‹ Logique (volume 3)Chapitre 25 sur 37 · II · texte numérisé non relu

II

lieu du repos. Mais uous, nous avons trouvé le moyen d'oter presque toujours à la musique son caractère sacré , son sens cordial et intellectuel , pour en faire un exercice d'adresse, un prodige de vélocité, et un brillant tapage qui ne repose pas même les nerfs, loin de reposer l'âme.

Vous donc qui voulez faire parler le silence et travailler le sommeil, rendez utile aussi votre repos. Faites en sorte que l'interruption du travail soit vraiment le repos. Consacrez vos soirées. Allez à la réalité des vaines et vides figures qu'ont conservées nos habitudes. Que le repos du soir soit un commerce d'âmes et d'esprit; un effort commun vers le vrai, par quelque facile étude des sciences ; vers le beau, par les arts ; vers l'amour de Dieu et des hommes, par la prière; donnez des germes de lumière et de saintes émotions au sommeil qui va survenir, et où Dieu même les cidtivera dans l'âme de son fils endormi.

Une vie bien ordonnée consacrerait ainsi le soir. Elle consacrerait aussi In fin de chaque période de sept joiu's, par un repos sacré, et par un jour de conmiiinion (ies âmes en Dieu. Une vie l)ien ordonnée consacrerait ainsi la îm de chaque année, par un repos réparateur qui doublei-ait la sève et hi fécondité du trnvnil de I année stiivnnle.

Se retremper dans le spectacle de la nature^ dans la lumière des arts, dans le commerce des grands espritS;, dans les pèlerinages vers les absents, dans les amitiés saintes, dans les ligues sacrées pour le bien, et puis enfin dans quelques jours de sévère solitude, en face de Dieu tout seul, dernier terme du repos de l'année, — qui , de loin , paraît seul austère, mais, de près, est bien doux, — ne serait-ce pas là du repos? Une vie bien ordonnée, enfin, consacrerait tout son automne, tout l'automne de la vie, à Dieu surtout, à l'amour pur qui vient de Dieu, à la charité pour les hommes, au côté substantiel de la science, aux espérances précises du ciel^, au recueillement vrai en Dieu, c'est-à-dire à cet unique travail que l'oracle imposait à Socrate dans sa prison, pendant les quelques jours qui le séparaient de la mort, lorsqu'il lui dit ce mot que nous ne savons pas traduire : Ne faites plus que de la musique; mot qui doit signifier qu'il faut finir sa vie dans l'harmonie sacrée.

Mais ces beautés du soir de la vie ne sont que des illusions pour la plupart des hommes ; pour presque tous la réalité est bien autre. La vie entière ne peut finir dans l'harmonie sacrée, dans le saint et fécond repos, plein de germes que doit développer la mort pour le monde d'en haut, que si

32Zi LES SOURCES.

chacune de nos années et chacun de nos jours a su finir par le repos sacré : car l'automne de la vie ne recueille que ce que chaque jour a semé !

J'ose espérer que vous ne trouverez pas ces conseils inutiles aux progrès de la Logique vivante, c'est-à-dire au développement du Verbe en vous. Je les crois plus utiles, en Logique proprement dite, que l'étude des formes du syllogisme, étude que je ne méprise point, vous l'avez vu. Je vous donne les moyens pratiques de développer en vous la vraie lumière de la raison. Si vous les employez, si vous préparez vos journées par la consécration du soir, votre sommeil lui-même travaillera. Vous vous réveillerez plein de sève, plein d'idées implicites, d'harmonies sourdes. Si, pour écouter cette fermentation intérieure de la vie, cette voix du Verbe au fond de l'âme, vous savez établir le silence en vous, le silence vrai, extérieur et intérieur; si, pour ne pas vous bornera de vagues auditions de ces murmures lointains, qui cesseraient bientôt par la moindre paresse,

vous y correspondez par le travail ; si vous cherchez à en fixer les précisions et les détails par la pensée articulée, et incarnée par l'écriture, soyez certain qu'après bien peu de jours d'un tel effort, vous en verrez les fruits. Et, lorsque après votre travail, vous prendrez un jour de repos, et, après une journée, quelques semaines, — si c'est un vrai repos, non son contraire, — vous verrez que votre repos continuera votre travail, et que vous pourrez dire de votre esprit ce qu'on dit de la terre :

Nec nulla interea est inaratae gratia terrœ.

Votre vie entière sera comme ce champ, labouré et ensemencé, où la semence croît et s@ développe, soit que l'homme veille, soit qu'il dorme : terra enim ultro fructifîcat.

Cependant je n'ai pas tout dit, et il me reste à vous donner le plus important des conseils. J'ai nommé la prière, mais n'en ai pas encore parlé directement, quoique indirectement je n'aie guère cessé d'en parler.

Je vous le demande, priez-vous ? Si vous ne priez pas, qu'étes*vous ? Etes-vous athée ou panthéiste? Alors ce n'est pas à vous que je parle en ce moment. Je parle à l'homme qui, ayant reconnu, dès ses premiers pas en ce monde, le coté vain de la

326 LES SOUUCES.

vie, cherche son coté vrai, savoir : ramoiir de la justice et la vue de la vérité. Cet homme-là croit en Dieu. Et pour j)eu que cet homme sache la valeur des mots, il sait que Dieu est l'amour infini, la sagesse, la vie infinie, hhre, intelligente, persounelle, en qui nous sommes , en qui nous nous mouvons, en qui nous respirons.

Or, la prière est la respiration de l'âme en Dieu. Lame prie longtemps sans le savoir. L âme des enfants, dans leurs années pures, prie et contemple, sans réfléchir, avec la force et la grandeur de la simplicité. Mais après ces années passives, viennent les années actives et libres. La prière libre, avec conscience d'elle-même, formera l'homme en vous et développera en vous, à l'image de Dieu, la personnalité, qui est implicite et latente dans l'enfant.

Je ne vous prouverai pas ici plus anq:)lement qu'il faut prier. Je ne vous y exhorterai même pas. Je vous en donnerai les moyens.

On appelle vulgairement prière du matin et du soir, la récitation d'un certain texte, excellent en lui-même, en usage parmi les chrétiens, récitation dont la diu^ée varie de cinq à dix minutes ; et on ap})elle méditation la réflexion libre sur quelque grande vérité, morale ou dogmatique; exercice

LES SOI IICES. 327

que quelques personnes font durer le matin une demi-heure. Mais le grand obstacle à ces pratiques c'est que, dans la méditation, on dort ou on divague, et que, dans la prière, on articule des mots, par trop connus, sans réflexion ni sentiment. Ces deux faiblesses, que presque personne ne sait vaincre, dégoûtent, éloignent continuellement de la prière et de la méditation un très-grand nombre d'âmes : car à quoi bon, disent-ils, ces prières nulles, ces méditations vides ?

Or voici, pour éviter les distractions dans la méditation, le conseil donné récemment à l'assemblée du clergé d'un diocèse de France :

« Méditez, en écrivant. »

Écrivez lentement, parlez à Dieu que vous savez présent, écrivez ce que vous lui dites, priez-le de vous inspirer, de vous dicter ses volontés, de vous mouvoir de ces mouvements intérieurs, purs, délicats et simples, qui sont sa voix, et qui sont infaillibles. Et en effet, s'il vous dit : « Mon fils, sois « bon. » Cela peut-il être trompeur? S'il vous dit : « Aime-moi par dessus tout : sois pur, sois géné- « reux, sois courageux ; aime les hommes comme « toi-même ; pense à la mort qui est certaine, qui (c est prochaine; sacrifie ce qui doit passer; con- « sacre ta vie à la justice et à la vérité, qui ne

« meurent pas. » Direz-voiis que ces révélations ne sont pas infaillibles? Et si, dans le même temps, l'amour énergique de ces vérités manifestes vous est comme inspiré au cœur par je ne sais quelle touche divine qui saisit et qui fixe, direz-vous que la source de ces forces ardentes et lumineuses n'est pas Dieu ? Et si, sans rien ajouter d'arbitraire et d'inutile à ces impressions fortes et à ces lumières simples, vous les écrivez toutes brûlantes, pensez-vous que vous n'en serez pas doublement saisi, et que la distraction et le sommeil interviendront dans cette méditation? Quelqu'un disait, — c'était une femme : — « Oh ! je ne veux plus mé- « diter ainsi : cela me fait trop d'effet. »

Essayez, et j'espère que plus d'une fois vous cesserez d'écrire pour tomber à genoux, et pour verser des larmes.

Plus d'une fois, sous la touche de Dieu, — -vous savez qu'il est vrai de le dire : Dieu nous touche, — plus d'une fois votre âme, recueillie par le grand et divin saisissement de ce rare et puissant contact, votre âme opérera d'elle-même cet acte prodigieux que Bossuet nomme le plus grand acte de la vie, et qu'il faut que je vous fasse connaître.

Et, à ce propos, je vous conseille de lire et de relire avec la plus profonde attention les opuscules

LES SOI IICES. 329

de Bossuet iiitituîrs : Manière courte et facile de faire oraison , et Discours sur Tacte d'abandon. C'est le résumé le plus pur et le plus substantiel de l'ascétisme et du mysticisme orthodoxe.

Voici donc l'acte le plus profond, le plus sublime, et le plus important que l'âme humaine puisse opérer, et dont Bossuet, d'accord avec l'Église catholique et la plus savante théologie, vous parle ainsi :

« Il faut trouver lui acte qui renferme tout dans « son unité.

« Faites-moi trouver cet acte, 6 mon Dieu, cet « acte si étendu, si simple, qui vous livre tout ce (c que je suis, qui m'iuiisse à tout ce que vous « êtes.

« Tu l'entends déjà, âme chrétienne : Jésus te « dit dans le cœur que cet acte est l'acte d'abancc don, car cet acte livre tout l'homme à Dieu, son « âme, son corps en général et en particulier, « toutes ses pensées, tous ses sentiments, tous ses « désirs; tous ses membres, toutes ses veines avec (c tout le sang qu'elles renferment, tous ses nerfs, « jusqu'aux moindres linéaments, tous ses os, jusce qu'à l'intérieur et jusqu'à la moelle, toutes ses « entrailles, tout ce qui est au dedans et au dece hors.

« G Dieu! unité parfaite, que je ne puis égaler « ni comprendre par la multiplicité, quelle qu'elle « soit, de mes pensées, et, au contraire, dont je « m'éloigne d'autant plus que je multiplie mes « pensées, je vous en demande une, si vous le vou- « lez, où je ramasse en un, autant qn'il est permis « à ma faiblesse, toutes vos infinies perfections, ou c( plutôt cette perfection seule et infinie, qui fait « que vous êtes Dieu, en qui tout est.

« Avec cet acte, qui que vous soyez, ne soyez a en peine de rien. Le dirai-je? Oui, je le dirai: (c ne soyez pas en peine de vos péchés même , « parce que cet acte, s'il est bien fait, les emporte « tous.

« Cet acte, le ])lus parfait et le plus simple de « tous les actes, nous met, pour ainsi parler, tout (( en action pour Dieu. C'est un entier abandon « à cet esprit de nouveauté qui ne cesse de nous c( réformer intérieurement et extérieurement, en « remplissant tout votre intérieur de soumission « à Dieu, et tout votre extérieur de pudeur, de « modestie, de douceur et de paix.

« Qu'est-ce que cet acte, sinon cet amour parfait « qui bannit la crainte? Tout disparait devant cet « acte qui renferme toute la vertu du sacrement de « pénitence. »

Li:S SOlllCES. 3ol

Vous je voyez, je vous mène en théologie mystique, à propos de Logique ; mais tout se touche. La Logique vivante, qui est le développement du Verbe en vous, c'est-à-dire de votre esprit ou ver])e humain, par son union à l'esprit et au Verbe de Dieu, la Logique réelle et vivante, a certainement pour source principale la prière, la prière substantielle telle queBossuet vient de nous la décrire.

Ajoutons un mot sur l'autre prière , celle dont quelques-uns se dégoûtent, parce que ce sont, disent-ils, toujours les mêmes j)aroles , qu'à la fin l'habitude lious empêche devoir et d'entendre.

Le fond de cette prière quotidienne, c'est l'Oraison dominicale : « Notre Père qui êtes aux cieux,» et le reste. Cette prière que notre mère, dans notre première enfance, nous a lait dire sur ses genoux et en joignant elle-même nos mains, est celle qui a été dictée, mot pour mot, par le Christ, le maître des hommes. Cette prière, me fut-elle inintelligible, je veux, à tous les titres, et vous voulez comme moi, la répéter tous les jours de la vie, matin et soir, jusqu'à la mort. Du reste, lorsque votre esprit s'est ouvert et a regardé le monde et son histoire, vous avez dû comprendre le sens visiblement divin de ces paroles. Elles sont la prière essentielle de l'humanité sur la terre : « Notre Père, ■ — que votre

« règne arrive, que votre volonté soit faite en la « terre comme au ciel. » Évidemment, cela même est la substance de la prière, telle que Dieu doit nécessairement la dicter à tout cœur qu'il inspire.

Mais voulez-vous ajouter quelque chose à cette courte prière dictée de Dieu, à ce fond de toute prière écrite ; étes-vous de ces heureux et flexibles esprits qui savent lire, c'est-à-dire quitter, quand ils le veulent, leur pensée propre, pour entrer aussitôt dans la pensée d'autrui, et improviser en euxmêmes tout ce que comportent de sens des paroles apportées du dehors? Si vous avez ce don, je vous en félicite grandement, et voici ce que je vous conseille. Il existe d'admirables paroles, pleines d'une poésie toute divine, et de la plus vigoureuse et de la plus sublime simplicité. Lisez-les comme prière du matin et du soir. Ce sont les Psaumes, sainte poésie du peuple qui a été le cœur du monde ancien et le père du Messie. L'Eglise catholique en a composé des prières, qu'elle met dans la bouche de ses prêtres. Ces prières, préparées pour les heures diverses du jour^ sont conq:)osées chacune d'une partie fixe et d'une partie variable : la partie variable diffère, pour chaque heure et pour chaque jour de la semaine. Prenez, chaque jour, deux de ces

prières, dont l'une répond à la prière du matin et l'autre à celle du soir, ce que nous appelons Prime et Laudes, Lisez-les avec une profonde attention , et regardez la partie variable comme une révélation spéciale que Dieu vous adresserait, à vous, et pour ce jour. Vous verrez si ces vastes paroles n'ont pas une singulière vertu pour nous aider à sortir de nos mesquines pensées.

J'ai dit un mot de la lecture. Il en faut parler plus au long. Après la prière, et tout ce qui s'y rapporte, après la méditation personnelle , vient la lecture comme source de lumière.

Comment user de la lecture pour le progrès de la Logique vivante , le développement du Verbe en vous?

Il y a un livre qu'on appelle, entre tous les autres, le livre proprement dit, la Bible. Lisez ce livre.

Et d'abord, pensez-vous qu'il ne puisse y avoir, sur la terre, de parole de Dieu actuellement écrite ?

Il y a des penseurs qui soutiennent que tous les livres sont sacrés , que toute pensée est inspirée , que toute parole est parole de Dieu. Car, disent-ils, s'il est vrai , comme le croient les chrétiens , que

l'homme n'est raisonnable , qu'il ne pense et ne parle que par une participation actuelle à la lumière de Dieu, ou plutôt si, comme nous le soutenons, l'homme est Dieu même pensant , comment expliquez-vous que l'homme puisse parler quelque chose qui ne soit pas parole de Dieu ?

J'espère que vous ne comprenez rien à tout ce panthéisme. Mais, du moins, si l'on vous enseigne qu'il y a, dans la mémoire des hommes et dans la tradition, des paroles pures et vraiment inspirées de Dieu, je suis certain que vous n'avez aucune solide raison de le nier.

Voici que , depuis plus de trois mille ans , une grande partie du genre humain, la plus vivante, la , partie civilisatrice du monde, qui forme le courant principal de l'histoire universelle, et qu'anime l'Eglise catholique, voici, dis-je, que ce côté lumineux de l'humanité, par des motifs considérables qu'il vous est facile de connaître, tient comme étant toute pure, comme certainement sainte et divinement inspirée, ce texte écrit, qu'on nomme la Bible. Pourquoi ne le pas croire si vous croyez en Dieu ? Pourquoi ne pas croire d'avance que la bonté du Père a su parfois inspirer ses enfants ?

Vous lirez donc la Bible.

Du reste , comment comprendre qu'un homme

LKS SOTIRCES. Slif)

quel qu'il soil, croyant ou autre, ne médite pas, avant toute autre chose, les paroles du Christ ? Comment comprendre que l'Évangile ne soit pas toujours, pour tout homme de cœur et tout homme qui pense, le premier des livres ?

Vous donc, qui voulez être disciple de Dieu, et qui avez en vous le sens divin, vous lirez chaque jour l'Évangile. Et quand vous en aurez quelque usage, et que vous y lirez ceci : « Si vous pratiquez (c ma parole, vous coiuiaîtrez la vérité, et la vérité « vous rendra libres ; » quand vous aurez, en effet, entrevu l'insondable lumière du texte, et pressenti les forces libératrices que sa pratique vous donnerait, vous verrez bien qu'après la pratique même de l'Évangile et la prière, la méditation des paroles du Christ doit être la grande source philosophique, l'aliment principal du développement du Verbe en vous.

Quand vous commencerez à comprendre et à vous douter enhn de cet Évangile éternel, incarné dans cet Évangile historique que vous voyez, vous direz avec Origène : « Il s'agit donc maintenanî de (( traduire l'Évangile sensible en Évangile intellicc gible et spirituel. » Et vous ajouterez avec son commentateur, Thomassin : « Oui, il faut traduire « l'Évangile tempor(0 et sensible, en Evangile in-

« telligible, éleriiel, si nous voulons enfin quitter « l'enfance, et parvenir à la puberté de l'esprit ^ . »

Voici comment vous lirez.

Lisez le texte ou la Vulgate. D'ordinaire, mettez une heure à lire un ou deux chapitres. Quelquefois, une lecture suivie de l'un des quatre Évangiles est d'un grand fruit. Dans ce cas, il faut lire tantôt dans une langue, tantôt dans une autre, français, allemand, anglais, etc. Dans tous les cas, efforcezvous de vous appliquer à vous-même tout ce que vous lisez. Priez Dieu ardemment de vous faire entrer dans le fond du sens. Efforcez-vous, et ceci est très-important, de trouver dans les discours du Christ, qui d'ordinaire semblent passer brusquement d'un objet à un autre, de trouver l'unité puissaute et vivante qui les caractérise. A mes yeux, une des plus fortes preuves intrinsèques de la divinité de ces discours, c'est leur saisissante unité jointe à leur étonnante variété. Quand on est parvenu au fond du sens, on aperçoit une sorte de lumière

* « Etenimnuncnobis propositum est, dit Origèno, iit Evangelium « sensibile transmiitemus in intelligibile t;t spiritale. » EtThomassin ajoute : « Ubi perspicue duplex discriminât Evangelium, et sensibile « in intelligibile, temporale in aeternumtraduci debere demonstrat, « simodopueritia aliquando excuti et adolescere intelligentia débet. « — Thoniassinus, delncarnatione Verl)i, lib. I, cap. x.

LES SOUUCES. 337

éternelle, immense et simple, dans laquelle vivent et se touchent tous les objets de la création, les plus divers, les plus lointains, comme en Dieu même. Si jamais il vous est donné, une seule fois, de voir les mots évangéliqnes que Jésus -Christ lui-même compare à des grains de blé, s'il vous est donné de voir ces germes éclater et s'ouvrir, développer leurs tiges, leur beauté, leurs parfums, leurs trésors, vous n'oublierez pas ce spectacle. Et quand vous vous serez nourri de leur substance , qui est à la fois vigne et froment, et plus encore, ou plutôt qui est je ne sais quelle substance universelle impliquant tout, vous comprendrez pourquoi le Christ ayant prononcé sur le monde ce peu de mots que nous recueillons en dix pages, ces quelques mots ont produit dans l'histoire, je ne dis pas la plus grande, je dis la seule révolution morale^ religieuse et intellectuelle qu'ait vue le genre humain.

Plus vous aurez de cœur, d'esprit, de science, de bonne volonté, de courage, de pénétration, d'expérience, surtout d'amour des hommes, plus vous verrez le texte évangélique s'ouvrir pour vous. Mais sachez bien que vous n'aurez saisi le sens éternel des mots du Christ que lorsque vous apercevrez leur incomparable unité, et quand vous pourrez dire de chacun d'eux : Patidt Deiis.

Page 1