LOGE DE MADEMOISELLE BROISAT
MADEMOISELLE BROISAT
On voit qu'en somme, l'ensemble est simple et n'a rien qui sente la prétention.
Au contraire, on y respire là une atmosphère d'intimité, de causeries douces ou spirituelles.
Mon impression a-t-elle été trompeuse? C'est possible. Errare... Mais, certes, en sortant de cette loge, j'ai peine à m'expliquer pourquoi M. Francisque Sarcey, en un jour de mauvaise humeur sans doute, a donné à entendre que Mademoiselle Broisat était douée d'une langue un tant soit peu... aiguë.
Mademoiselle Broisat est arrivée en peu de temps à la Comédie-Française, mais il lui a fallu des années pour s'y créer la place qu'elle mérite.
j'ai déjà dit que je ne cherchais pas à dire pourquoi.
Les débuts de la sympathique artiste remontent au mois de décembre 1866. Ils eurent lieu dans la Maison Neuve, de Victorien Sardou, au Vaudeville.
Ils ne furent pas éclatants, et l'artiste dut aller jouer pendant plusieurs années en province.
A son retour à Paris, elle entra à l'Odéon au moment où Sarah Bernhardt en sortait.
Quelque temps après, sans grand bruit, elle fut engagée à la Comédie-Française.
Son premier début eut lieu le 2 novembre 1872; elle jouait le rôle de Marcelle dans le Demi-Monde, d'Alexandre Dumas.
MADEMOISELLE BROISAT
Elle fut remarquée; les habitués prédirent qu'elle resterait une des meilleures recrues de la maison de Molière; quelques-uns même la « découvrirent ».
Tout cela n'empêcha pas son second début d'être retardé jusqu'à la tin du mois de décembre
Cette lois encore, elle obtint un grand succès dans Philiberti\ qui avait été reprise tout exprès pour qu'elle pût enfin déployer toutes ses qualités.
Et malgré tout, elle ne fit son début définitif que quelques mois après.
Mais, cette fois, elle s'affirma complètement
dans M"' de Edle-Isle. Chacun vit bien qu'elle incarnait ce personnage à ravir, à la perfection, et, de ûiit, le rôle est un de ses meilleurs.
Enfin, il fallut l'éclatant succès qu'elle remporta dans la Ketty Bell de Chatterton, pour qu'elle fût promue au
sociétariat, bien après d'autres camarades qui avaient passé devant elle, grâce, sans doute, à une plus parfaite connaissance des classiques.
Mademoiselle Broisat s'en est consolée en donnant tous ses soins aux rôles qu'on lui confie, encore qu'elle n'ait que très rarement des créations de premier plan.
Et, soit qu'elle porte le binocle de l'anglaise Lucy Whatson, du Monde où l'on s'ennuie, ou le somptueux costume de la reine, de Rtiy-Blas, on est bien forcé de reconnaître qu'elle mérite parfaitement qu'on lui applique, comme ce fut tait lors de son second début, ce vers pris dans Pbiliherte même :
Elle est charmante ! Elle est charmante ! Elle est charmante !
Madem(3iselle Rosa Bruck
-ï||^.; LLE a vingt-deux ans à peine, l'âge où l'on songe encore à ses débuts, et déjà dans son art elle est passée maîtresse.
Ce serait à faire croire qu'elle tient cette précocité de sa parenté avec l'artiste la plus étonnante de ce siècle : Sarah Bernhardt.
L'idéale Floria Tosca est en effet la tante de Rosa Bruck ; c'est pourquoi les initiés ne songent pas à s'étonner s'ils trouvent dans l'accent, l'intonation, la voix même de la jeune artiste, comme un retlet de la voix, du geste, de l'accent propre à Sarah Bernhardt.
Ça tient de ûimille, vous répondront-ils.
Depuis quatre ans déjà Rosa Bruck est pensionnaire du Gymnase. A sa sortie du Conservatoire, elle fit aux Français une courte apparition et presque aussitôt quitta ce théâtre où elle n'aurait pu assez vite se hïre une réputation, pour entrer au Gymnase.
M. Koning la mit immédiatement en lumière en lui confiant le rôle de Sidonie dans la reprise de Fromont jeune et Risler aîné.
Ensuite vint M"' de Cygne dans la Comtesse Sarab, où elle fut si touchante et si belle.
Puis le rôle de la comtesse
Zicka dansD^ra. C'est là surtout
qu'elle eut comme sa tante les
gestes, la souplesse, les ondu-
lements félins de la tigresse qui rentre ses griffes pour
mieux blesser ensuite, et qui la hrent tant applaudir.
Elle créa un des principaux personnages de Jalousie, le drame si malheureusement tombé de Vacquerie, et un des premiers également dans YÀjfaire Edouard aux Variétés où elle fut prêtée par M. Koning; mais ne le trouvant pas conforme à son talent plutôt fait pour la comédie, elle l'abandonna bientôt.