‹ Logique (volume 3)Chapitre 20 sur 37 · II · texte numérisé non relu

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le Christ entier : son corps, son sang, son âme et sa divinité. Oui, mais vous le séparez de sa croix. Vous ne comprenez pas sa mort pour vous, vous ne comprenez pas la vôtre en lui : surtout vous ne la voulez pas. Eh bien! ici est le point critique. Ici le grand passage. Ici s'arrête toute philosophie, même platonique, même devinant l'aurore évangélique, même moderne, et appuyée de l'Évangile et de sa lettre, et même de son idée. Voulez-vous, oui ou non, porter sa croix? Vous êtes ou vous n'êtes pas son disciple. Voulez-vous, oui ou non, mourir en lui, uni à lui, par le sacrifice de la croix ? Vous entrez ou vous n'entrez pas dans la lumière vivante et substantielle, dans le plus haut degré de l'intelligible divin. Votre raison ne va pas à sa fin dernière, ou elle y va.

C'est ainsi que Jésus- Christ, et Jésus-Christ crucifié, est seul la voie, la méthode, toute méthode, même la méthode logique, pour arriver à la vérité. Et surtout on ne franchit le passage de l'intelligible inférieur à l'intelligible d'en haut que par l'union réelle, pratique, d'intelligence et d'âme à Jésus- Christ, et à Jésus-Christ crucifié.

Ici un nouvel horizon se découvre : vous le voyez, il n'est pas seulement la vérité, il n'est pas seulement la voie et la méthode ; il est bien plus

encore, il est la vie, la vie qui donne la force de marcher dans la voie et d'arriver à la vérité.

Car, je vous le demande, qui vous donnera la force de porter la croix et d'accepter la mort? Or la croix, le sacrifice et la mort, c'est la méthode, nous l'avons amplement montré.

La science ne saurait naître que dans l'âme sacrifiée et devenue conforme au Christ par la mort volontaire, dans l'âme qui, par la pratique morale et intellectuelle de la croix, sait retrancher tout obstacle au retour à Dieu, à partir de toute impression , à partir de tout mouvement d'esprit , d'âme ou de corps. Est-ce vous qui saurez vivre dans cette habitude de la mort? Mais est-ce vous qui saurez trouver en vous-même cette vie meilleure que les mystiques appellent la vie ressuscitée ? Est-ce vous qui parviendrez , par quelque imitation logique du sacrifice, aux régions de la science abstraite, à la fin naturelle de la laison ; est-ce vous qui saurez vous élever jusqu'à sa fin dernière, et entrer dans le commencement de la vie éternelle que donne l'union- à Dieu, par l'amour et la foi ? Il y a là un abime que celui-là seul peut combler qui est lui-même la vie, un abîme qui ne sera comblé en vous, que si lui-même vient vivre en vous ; s'il vous donne d'être uni à sa croix et

à son sacrifice, de mourir avec lui, d'être enseveli avec lui par l'esprit du baptême , d'anéantir en vous, ainsi qu'il s'est anéanti lui-même, tout obstacle, toute limite mauvaise; s'il vous donne de briser, pour l'étendre indéfmiment, toute limite naturelle qui empêche de grandir en Dieu et d'entrer dans son infini ; de passer de la vie naturelle, temporelle, divisée, qui passe toujours et oscille toujours, à la vie pleine et éternelle, simultanée et rassemblée. Or, il faut quelque commencement implicite de la vie éternelle au fond de l'âme {inchoatio vitœ œterncé)^ pour que, dans notre esprit, puisseluire quelque rayon de l'intelligible suprême. De sorte que la fin dernière de la raison, le terme suprême de la science, d'où la vie doit descendre sur tous les détails de la science, n'est en aucune sorte abordable que par le Christ vivant en nous. Il est de toute impossibilité qu'un homme, ou une nation, marchent dans la voie de la science pleine, de la sagesse totale, si Jésus-Christ n'habite dans cet homme et dans cette nation par la grâce et la foi. Si vous ne vous nourrissez pas de la chair du Fils de l'homme , dit le Seigneur lui-même, vous n'aurez pas la vie en vous. Toute nation , tout homme qui rejettera Jésus-Christ de son sein, rejettera la vraie vie scientifique. Les faits , d'ailleurs , le

montrent. Mais si la civilisation moderne se maintient dans la foi chrétienne, si l'esprit de la foi vivante recommence , comme il semble, à se réveiller en Europe, nous en viendrons à ce que les saints ont a})pelé <c la vraie science des chrétiens. » Il y aura ime inspiration réelle du Cln4st demeurant dans nos cœin\s et dans le cœur des sociétés, une inspiration réelle de Jésus-CJnist pour la formation de la science, de la science telle que la clierche l'hnmanité depuis le commencement. Lui qui a dit : « Je suis le cep et vous êtes les branches ; sans « moi, vous ne pouvez rien faire; mais demeurez en « moi, si vous voulez porter beaucoup de fruits; » lui qui a donné ce conseil principal au monde et à chaque homme, à i'ame entière, à sa volonté prise à part, dans sa lutte pour le bien, et à l'intelligence prise à part, dans sa recherche de la vérité ; lui, dis-je, qui a fait cette promesse, la tiendra, si notre intelligence s'attache à lui, demeure en lui, et tire sa sève de ce cep divin, cœur et vie de la science.

Et selon nous, ce cœur de la science a déjà laissé voir son travail dans la création de la science moderne. La science, la vraie science de la nature est toute moderne, et, de fait, la force vive, qui Fa produite est toute théologique et s'est manifestée

par des actes de foi. Kepler qui a créé l'astronomie, qui le premier a contemplé l'œuvre de Dieu dans le ciel visible, Kepler était manifestement animé dans toutes ses recherches par la foi la plus, vive. Nous l'avons vu. Colomb, qui le premier a vu la terre entière , était poussé par une foi élevée jusqu'à l'enthousiasme. Quant à l'idée de l'infini, elle a été peu à peu dégagée par les saints, par les mystiques et les théologiens. Les chrétiens seuls, ce semble, quelques penseurs l'ont affirmé, pouvaient créer le calcul infinitésimal, levier universel des sciences de la nature visible. Leibniz, chrétien lui-même, catholique de cœur et d'esprit, Leibniz était poussé par tout son siècle. C'est donc un grand siècle chrétien, vivant de foi, qui a créé la science de la nature, inconnue avant lui. Nous sommes fermement convaincu que, sans les secrètes impulsions de Celui qui est la vie de la science, toutes ces grandes découvertes qui domptent la nature physique ne pouvaient avoir lieu. Mais ce n'est là que le commencement du travail de ce cœur divin de la science. Il a commencé par le moindre, par la nature physique, corps terrestre de la science totale ; et si l'on ne voit pas encore les invisibles artères qui rattachent tout le corps à ce cœur et toutes nos sciences à Jésus-

Christ , c'est sans doute qu'il en est de la science comme il en est du développement de notre corps. L'œil de l'observateur voit quelquefois, dans l'embryon, les organes se former à la circonférence, pendant que le cœur bat à part de son côté. Mais on ne voit encore, entre ce cœur et ces organes où coule déjà du sang , aucun passage du sang à travers les artères et les veines. Notre corps, d'ailleurs, se développe comme en trois sphères distinctes ^ : la plus centrale d'abord, puis la plus extérieure; le lien n'arrive qu'en dernier lieu.

Or, la théologie catholique, cœur de la science, a été développée par l'Église, pendant l'avant-dernier grand siècle chrétien , que représente le docteur angélique. Au dernier grand siècle chrétien a paru le corps de la science, sa circonférence extérieure. Le lien, sans doute, se développera un jour; ce sera l'œuvre du prochain grand siècle. Ce lien, c'est la philosophie , qui montrera comment le cœur envoie par ses artères la vie à tous les points du corps, et comment tous les points, par leurs veines, renvoient au cœur leur sang pour qu'il soit vivifié. Alors enfin se déroulera aux yeux le plan complet de la science chrétienne. Alors seulement

* Les trois feuillets concentriques de l'embryon.

la science pleine aura commencé sa vie dans le monde. Sans donte il faut, pour cela, que la philosophie sache la théologie, et la physique et la géométrie. Sans doute un seul homme ne peut embrasser toutes ces choses, mais plusieurs en un le pourraient. Ne voyez-vous pas déjà que la philosophie abstraite, séparée, privée de la théologie, science révélée, privée de science terrestre positive, n'est presque plus tolérée parmi nous? Visiblement stérile, elle n'a plus que bien peu de pontifes et pas un seul fidèle. C'est bien ainsi que s'éteignaient, au v*' siècle ou au vf , les derniers restes du paganisme.

C'est qu'en effet Jésus-Christ est la vie, lui , lui seul ! Il est la vie comme la voie et la vérité. Il est la science entière, son plan total, son terme dernier, sa méthode et sa vie. Donc, si je veux savoir toute chose, je dois, avec saint Paul, prendre pour ma devise sa grande parole : « Je ne veux savoir c( qu'une seule chose, Jésus-Christ et Jésus-Christ (c crucifié.»

Concluons. Nous avons étudié ce que nous appelons le premier et le principal procédé de la vie

LES VERTCS INTELLECTUELLES IISSPIUÉES. 281

raisonnable. Ce procédé est le fond de la démonstration de l'existence de Dieu, l'instrument de passage du monde à Dieu, des faits aux lois et aux idées. Il monte de tout fini à l'infini, en effaçant par la pensée, dans la vue du fini, tout ce qui constitue le propre caractère du fini, et il s'élève ainsi à quelque idée de l'élément immuable, infini, qui porte, comme cause première, créatrice et vivificatrice , tout être fini, et toute vie des êtres finis. C'est une imitation logique du sacrifice, un effacement, un anéantissement de limites, qui passe ainsi du monde à Dieu, et qui élève notre raison à sa fin naturelle. Mais nous avons été plus loin. Nous avons de nouveau montré, ce que nous avions fait déjà dans notre Traité de la Connaissance de Dieu, que la raison arrivée à sa fin naturelle n'est pas encore à sa fin dernière. Dieu la destine, ainsi que Thomme entier, à une plus haute élévation, et la raison, comme le cœur, arrivée à sa fin naturelle, regrette et désire l'autre. Elle veut sa fin surnaturelle ; elle veut Dieu même, non plus indirectement aperçu dans la nature, mais connu en lui-même. Et ici nous avons montré que la raison, comme l'homme entier, franchit ce passage, non plus par une imitation logique du sacrifice, mais par l'union réelle au sacrifice de Jésus-Christ, par la marche en cette voie

qui est Jésus-Christ même : divine méthode, dont la méthode dialectique n'est que l'imitation abstraite. De sorte que le procédé logique principal, le procédé dialectique se ti'ouve autorisé des deux côtés: d'un côté par son analogie avec les mystères de la foi, dont il est un calque logique, et de l'autre côté par son application à la géométrie, où il est la méthode infinitésimale.

De sorte qu'il faut nier maintenant la géométrie pour nier la légitimité des sublimes et universels résultats que la saine raison, fruit de cette lumière éternelle qui éclaire tout homme venant en ce monde, a donnés ou aurait pu donner aux âmes droites, dans tous les temps, dans tous les lieux.

Et ce travail philosophique que nous offrons à ceux qui pensent, le démontre rigoureusement, à partir d'une seule concession, savoir : que la raison est raisonnable. Qu'on nous accorde ce seul point, et ce qui précède est certain comme le calcul infinitésimal. — Descartes et Leibniz déjà soutenaient que les vérités métaphysiques se démontrent aussi rigoureusement que la géométrie ; seulement ils ne remarquaient pas assez que la démonstration n'est pas tout entière du même ordre que celle de la géométrie ordinaire, et que la comparaison n'est pleinement exacte qu'en tenant compte de la méthode

géométrique infinitésimale. Leibniz pourtant l'a su , et il l'a fait entendre assez clairement. — Et de fait, pour nous contester toutes ces choses, il faut nous contester que la raison est raisonnable , et on le conteste : tous les sophistes, depuis Gorgias et avant lui jusqu'à Hegel, ne font pas autre chose. Il est absolument certain que la raison tend à l'infini , c'est-à-dire à Dieu , à toute grandeur, à toute beauté, à toute bonté et à toute perfection, à Dieu enfin; elle y tend, le démontre et le prouve, tout autant que le cœur sur les ailes de la poésie, de la prière, de l'enthousiasme, peut y rêver, y aspirer et y monter. L'un ne va pas plus haut que l'autre. Le cœur ne saurait plus aller trop loin.

Ce n'est pas à un infini vague et indéterminé, insaisissable, abstrait, que montent le cœur et la raison, mais à un infini connaissable, visible, vivant, aimable et beau.

Ce que la Philosophie j et surtout la Théologie nous disaient, qu'on s'élève par les phénomènes à quelque connaissance des idées, idées humaines qui sont les vrais reflets de celles qui sont en Dieu : que les choses visibles représentent les perfections de Dieu, sa puissance éternelle et sa divinité ; que les perfections de Dieu sont celles de nos âmes, moins les limites ; que tout ce qu'il y a, en toute créature,

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d'être, de bonté, de perfection, que tout cela est en Dieu souverainement, infiniment; que dès lors, pour connaître ce qui est en Dieu, il ne faut pas nier ce qui est dans les créatures, mais l'affirmer infiniment, en niant, non ce qu'elles sont, mais ce qu'elles ne sont pas, avec Platon, Descartes, Fénelon, Malebranche, Bossuet, Leibniz, après saint Thomas d'Aquin : tout cela, dis-je, malgré l'assertion contraire des sophistes, assertion qui les mène au néant ; toute cette méthode de connaissance de l'infini est aujourd'hui montrée certaine comme la géométrie, puisque le procédé géométrique infinitésimal n'en est lui-même qu'un cas particulier.

Par cela seul qu'il y a quelque part quelque trace, quelque idée de beauté, de bonté, d'intelligence, d'amour, de perfection et de bonheur, il est certain qu'on peut, qu'on doit pousser à l'infini toutes ces idées, et affirmer l'existence actuelle, éternelle, infinie de leur réalité. Ni le cœur, ni l'imagination, ni la prière, ne peuvent aller trop loin. Tout est encore plus beau que ce qu'on rêve : tout est encore plus grand que ce qu'on croit.

De sorte qu'un enfant qui espère et qui croit ; qu'une humble femme qui prie et pleure, qui aime, qui croit à des merveilles qu'elle espère dans une vie future, cette femme et cet enfant possèdent les

dernières conclusions de la science, et plus ; cav ils tiennent à la fois la vérité dans leur cœur et dans leur esprit.

D'où il faudrait encore tirer ces conclusions pra* tiques qu'au jourd'lnii notre manque de foi, de conviction, d'enthousiasme, vient du mal, et part, soit d'une perversité qui détruit la raison, soit de l'abaissement général de la raison parmi nous et du sommeil de la philosophie . qu'il faudra détruire la raison, et c'est ce qu'on entreprend, pour détruire ces saintes et religieuses doctrines universelles qui sont, comme on le sent très-bien, le préambule et la base naturelle du Catholicisme ; que le prochain grand siècle raisonnable sera un siècle plus catholique que le xvif siècle et même que le xuf-, que la renaissance des fortes études philosophiques serait un gage de renaissance sociale ; que la sérénité des inébranlables croyances fondées sur Dieu et la nature , siu' la foi et sur la raisoti , qui viennent de Dieu, peut encore succéder au lamentable abattement des âmes plongées dans la langueur et dans les ténèbres du doute, et réserver aux peuples modernes de nouveaux siècles de lumière, de foi, d'union, d'iiéroisme, de charité, pour le service de Dieu et pour l'ennoblissement du genre humain.

Il fliul dire plus. Il faut dire que sauf l'impardon-

nable découragement de ceux qui ont conservé une lueur de raison, une étincelle d'amour de Dieu, un reste d'ardeur pour la propagation de la justice et de la vérité, une prochaine renaissance aura lieu. Le dernier siècle lumineux, le xvu% ce dernier grand flot du progrès, ayant été suivi d'une vague abaissée assez longue, le flot va remonter. Mais de plus, nous sommes libres : l'océan des esprits est un océan libre : le flux et le reflux, quoique poussés par la nature, dépendent aussi de nous. Il suffirait qu'aujourd'hui, parmi nous, se produisît pour relever la raison et. par la raison la religion, un effort comparable à celui du xvnf siècle pour écraser la religion, et sur ses ruines la raison même et la philosophie. Voltaire, Diderot, d'Alembert, Lamettrie, d'Holbac, Helvétius, Condorcet, et toute cette liste de noms flétris, se sont ligués et associés pour renverser le Christ : mais qu'ont-ils fait de la philosophie? A l'éclatante lumière du siècle qui les touchait encore, ils ont fait succéder, en peu d'années, luie nuit philosophique si pleine, que Voltaire a pu dire, sans soulever un rire inextinguible, « qu'entre Platon et Locke, il n'y avait rien en Philosophie^ ; » et après

^ Il comptait pour rien saint Augustin, saint Thomas , tous les Pères, tous les scolastiques , tous les mystiques, et tout le xvii^

Voltaire, Condillac a pu dire : « Nous avons quatre « métaphysiciens, Descartes, Leibniz, Malebran- « che et Locke, Ce dernier seul n'était pas mathéc( lîiaticien, et combien n'est-il pas supérieur aux « trois autres ! » Ainsi une pleine éclipse cachait à ces étranges esprits l'étincelant soleil du siècle merveilleux qui a créé les sciences, qui a donné à la philosophie ses dernières armes. Aidés par les passions et les vices de leur temps, ces hommes ont pu renverser du même coup la religion et la philosophie. Aidés de Dieu, serons-nous incapables de relever dans les générations nouvelles la tradition philosophique véritable et complète, le culte de la droite raison, et par la droite raison, la foi ? Qu'on ose en concevoir le projet et en décréter l'entreprise, et le succès est assuré. Dieu sera certainement avec nous, dans une foule de cœurs droits, et d'esprits assez forts pour rompre le cours du pi'éjugé. On a su vaincre, au xvin'' siècle, le préjugé qui mène à Dieu ; on saura vaincre, au xix% le préjugé qui en éloigne. L'ignorance cédera ; l'absurde, regardé en face par des esprits capables de n'en avoir pas peur, perdra son impudence ; la raison se relèvera ; la lusiècle : Pascal, Descartes, Bossuet, Fénelon, Malebranche et Leibniz. Cela est prodigieux.

niière qui éclaire tout homme venant en ce monde , agira de nouveau, en retrouvant sa liberté, et la foi renaîtra d'elle-même. Dieu s'en charge, quand l'obstacle est levé.

Comme la grâce, dans les cœurs, agit d'ellemême, et ne demande à l'homme que d'enlever l'obstacle qui l'étouffé ; de même, la religion au cœur des peuples agit et se relève d'elle-même, et ne demande qu'une chose : qu'on ôte l'obstacle intellectuel et moral qui l'opprime. Otez l'obstacle intellectuel, l'obstacle moral est entamé. Or, l'obstacle intellectuel parmi nous , c'est la philosophie du xvui'^ siècle, destructive de la foi au nom menteur de la raison ; l'obstacle enfin, c'est la doctrine des sophistes contemporains qui détruisent la raison aussi bien que la foi. Comment combattre cette philosophie négative? Comment combattre ce qui n'est pas ? En l'employant comme démonstration par l'absurde. Nous l'avons fait. Puis en s'occupant directement de relever la raison parmi nous, par le rétablissement des fortes études philosophiques. Cela est praticable. Qu'on s'y dévoue.

Seulement , qu'on nous comprenne bien : nous ne parlons ici que de philosophie chrétienne, de cette philosophie qui a pris pour devise la parole de saint Paul : « Je ne veux savoir qu'une seide

c( chose, Jésus-Christ et Jésus-Christ crucifié, n Toute autre philosophie est ou stérile ou corru])trice. Il faut la vie chrétieune dans les Ames poiu* que la pleine philosophie soitpossihle, pour qu'elle naisse et se développe. H faut cette vie nouvelle, pour relever la raison affaiblie en elle-même, plus affaiblie encore par le contagieux affaissement de la volonté, libre d'ailleurs, et qui ne déploie jamais toutes ses forces logiques que quand elle est guérie par Jésus-Christ.

Qu'on nous permette maintenant de terminer ce livre, qui traite du plus solide et du plus court moyen d'arriver à la science, par l'invocation qui termine l'opuscule de Bossuet, intitulé : Manière courte et facile de prier.

Voici cette prière de Bossuet. Nous transposons ses paroles, en appliquant à la philosophie ce qu'il dit de la sainteté :

« Grand Dieu, qui, par un assemblage merveil- « leux de circonstances très-particulières, ménagez « de toute éternité les manifestations successives de « ces vérités, ne permettez pas que certains esprits, « qui se rangent parmi les savants, puissent être ac- (f cusés à votre redoutable tribunal d'avoir contri- « bué à vous fermer l'entrée de je ne sais combien « d'esprits, parce que vous vouliez y entrer d'une

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