LOGE DE MADEMOISELLE DESCHAMPS
MADHMOISHLLE DHSCHAMPS 83
Entré par l'avenue Victoria, on monte d'abord un premier escalier assez confortable; mais on s'engage ensuite, non sans précautions, dans une entllade interminable de corridors peu attractifs, de degrés étroits et de portes lourdes.
On arrive entln, et, il ûiut avoir fait bien mathématiquement le compte des marches montées pour savoir si l'on est au second ou au troisième étage.
C'est dans un couloir assez large, où donnent plusieurs portes numérotées.
— Mademoiselle Deschamps?
— Au numéro 1.
(Avoir soin de consulter l'affiche avant de faire l'ascension, on risquerait, en ouvrant la porte de la sympathique diva, de se trouver en face d'un tout autre visage : la loge étant occupée alternativement par je ne sais combien de chanteuses.)
On frappe : un judas s'ouvre au milieu du châssis, et après quelques paroles de reconnaissance, on entre entni dans le sanctuaire!...
... Imaginez une reine dans une chaumière. — Telle apparaît en ses somptueux costumes, avec son opulente beauté, Mademoiselle Deschamps, au milieu des quatre murs demi nus et de vagues ustensiles servant de meu-
bles qui composent sa loge, comme d'ailleurs toutes les autres loges du même théâtre.
Je n"ai eu qu'une fois le courage d'affronter les dédales des coulisses de l'ex-théâtre des Nations.
Mais je garde de cette unique fois une impression ciui me restera longtemps.
On donnait \e Roi d'Ys. Je trouvai Mademoiselle Deschamps à sa toilette du quatrième acte.
Une longue robe de laine brune l'enveloppait depuis les épaules, moulait sa poitrine, dessinait vaguement les formes par devant, se drapait par derrière en lourds plis somptueux, descendant et traînant à terre.
Ses cheveux cendrés, d'une nuance rare, issaient d'Lin large diadème d'or, et descendaient en tlnts ondes jusqu'à la ceinture de pierreries qui enserrait la taille.
L'opulente Margaret, la reine terrible et adulée, tenait dans l'une de ses mains fuselées une boite de poudre, dans l'autre une houppe, et tout en blanchissant légèrement son cou et sa gorge, mirait son profil Ikuitain, ses bras superbes, toute sa personne enfui — dans une glace au cadre de bois, aux dimensions exiguës, placée au-dessus d'une table de toilette également en bois, couverte d'une simple nappe blanche.