CHERCHAIS M0I-IV1J^:ME
Mais il faut plus. Non-seulement il faut appren-
(Ire à éviter toute parole saus pensée, et toute pensée sans âme; mais encore il faut éviter, je dis pour bien écrire, tout état d'âme sans Dieu. Car, sans doute, ce que l'éloquence entend mettre au dehors ce n'est pas l'âme dans sa laideur, c'est l'âme dans sa beauté. Or sa beauté, indubitablement, c'est sa ressemblance à Dieu. Car comme le dit encore excellemment Joubert : « Plus une pac( rôle ressemble à une pensée, une pensée à une « âme, une âme à Dieu, plus tout cela est beau. »
Il faut donc, comme saint Augustin^ chercher son âme, se chercher soi, soi et son bien^ son âme et sa beauté. ( Quœrenti mihi memetipsiun et bonum meiitn.) Il vous faut donc, pour très-bien écrire, la présence de votre âme, et la présence de Dieu; c'est-à-dire il faut que votre âme toute entière, s'il est possible, soit éveillée, et que la splendeur de Dieu soit sur elle.
C'est là, dis-je, ce qu'il faut chercher. Mais qui cherche trouve. Si vous cherchez dans le silence et la solitude, avec suite et persévérance ( vohenti mihi dia, et per multos dies sedtdo qucerenti^^ plus d'une fois il vous arrivera d'être comme réveillé, et de sentir que vous n'êtes plus seul. Cependant riiote intérieur et invisible est tellement caché et impliqué dans l'âme cjue vous doutez. Est-ce moi-
méme^ ou est-ce un autre qui a parlé? Où est-il? Se fait-il entendre de loin, ou parle-t-il dans ce fond reculé de moi-même si éloigné de la surface liabituelle de mes pensées ?
Ne vous arrêtez pas à ce doute. En pratique, peu importe. Tachez seulement de ne pas laisser perdre ce que vous entendez, et ce que vous voyez alors. Ne vous fiez pas à la mémoire. La mémoire n'est fidèle et complète qu'en présence des objets. La mémoire est une faculté qui oublie. Quand la lumière céleste des idées luit sur elle, elle croit que cette lumière ne lui sera point otée, et qu'elle verra toujours le même spectacle. N'en croyez rien. Quand la lumière se sera retirée, la mémoire pâlira, comme la nature quand le soleil s'en va : car ici l'absence c'est l'oubli r
Il faut donc écrire alors. (^Ergo scrihendum est). Il faut s'efforcer de décrire l'ensemble vaste, les détails délicats du spectacle intérieur que vous voyez à peine; il faut écouter et traduire les veines secrètes du murmure sacré ( venus dwlni susurri) ; il faut suivre et saisir les plus délicates émotions de cette vie maintenant éveillée.
Mais je ne puis , répond saint Augustin ; ma santé m'en empêche. (^V aletudo scribendi laboreni récusât. ) Et ici, il faut reconnaître que chacun a
natiirelleinent cette sorte de santé qui ne peut pas écrire. Est-ce que l'état presque toujours gi'ossier, enivré, remuant, lourd, somnolent, de mon corps, ne m'empéclie pas d'écrire, c'est-à-dire de suivre et de fixer ces beautés intérieures que j'aperçois à peine, et ces délicates émotions, croisées, effîicées, étouffées, par les rudes et pétulantes émotions de mes sens ?
Que faire donc? {^.Nescio qald aga??i.) Il faut qu'il soit porté remède à cet état de votre corps. ( Ora salutein et auxiliiun. ) Il faut fuir cet état ténébreux du corps qui empêche d'écrire. Il faut demander à Dieu cette sorte de santé précieuse et bénie qui rend le corps simple et lumineux, et dont l'Evangile parle, quand il dit : « Si votre œil est (c simple, tout votre corps sera éclairé, et vous illu- « minera comme un flambeau. »
Oui, il faut que votre corps même soit entraîné, et entre dans la voie de votre esprit et de votre âme. (c Tout ce qu'on pense, dit parfaitement Jou- « bert, il faut le penser avec l'homme tout entier, (C l'esprit, l'âme et le corps. » Oui, le corps est de la partie, et saint Augustin le sentait.
Il faut que l'esprit, l'âme et le corps, en harmonie, soient devenus ensemble connue un seul instrument docile à l'inspiration intérieure : inspi-