‹ Loges d'artistes. Dessins de Félix FourneryChapitre 10 sur 32 · MADEMOISELLE DESCHAMPS · texte numérisé non relu

MADEMOISELLE DESCHAMPS

— Vous voyez, me dit-elle, ce que je suis obligée d'appeler « ma loge »!

— En effet, ce n'est pas féerique!

— Non, n'est-ce pas... Et, si encore, j'y étais seule, je pourrais l'égayer un peu, la décorer, la

meubler au besoin, à mes frais!... Mais, voilà: il faut la partager. Nous sommes plus d'une à nous laver à la même cuvette! Et, comme on ne peut avoir tant de clefs, il faut laisser la porte ouverte tout le jour. Or, bien des gens passent dans les coulisses, des figurants, des choristes, que V^^fj) sais-je encore!... Tout cela n'engage pas, vous me l'avouerez, à faire la moindre dépense !

Pendant ce discours, je jetais les yeux autour de moi.

Pour tous meubles, des chaises avec des cartons à chapeaux, et des patères pleines de robes. Une armoire-placard, peinte en brun, le long d'une des cloisons. Et des becs de lumière électrique. Seule, à la fenêtre, une tenture assez jolie s'accrochait : des rideaux foncés à grands ramages.

— Vous regardez ces rideaux? me demanda la diva.

qo LOGES D'ARTISTES

— Oui ! ils sont un peu mieux que le reste.

— Devinez d'où ils viennent?

C'est un souvenir... Un reste de la tenture même qui garnissait ma loge, là-bas, avant l'incendie!

Cette fois, j'examinai cette étoffe, qui pourtant n'avait rien de particulier, plus curieusement encore. Et — voyez comme l'horreur peut rester présente à la mémoire — il me sembla sentir comme une vague odeur de roussi... de chair brûlée.

Mais, du couloir tout à Coup, et de la scène, en bas, des sons puissants nous arrivèrent. Des éclats de cuivre résonnaient jouant l'ouverture du quatrième acte. Puis, de grands ébranlements, des échos, annoncèrent les manœuvres des machinistes , mettant en mouvement le fameux décor de l'inondation. Puis, les trois coups... Et, soudain, quelque chose de vague, brisé par les recoins des couloirs, assourdi, faussé par la distance : le chœur.

Mademoiselle Deschamps achevait sa toilette. Il était temps. Son tour était venu de paraître en scène.

Elle descendit, avec son habilleuse portant la queue de sa robe.

Et, la suivant des yeux, j'eus encore une fois, au spectacle de sa majestueuse démarche parmi ces murs tristes,

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