‹ Logique (volume 3)Chapitre 3 sur 37 · II · texte numérisé non relu

II

^k PLATON ET ARTSTOTE.

que le remarque fort bien M. de Maistre, « Finduc- (c tion, qui est l'âme du raisounement humain dans « tous les objets possibles. »

Aussi, nous souscrivons très-volontiers au juge-

« ture des preuves et des démonstrations. Dans cet art de juger (tel « qu'il est vulgairement admis) on conclut, ou par induction, ou « par syllogisme. Car l'enthymème ou l'exemple ne sont que le syl- « logisme ou l'induction abrégés. Quant au jugement qui se fait par « induction, il n'y a pas beaucoup à nous y arrêter. C'est par un « seul et même acte de l'esprit que ce qu'on cherche est trouvé et « jugé. Car ce n'est par aucun intermédiaire que s'opère ce juge- « ment, c'est immédiatement, à peu près comme dans la sensation. « Le sens, en face de ces objets premiers, saisit, comme du mémo « acte, sa perception, et en admet la vérité. Il en est autrement du « syllogisme , où la preuve n'est pas immédiate , mais se donne par « un intermédiaire. Autre est la découverte du moyen, autre le ju- « gement sur la conséquence : ici l'esprit est d'abord discursif et ne « s'arrête qu'ensuite. Mais cette forme vicieuse de l'induction, nous « l'envoyons nettement promener : quant à la bonne, nous ren- « voyons au Novum Organum. Nous en avons dit assez sur le juge^ « ment par induction (*). »

Mettons maintenant en grec, et mot à mot, le latin de Bacon : Transeamus nunc adjudicium, sive artemjudicandi in qua agitur de natura probationum, sive demonstrationum. In arte autem ista judicandi (ut etiam vulgo receptum est) aut per inductionem aut per syllogismum concluditur. Ô/jloîwç Sï v.ai Trep'j roùç Xoyouç o\ ^\ Sty. ffuXXoyt(7fA(ov xa\ ol Si liraywyryç (II. Anal. I, 1). — Tcov §\ Sioc rov ^etxvuvat.... to p.^v iTraywyyj sart, to Sz avXkoyiG^oq (Art. Rhet.i,2).

(*) De Augment. scientiarutn, Lib, v, cap» iv«

ment de M. de Maistre sur Aristote : « Il n'existe , « ni chez les anciens ni chez les modernes, aucun « ouvrage de philosophie rationnelle qui suppose (c une force de tête égale à celle qu' Aristote a dé-

Nam exempla et enthymemata illorum duorum compendia tantum sunt : Yj yap Sià. Trapa^ef^fiàrcov, o Icriv ïivaywyriy vj §i evSujiJLVjfxa- 0WV, oTctp £(7t: c\))Xoyi(7^oq (II. Anal, i, 1). — tari yàp to julsv TdxpàSzty^.of. ZTzaywyri ^ rb 0 £v0u|j.v3|u.a auXXoytapoç (Art. Rliet, I, 2). At quatenus ad judicium quod fit per inductionem , nihil est quod nos detinere debeat. Uno siquidem eodemque mentis opère illud quod quaeritur et invenitur et judicatur : ocjuia t^ ÏKay^yri XapÇavetv TY/V Tcov îcarà ^lipoç STrtCTripvjv co<77r£p àvayvtopt'QovTaç. Ev£a yap £Ù9uç t'apsv (I. Anal, ii, 21). Neque enimper médium aliquod res transigitur, sed immédiate : wv Si ^ih lart \j.iao^J , St ÏTzaytàyri^ (I. Anal. II, 23). — t^ç 'Kpojrriq xat àpVou irpoTcxaew? (il. Anal, ii, 23). Eodemfere modo quo fit in sensu. Quippe sensus, in objectis suis primariis, simul et objecti speciem arripit, et ejus veritat consentit, touto S\llrifQ(û Si ïnaywyrjç yj ^c' cdaBriOtoiq. — xac yàp xa\ otHaQrjiji^ outco to xa96Xou iy.Ttoiû (II. Anal. Il, 49). Aliter autem fit syllogisme, cujus probatio immediata non est, sed per médium perficitur (xpo-rrov Ttvà àvractraj r, iTraywyvj tw cuXXoytapw • wv >àv yàp faTt julscov, ^cà rou pecrou o cvXkoytcixoqj (I. Anal. II, 23).

Nous le voyons, c'est l'induction aristotélicienne. On peut s'en assurer encore en consultant les textes du Novum Organum , où Bacon décrit l'induction qu'il donne comme légitime et comme toute nouvelle ( intentata ) .

Du reste , M. de Maistre se trompe bien gravement du même coup au sujet de l'induction d' Aristote, dont il croit démontrer la par- 3,

« ployée dans ses écrits sur la métaphysique, et no- « tamment dans ses Analytiques. Ils ne peuvent ce manquer de donner une supériorité décidée à « tout jeune homme qui les aura médités etcom- « pris. :»

faite identité avec le syllogisme. « Qirimporte que je dise : Tout être « simple est indestructible de sa nature : or, mon âme est un être « simple, donc elle est indestructible; ou bien que je dise immédia- « tement: Mon âme est simple, donc elle est indestructible? C'est « toujours le syllogisme qui est virtuellement dans l'induction, « comme il est dans l'enthymème. On peut dire même que ces « deux dernières formes, o«i ne diffèrent nullement, ou ne diffèrent « que par ce que les dialecticiens appellent le lien, mais nullement « dans leur essence. » Grave erreur. L'enthymème est un pur syllogisme, ayant positivement trois termes, dont l'un est sous-entendu dans le discours. L'induction, au contraire, manque de moyen terme, car c'est ce qui la caractérise. L'induction est le procédé qui s'élève du particulier au général, dit Aristote. Entre le particulier et le général, où est le moyen terme? Il y a l'infini entre les deux. Aussi Aristote ne dit nullement que le moyen terme est sous-entendu dans l'induction, il dit qu'il n'y en a point. Toujours est-il qu'à travers ces deux erreurs qui se compensent, M. de Maistrea raison contre Bacon. Bacon rejette l'induction aristotélicienne, c'est-à-dire l'induction telle que l'esprit humain la pratique, pour lui substituer une machine [novum organum) qui jamais ne produira rien.

M. de Maistre dit d'ailleurs expressément que cette forme d'induction, que nous voyons être celle d' Aristote , n'est pas l'induction ordinaire de Bacon. Cette dernière , il l'a vue et jugée avec ce coup d'oeil du génie qu'il porte à peu près toujours dans l'ensemble, lors même qu'il se trompe sur les détails.

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