‹ Logique (volume 3)Chapitre 24 sur 37 · II · texte numérisé non relu

II

ration qui manque peu, mais qui trouve rarement l'instrument préparé.

Le délicat et profond écrivain que j'aime à vous citer sur ce sujet l'avait bien observé : « Quand il « arrive à l'âme de procéder ainsi, dit-il, on sent « que les fibres se montent et se* mettent toutes « d'accord. Elles résonnent d'elles-mêmes et malce gré l'auteur, dont tout le travail consiste alors à (c s'écouter, à remonter la corde qu'il entend se ce relâcher, et à descendre celle qui rend des sons ce trop hauts, comme sont contraints de le faire ce ceux qui ont l'oreille délicate quand ils jouent ce de quelque harpe.

ce Ceux qui ont jamais produit quelque pièce de ce ce genre m'entendront bien, et avoueront que ce pour écrire ou composer ainsi, il faut faire de ce soi d'abord, ou devenir à chaque ouvrage un ce instrument organisé ^ . »

N'est-ce pas là ce que veut dire le prophète qui s'écrie : ce Éveille-toi, ma glorieuse lumière! éveillecc toi, lyre de mon âme! » {^Exurge, gloria mea. Exurge , psalteriwn et cithara . )

Mais, je vous en préviens, si vous attendiez pour écrire que votre âme et votre corps fussent deve-

* Pensées de Jouhert, t. ii, ]). 95.

nus cet instrument sonore et délicat, vous n'écririez pas. Que dit, en effet, saint Augustin : « Priez, « demandez la force, la santé, le secours, et écric( vez, afin que, vous sentant père, vous en dévête niez plus fort (^ut proie tua fias animosior). » Oui, commencez par écrire et produire, dussiezvous sacrifier ensuite les premiers-nés. Mais, en tout cas, les premiers fiaiits vivants de votre esprit l'animeront; les fibres se monteront, et se mettront d'accord d'elles-mêmes.

Savez-vous pourquoi des esprits , d'ailleurs trèspréparés, restent souvent improductifs et n'écrivent pas. C'est parce qu'ils ne commencent jamais, et attendent un élan qui ne vient que de l'œuvre. Ils ignorent cette incontestable vérité, que, pour écrire, il faut prendre la plume, et que, tant qu'on ne prend pas la plume, on n'écrit pas.

Et ils ne prennent jamais la plume, parce que je ne sais quelle circonspection les arrête ; ils pensent au lecteur; ils tremblent devant toute cette foide de critiques qu'ils imaginent, et devant leurs mille prétentions.

Aussi, que dit saint Augustin ? « Ne cherchez c( pas à attirer toute cette foule; quelques-uns sauce ront vous comprendre. >) (iYec modo cures invitationeni turhœ legentium. )

Le respect humain est un fléau dans tous les oidres de choses. Pensez à Dieu et à la vérité, et ne craignez ])as les hommes : règle fondamentale pour hien écrire, comme pour parler.

Ne faites doue point d'apprêts pour attirer les hommes. Pas de style, avons-uous dit, mais la sévère uudité du vrai! N'écrivez que les résultats, en peu de mots {^paucis conclus iunculis hreviter collige) ; retranchez tout ce qui n'est que vêtement, ornement, appât, ruse, effet, précaution, transition. Transition ! fléau du style et delà parole ! Combien d'esprits que les transitions empêchent de passer, et ue laissent jamais arriver à ce qu'ils voulaient dire! N'écrivez que là ou vous voyez, où vous sentez. lA où vous ne voyez pas, où vous ne sentez pas, n'écrivez pas; taisez-vous. Ce silence-là aura son prix, et rendra le reste sonore.

Quelle diginté, quelle gravité, quelle vérité dans la parole de celui qui n'attend rien des hommes, qui ne cherche aucune gloire, mais qui cherche la vérité; qui craint Dieu seul et attend tout de Dieu. Le Christ parlant à ceux qui clierchent la gloire venant des hommes, et non pas celle qui vient de Dieu, ne dit-il pas : «Son Verhe ne de- (( meure ])oint en vous? » { Fcrbiun ejus non habelis in vobis inanens.) Donc cherchez la gloire qui

vient de Dieu; alors le Verbe de Dieu demeure en vous.

c( Jouez pour les Muses et pour moi, y^ disait lui célèbre Athénien à un grand musicien méconnu. Appliquez -vous ce mot : écrivez pour Dieu et poiu' vous. Ecrivez pour mieux écouter le Verbe en vous, et pour conserver ses paroles : Supposez toujours qu'aucun homme ne verra ce qui vous est ainsi dicté.

Plus un livre est écrit loin du lecteur, plus il est fort. Les Pensées de Pascal, les travaux de Bossuet pour le dauphin, la Somme de saint Thomas d'Aquin surtout, écrits pour les commençants, en sont des preuves. Une preuve des plus singulières, en ce genre, se trouve dans les deux styles de Massillon : celui du Petit Carême et celui des Discours synodaux : le premier, pi'éparé pour la cour, où l'auteur abuse vraiment de la ductilité de la pensée, où le délié de la trauie épuise la patience du regard; l'autre presque improvisé pour quelques curés d'Auvergne, courtes pages vivantes, énergiques, où l'on rencontre un autre Massillon, aussi supérieur au premier qu'un beau visage est supérieur à un beau voile.

Un avis, en terminant ce point dont je ne touche que les sommités.

L'esprit est prosaïque, l'âme poétique et niusi- Celle. Sjmphonlalis est anima : ainsi parlait une sainte du moyen âge. Le livre de l'Imitation le dit aussi. Quand l'âme se recueille et entend quelque chose de Dieu, que la paix et la joie l'inondent, il arrive bien ce que dit Gerson : Siclas pacem, si gaudiwn sanctum infundis , eril anima servi tui plena modulatione. Joubert aussi l'avait compris : « Naturellement, dit-il^ l'âme se chante à elle- « même tout ce qu'il y a de beau. )) Aussi, quand le style est une habitude de l'âme, il y a un écueil à éviter : c'est le chant. C'est l'excès de l'harmonie musicale dans le style, et l'introduction involontaire, presque continuelle, du rhythme et du vers dans la prose : c'est un vrai défaut, quoique dans une prose parfaite , toute syllabe, je crois , est comptée, et même pesée. Mais il fliut rompre ce chant trop explicite, non par un calcul de détail, mais par une modération générale et une profonde pudeur de l'âme, qui, n'osant pas chanter, modère le rhythme des mots, le rend presque insensible, de même qu'elle renferme en elle, avec pudeur, l'enthousiasme de sa pensée , et le maintient intime, caché, réservé, presque insensible, mais d'aulanl plus irrésistible et pénétrant.

Je continue à vous donner ces conseils à vous, qui croyez à la présence de Dieu, et qui êtes résolu à l'austère discipline de sa divine école. Puissé-je me faire comprendre et vous mener jusqu'à la pratique même.

Je suivrai vos conseils, me direz-vous ? Je saurai supporter la solitude et le silence. J'écrirai donc. Mais quoi ?

La réponse est impliquée dans ce qui précède ; elle est très-loin du conseil de Boileau :

(( Faites choix d'un sujet »

Mot étrange ! Est-ce qu'un homme sérieux choisit un sujet? Un homme sérieux a un sujet. S'il n'en a pas il n'écrit pas. Jamais il n'a le choix.

D'abord, au fond, il n'y a qu'un sujet : Dieu, l'homme et la nature dans leur rapport; rapport où se rencontrent à la fois le bien, le mal, le vrai, le beau, la vie, la mort, l'histoire, l'avenir. De sorte que l'unique sujet total de la méditation de l'âme, c'est en effet celui qu'indique saint Augustin : Je cherchais pendant bien des jours; je me cher-

chais moi-même, et mon bien, et le mal que je veux fuir. (Volventl milil et per inultos elles quœrenti memetipsiun et bouuni meuin^ et maluin quod esset vltanduin. )

Soit; mais de quel coté prendre ce sujet, qui est le sujet universel? Je réponds : il faut le prendre comme il se présente.

Les musiciens n'ont-ils pas remarqué que lorsque lame est vraiment émue, il y a un ton, un seul, à l'exclusion des autres, dans lequel il lui est possible d'entrer. Et qu'on y regarde de près : non seulement le ton, mais la mesure, mais le fond de l'harmonie générale, peut-être même les détails de la mélodie sont doiuiés, sont commandés par l'émotion l'égnante.

Eh bien ! si vous êtes en silence, si vous êtes éveillé, ému, ^^et d'ordinaire le vrai silence amène l'éveil et donne l'émotion vraie, — alors ces harmonies et ces mélodies intérieures, quoique vous ne sachiez pas peut-être encore bien les entendre, sont en vous, et à ces harmonies répondent certains spectacles, certaines faces des idées éternelles, certaines inspirations particulières et actuelles de Dieu. Croyez-vous que, lorsque vous serez recueilli, vous allez vous trouver en face des attributs de Dieu tels que les professeiu's de philoso^

phie les dictent et les expliquent? Certainement non. Vous aile/ vous trouver, de fait, en face de ce qu'annonce l'Évangile, le Verbe fait chair. C'est pourquoi l'Évangile ne dit pas : Vous n'avez tous qu'un maître qui est Dieu; il dit d'une manière plus précise : « Vous n'avez tous qu'un maître qui « est le Christ. » Dieu n'est pas seulement pour nous l'éternel, l'immobile, l'absolu, l'invisible, il est aussi le Dieu vivant, présent, aimant et souffrant dans l'humanité, et celui de qui vous viendront, si vous êtes vraiment son disciple, les plus particulières , les plus précises , les plus actuelles inspirations.

Or, que voulez-vous que le Verbe fait chair pour le salut du monde inspire à ses disciples, sinon ce qui est nécessaire actuellement au salut du siècle où ils vivent, et surtout à leur propre salut? Leur salut, le salut du siècle où ils vivent, voilà l'œuvre et l'idée universelle, identique pour tous les serviteurs de Dieu dans le même tenqis, mais variée pour chacun d'eux selon le peuple dont on fait partie, selon le rôle qu'on peut et qu'on doit remplir dans la lutte.

Ainsi l'idée vraiment inspiratrice pour vous , couuîie pour tous, c'est le salut du siècle où vous vivez, c'est votre salut, lié à votre œuvre, et qu'il faut assiuer à chaque heure par un travail et une

obéissance propre à cette heure. Votre idée, votre lumière, votre source de vie, c'est le Dieu vivant et fait homme, voulant et travaillant par sa providence actuelle à votre salut et à celui du siècle, et vous provoquant à l'aider ; vous montrant le côté précis de la vérité que le monde, au moment présent, et que vous-même, en ce moment, devez comprendre^ développer et pratiquer pour ne pas échapper au plan providentiel , ou y rentrer si vous en êtes sorti.

Venons plus au détail. Voyons plus en particulier ce qui est inspiré à l'âme qui a su parvenir au silence.

J'ai dit que vous avez du imposer silence au bruit du siècle ; que, pour cela, vous avez du rompre avec lui» Mais pensez-vous que vous avez rompu avec l'humanité pour écouter Dieu seul? Loin de là. Rompre avec le siècle c'est bien. Mais rompre avec l'humanité ne se peut. Le siècle n'est pas l'humanité. La tendance du siècle et la tendance du genre humain sont deux choses. Celle-ci est la loi, et l'autre la perturbation sous la loi. De même que le mouvement total de la terre, dans sa course autour du soleil, implique deux mouvements, celui qui lui fait parcourir sa course régulière, et celui qui la pousse à dévier en des oscillations accidentelles, de même

riimiîanilr, en chaque point de sa marche, a deux mouvements, son mouvement providentiel et réguher, et un mouvement capricieux et pervers qu'on noimne le siècle. Auquel des deux mouvements voulez-vous appartenir? Auquel des deux voulezvous donner toutes vos forces ? Il faut choisir. Il faut vaincre ce mouvement faux qu'on nomme le siècle, le mauvais siècle, qui est la résultante de tous les égoïsmes, de toutes les sensualités, de tous les aveuglements et de tous les orgueils du temps ; mouvement coupable, qui croise et retarde le mouvement vrai du genre humain.

Ainsi donc, rompre avec le siècle, ce n'est pas rompre avec l'humanité; c est être avec l'humanité, en même temps qu'avec Dieu. Et de fait, la première chose que retrouve l'a me qui se dégage pour être à Dieu, c'est l'amour de Fhumanité. Oui aime le siècle n'aime pas l'humanité. Mais quand le sens divin est réveillé en nous par le silence, le sens humain, le sens d'autrui, le sens fraternel nous revient. La communion avec l'immense humanité recommence, j)arce qu'on vient d'abjurer l'esprit toujours sectaire du siècle. Nous rentrons en union, en sympathie réelle, inspiratrice, avec l'ensemble des hommes de tous les siècles et de toutes les parties de la terre, vivants ou morts, qui sont unis entre eux et avec

Dieu. Cette partie saine et essentielle du genre humain, qui a Tunité, dans le temps et l'espace, parce qu'elle a Dieu, cette assemblée universelle, cette Église catholique dans le sens le plus large du mot, cette commiuiion des hommes en Dieu , nous retrouve, nous reprend, nous ranime de sa sève puissante et de ses divines inspirations. Les craintes communes, les espérances communes, les volontés, les pensées, les efforts de ce grand faisceau d'âmes pour le salut et le progrès du monde, nous portent, nous pénètrent, nous multiplient. Nous regardons le globe , comme Jésus-Christ le regardait , avec larmes ; et, en voyant les hommes couchés dans les ténèbres et l'ombre de la mort, accablés et foulés aux pieds par le mal, nous voyons, avec Jésus- Christ, que la moisson est grande et qu'il y a peu d'ouvriers. Nous savons alors ce qui nous reste à faire. Nous savons à quoi penser, et à quoi travailler. I^e sujet de tous nos travaux est trouvé.

Tout n'est pas dit sur ces heures de la matinée qui doivent vous apporter, connue fruit secondaire, le don d'écrire ; qui ouvrent les sources de l'âme et

la pensée originale; qui font travailler' en nous la raison plus que des années de lecture ; qui mettent en mouvement l'homme entier ; qui clarifient l'esprit et même le corps. Je n'ai pas dit encore tous les moyens de donner à ces heures toute levn^ fécondité, ni de vous y faire parvenir à votre but principal, vous, disciple de^la justice et de la vérité, qui voulez avoir Dieu pour maître.

Vous avez déjà bien compris que ce travail d'écrire est en grande partie une prière. Je vous j)arlerai, en effet, tout à l'heure, de la prière proprement dite, qui est le grand moyen de donner à ces heures et à la vie entière, toute leur fécondité. Mais, avant cela, voici un moyen que je vous recommande pour doubler votre temps.

Voulez-vous doubler votre temps ? Faites travailler votre sommeil. Je m'explique.

Dans un sens beaucoup plus profond qu'on ne pense, la nuit porte conseil.

Posez-vous des questions le soir : bien souvent vous les trouverez résolues au réveil.

Quand un germe est posé dans l'esprit et le cœur, ce germe se développe non-seidement par nos travaux, nos pensées, nos efforts, mais par une sorte de fermentation sourde, qui se fait en nous sans nous. C'est ce que l'Ev angile f lit entendre quand il

dit : « Lorsqu'un homme ii jeté en terre une se- « menée, soit qu'il veille ou qu'il dorme, la se- <( menée croît et se développe : car la terre fructifie (c d'elle-même {terra enirn idtro fructijicai). » Ainsi de notre âme ; elle fructifie d'elle-même.

Que font les écoliers pour bien apprendre leur leçon ? Ils la regardent le soir, avant de s'endormir, et ils la savent le lendemain matin. Que font les religieux pour bien méditer le matin ? Ils préparent leur méditation la veille, après la prière du soir, et ils la trouvent toute vivante au réveil dans leur esprit et dans leur cœur. Rien de plus connu.

Laplace, l'illustre mathématicien, nous apprend, dans un de ses ouvrages, que souvent il posait le soir des problèmes par le travail et la méditation, et que le matin, au réveil, il les retrouvait résolus.

Parmi ceux qui travaillent, qui n'a pas observé ces faits ? Qui ne sait à quel point le sommeil développe les questions posées, lliit fructifier les germes dans notre esprit? Que de fois, au réveil, la vérité qu'on avait poursuivie en vain brille dans l'âme au sein d'une clarté pénétrante. On dirait que les fruits du travail se concentrent dans le repos, et que l'idée se dépose en notre âme connue un cristal, quand Veau-mcrc, longtenq)s agitée, vient à dormir.

Yoilà le fait. Le sonuneil ti-availle. 11 fuit donc le

faire travailler, en lui préparant son travail le soir.

L'emploi du soir ! Le respect du soir ! Quelle grave question pratique !

Nous venons de parler de ce qu'on peut appeler la consécration du matin. Parlons de la consécration du soir.

C'est ici ou jamais qu'il faut savoir rompre avec nos habitudes présentes. Je défie que les esprits se forment et grandissent avec l'organisation actuelle du soir.

Quand toute journée finit par le plaisir, sachez que toute journée est vide. Je ne parle pas de ceux qui, chaque soir, brisent toute leur force et leur dignité d'homme par une orgie. Je parle de ceux qui, comme presque tous aujourd'hui, cessent toute vie sérieuse à un moment donné, pour l'interrompre pendant au moins douze heures ou quatorze heures. Que devient ce temps ? Qu'est-ce que nos conversations du soir, nos réunions, nos jeux, nos visites, nos spectacles ? Il y a là comme un emporte-pièce de quatorze heures sur la vie véritable. C'est du repos, dira-t-on. Je le nie. Ce qui dissipe ne repose pas. Le corps, l'esprit, le cœur, épuisés, dissipés hors d'eux-mêmes, se précipitent, après une soirée vaine, dans un lourd et stérile sommeil, qui ne repose rien, parce que la vie, trop dissipée, n'a plus ni le

temps ni la force de se retremper dans ses sources. Dans quel état sort-on d'un tel sommeil ?

Certes, il faut du repos; et nous manquons aujourd'hui de repos bien plus encore que de travail.

Le repos est le frère du silence. Nous manquons de repos comme de silence.

. Nous sommes stériles faute de repos plus encore que faute de travail.

Le repos est une chose si grande que la sainte Ecriture va jusqu'à dire : « Le sage acquerra la sa- « gesse au temps de son repos. » Et ailleurs, le grand reproche qu'un prophète adresse au peuple juif est celui-ci : « Vous avez dit : Je ne me reposerai pas. » {^Et dlxistl : non qiùescani. )

Qu'est-ce donc que le repos ? Le repos, c'est hi vie se recueillant et se retrempant dans ses sources.

Le repos pour le corps, c'est le sommeil : ce qui s'y passe, Dieu le sait. Le repos pour l'esprit et pour l'âme, c'est la prière. La prière, c'est la vie de l'âme, la vie intellectuelle et cordiale, se recueillant et se retrempant dans sa source, qui est Dieu.

La vie devrait se composer de travail et de repos, comme la suite du temps de cette terre se compose de jour et de nuit.

Nous donc, nous travaillons encore, mais nous ne nous reposons plus. Après l'agitation du travail.

vient l'agitation du plaisir, et après l'une et l'autre, la prostration et l'affaissement.

Où est pour nous le repos du soir, le repos sacré du dimanche, celui des fêtes, et ces plus longs repos encore qu'ordonnait la loi de Moïse !

Le repos, moral et intellectuel, est un temps de communion avec Dieu et avec les âmes, et de joie dans cette communion. Or, il est bien visible que nous n'avons conservé du repos que des figures vides dans nos coutumes et nos plaisirs du soir.

Je ne connais qu'un seul moyen de vrai repos dont nous ayons, quelque peu, conservé l'usage, ou plutôt l'abus, dans l'emploi du soir : c'est la musique. Rien ne porte aussi puissamment au vrai repos que la musique véritable. Le rhythme musical régularise en nous le mouvement, et opère pour Tesprit et le cœur, même pour le corps, ce qu'opère pour le corps le sommeil, qui rétablit, dans sa plénitude et son calme, le rhythme des battements du cœur, de la circulation du sang et des soulèvements de la poitrine. La vraie musique est sœur de la prière, comme de la poésie. Son influence recueille, et, en ramenant vers la source, rend aussitôt à l'âme la sève des sentiments, des lumières, des élans. Comme la prière, et comme la poésie, avec lesquelles elle se confond , elle ramène vers le ciel ,

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