

ou pastilles à la piquante senteur.

Loge d'étoile — ciel d'étoiles.

Sur un plafond blanc, une myriade d'astres d'or scintillent, éclairés d'une éclatante lumière par des brûleurs électriques jaillissant un peu partout, et des lampes plus bourgeoises toujours allumées.

Par un joli contraste, le fond de la tenture des cloisons

est rouge uni. Et là-dessus, s'avive une jolie cretonne blanche à fleurs Louis XV, découpée en longues bandes verticales divisant chaque mur en plusieurs panneaux, courant en plis élégants le long des corniches et des lambris, encadrant les glaces, se drapant gaîment autour des fenêtres et devant la porte.

C'est là le décor, le squelette.

Mais on voit bien vite que cette loge est habitée depuis longtemps et que Madame Barretta n'est pas nouvelle venue dans la Maison de Molière : il y a ici, en effet, tout un monde de bibelots qui indique le logis occupé des années et soigné comme un salon ou un boudoir. La loge est carrée, située au troisième étage. La porte est placée à l'un des angles, et comme dans toutes les loges de la Comédie-Française, elle donne sur une toute petite antichambre dessinée par deux pans de draperie.

A droite, en entrant, on trouve dans un retrait la toilette surmontée d'un miroir à trois pans dont deux sont mobiles, et encadré d'étoffe pareille à celle des tentures.

En face de la toilette, une fenêtre aux rideaux de dentelle riche, et, sous la fenêtre, un canapé.

Le panneau de droite est occupé par la cheminée pla-

cée au milieu et surmontée d'un miroir, et par un petit meuble de Boule à tablette de marbre et cà tiroirs, debout dans l'angle de la fenêtre^ au-dessous du portrait de M'" Dubois, déjà signalé.

Devant le panneau de gauche que la disposition des lampes et des becs électriques laisse un peu dans l'ombre, est seulement placé un petit guéridon noir, à filets or.

Des sièges s'espacent à l'aventure, disposés sur un joli tapis blanc, à ramages bleus.

Sur la cheminée, un superbe vase de Sèvres, bleu de roi, contient toujours des tleurs simples^ marguerites ou roses blanches.

Sur la tablette du meuble de Boule, dix bibelots se coudoient, des lampes riches, ornées et peintes de façon originale^ des statuettes, des vases.

Et, à tous les murs, des cadres en grand nombre s'accrochent contenant des souvenirs ou des hommages à Madame Barretta.

Voici un autographe de Victor Hugo, adressée l'actrice.

Une gravure donnée par l'acteur Régnier, et un portrait de celui-ci, tous deux avec une tlatteuse dédicace.

Voilà, donné par Emile Perrin qui était plus chiche de ses autographes qu'un roi ou un poète, un portrait de l'ancien directeur de la Comédie-Française, signé Adrien Marie, et

découpé dans un journal illustré. Deux lignes très aimables du feu autocrate de la Maison de Molière en font tout le prix.

Plus loin, un portrait de George Sand, gravé par Grèvedon, rappelle les amicales relations qui unirent la grande romancière à la charmante artiste.

Et d'autres, d'autres encore, que j'oublie... ou de nouveaux, arrivés sans doute depuis que je n'ai eu le plaisir de voir Madame Worms dans sa loge.

La légende raconte qu'Emile Perrin, passant un jour dans le couloir du foyer, entendit derrière la porte un tel gazouillis de notes perlées, flûtées, cristallines, qu'il crut que, par une fenêtre ouverte, tout un peuple d'oiseaux de toutes races s'était introduit dans la maison sacrée et y chantait les louanges de sa troupe passée et présente, dont les portraits couvrent tous les murs et se reflètent cent fois dans les hautes glaces et le parquet admirablement ciré.

Désireux d'écouter de plus près le concert, il entra...

... Sur un divan, assises tout près l'une de l'autre, Blanche Barretta et Jeanne Samary, seules, causaient en bonnes amies qu'elles sont.

Perrin, qui était entré sans bruit, n'ayant pas été aperçu, se retira sans qu'aucune des deux interlocutrices eût aperçu ou pressenti l'indiscret.

C'est là la légende.

La vérité est que Blanche Barretta a une voix merveilleusement timbrée, qu'elle cause avec autant d'esprit qu'en ont, dans les pièces qu'elle joue, les personnages qu'elle interprète, et que — dam ! — malgré sa modestie bien connue, il ne lui déplaît pas de montrer ses ^ qualités naturelles, surtout lorsque "" ça ne tire pas à conséquence.

Comme avec Jeanne Samary qui, certes, ne reprochera jamais à personne d'aimer à caqueter.

Au plus haut point, Madame Barretta a l'art des nuances.

Un jour, je l'entendis, dans un moment d'épanchenient, rappeler la mort de son père survenue l'hiver dernier, dire sa douleur quand arriva ce malheur, après des mois d'inquiétude, des nuits passées au chevet du malade qu'elle abandonnait seulement pour courir à son théâtre, peindre son désespoir, le vide qu'elle sentit un instant en elle et la consolation qu'elle trouva dans l'affection de son mari et l'amour de son fils, chéri par-dessus tout.

En parlant, elle avait dans la voix une émotion si communicative, et le chagrin que le souvenir ranimait en elle se peignait si vivement dans ses yeux et sur sa figure, que chacun se sentait envahi d'une émotion égale à la sienne et partageait sa douleur.

... De ce jour-là, je demeurai convaincu qu'il entre dans le talent de Madame Barretta autant de naturel que d'acquis, et qu'elle ne joue si merveilleusement certains de ses rôles, que parce qu'en se mettant totalement dans la peau de ses personnages, elle arrive à s'identifier à eux au point d'éprouver réellement leurs joies et leurs peines et de les rendre comme si elles lui étaient propres.

On a eu un exemple frappant de ce que j'avance dans une pièce célèbre, mal accueillie d'abord et qu'on reprendra sans doute bientôt avec succès : Les Corbeaux.

Madame Barretta, la forte tête de la famille 'Vigneron,

MADAME BARRETTA-WORMS ii

joua avec une admirable simplicité la scène où sa sœur (Suzanne Reichemberg) lui fait l'aveu de sa faute. Et elle sut mettre une innocence exquise dans cette phrase qu'elle laissa tomber avec une bonne foi à désarmer toutes les critiques :

— Je ne comprends pas!

Ce sont là des mots et des scènes pour lesquelles le talent ne suffit pas : il faut trouver en soi des accents de vérité supérieure pour empêcher le public d'en modifier le caractère par un commentaire malveillant et inopportun.

Sait-on qu'aujourd'hui Madame Worms est sousdoyenne de la Comédie-Française, dont elle fait partie depuis près de quinze ans?

Elle est née à Avignon où son père possédait un hôtel très fréquenté des voyageurs. Et dès l'âge de huit ans, elle récitait à ceux-ci des fables de La Fontaine avec tant de charme et d'esprit que plus d'un s'en allait en disant à son hôte :

— Mais il faut mettre cette enfant-là au théâtre !

Pourtant, le père résista longtemps et ce n'est que vers 1865 qu'il se décida à conduire sa fille à Paris où elle entra au Conservatoire.

Tout de suite, Régnier, à la classe duquel elle appartenait, la prit en affection quasi paternelle. 11 lui prodigua ses excellents conseils. Elle possède de lui des lettres très intéressantes où l'excellent professeur développe avec un style très clair les théories de l'art qu'il avait si bien pratiqué.

La guerre de 1870 la retarda quelque peu et ce n'est qu'en 1872 qu'elle put enfin débuter à l'Odéon, dans le rôle à'Âgiics de Y Ecole des Femmes. Elle joua ce rôle de si remarquable façon que, malgré l'indifférence presque complète où le public, encore sous le coup de terribles émotions, tenait alors le théâtre, elle sut forcer l'attention et du jour au lendemain jeter les bases d'une réputation qui ne devait plus aller qu'en augmentant.

Ce n'était pas, d'ailleurs, la première fois qu'elle montait sur les planches, ayant, en 1865, joué le rôle de la petite fille dans le Supplice d'une Femme.

George Sand fut parmi les personnes qui apprécièrent de suite la débutante.

Après qu'elle eut joué Henriette des Femmes savantes,

l'auteur de la Petite Fadette la jugea la meilleure ingénue d'alors. Et, conformément à cette opinion, lorsqu'elle donna à la Comédie-Française le Mariage de yictoriiie, elle exigea que la jeune Barretta fût engagée pour jouer le principal rôle de femme.

Malgré tout ce qu'on put dire, le succès fut immense, et, du coup, la jeune artiste, cà peine âgée de vingt ans, fut sacrée pensionnaire de la Comédie- Française.

Le lendemain de la première, George Sand écrivit une lettre charmante et pleine de gratitude à son interprète, et jusqu'à sa mort conserva avec elle d'affectueuses relations d'écrivain aimé à artiste appréciée.

Madame Barretta ne s'en est pas tenue longtemps aux ingénues proprement dites.

Elle s'est fait une spécialité des rôles de jeunes femmes, mariées ou non, mais dont le caractère dominant est la sagesse, le bon sens et l'honnêteté.

Elle a su donner tant de relief à ses personnages qu'elle en a fait un emploi et qu'on dit aujourd'hui d'une artiste :

— Elle joue les Barretta! comme on dit : les Dugazon. C'est dans ces emplois que, grâce à sa beauté d'une

jeunesse incomparable — toujours vingt-deux ans — et à son talent sans conteste, elle a obtenu ses plus grands succès.

Elle a, une fois de plus, dans un de ces rôles, « sauvé » le Flibustier de M. Richepin

Madame Barretta a épousé son camarade M. Worms, au commencement de l'année 1883.

Elle habite l'hiver, avec son mari et son petit garçon, âgé de quatre ans, un très bel appartement situé rue de Courcelles, non loin du parc Monceau dont l'air lui apporte les fraîches émanations.

Elle va, en général, beaucoup dans le monde^ soit en invitée, soit à titre d'artiste. Mais, cette année, en deuil de son père, elle a vécu d'une vie presc]ue cloîtrée.

Elle reçoit peu, et n'a pas de « jour »; les répétitions imprévues ne lui permettant jamais de compter sur une après-midi.

L'été, elle va vivre h la campagne, au bord de la Seine. Worms et elle viennent à Paris lorsqu'ils sont obligés de jouer.

Et, presque tout le temps qu'elle a de libre, elle le passe sur l'eau, en canot, avec son fils.

Elle aime le bercement doux de la rivière. Et c'est là, tout en faisant quelque ouvrage de dame qui occupe les mains et laisse l'esprit libre, qu'elle pense à ses personnages, compose ses rôles, cherche et trouve les traits qui leur donneront du relief et feront de la figure qu'elle incarnera une personnalité.

Mademoiselle Bartet

ouR parler comme il le faudrait de cette artiste exc]Liise, je devrais emprunter à une pimpante marc^uise du siècle dernier, son langage tour à tour gracieux et sévère, frivole et mélancolique.

Jamais Mademoiselle Bartet ne fut mieux elle-même à mon avis que dans Àdrienne Lecouvrenr, sa dernière création avant Pépa.

La poudre à la maréchale, les mouches, le rouge et les paniers froufroutants, semblent ûiits pour sa grâce frêle : la mouche assassine ne le fut jamais plus qu'au coin de ses lèvres, et la poudre a été créée, dirait-on, pour allumer dans ses superbes yeux noirs les tlammes qui l'illuminent toute.

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Pourtant, et je ne suis pas seule à l'avoir remarqué, il y a dans le sourire de Mademoiselle Bartet je ne sais quelle mélancolie lointaine, qui lui donne un charme de plus.

Elle vous parle de choses gaies, vous accueille avec une poignée de mains cordiale, vous ouvre parfois son cœur en des confidences, sans que s'efface l'ombre qui l'enveloppe.

Et l'on se sent tout de suite attiré par la sympathie irrésistible de cette mélancolie. Sans en connaître la cause on plaint cette tristesse, et c'est un lien de plus entre la délicieuse femme qui d'un sourire vous a conquis, et celui ou celle qu'elle tient ainsi sous le charme de sa voix caressante.

Qui n'a pas en quelque coin de son cœur une douleur cachée? En reconnaître la trace chez une autre personne, c'est un appel immédiat à l'amitié.

Mademoiselle Bartet adore le siècle de Louis le Bien- Aimé, les objets qui l'entourent, les meubles, les tentures, les bibelots, datent tous de cette époque charmante, et l'on n'est point surpris en entrant chez elle de revivre l'époque disparue, tant la femme est une incarnation adorable de ce temps; on ne conçoit même pas qu'elle puisse habiter dans un appartement moderne, et c'est

presque un étonnement de rencontrer l'artiste vêtue à la mode de 1889, tant il semble qu'elle doit constamment porter les robes Watteau et la coiffure en frégate.

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