C.X XV
l'expérience. L'expérienee c'est l'accueil et la réception des données. Voilà le commencement de tout. Car qu'avezvous que vous n'ayez reçu? Celte vérité fondamentale est acquise à l'esprit moderne. Sauf les sophistes, nous sommes tous d'accord sur ce point.
El la grande science de la nature a été créée préeisément lorsque les penseurs se sont soumis et résignés à ne point créer la nature, mais à la regarder, à l'écouler, à la suivre, à lui obéir, à l'interpréter avec patience, humilité, labeur, longueur de temps, persévéranee d'efforts. Oui, voilà la première condition de la science. Eh bien , la science de l'homme, la science de Dieu, sont aux mêmes conditions quo la science des lois et des causes du monde visible. L'immense monde de l'âme est une base d'expérience aussi , et le monde infini qui est Dieu , est la grande base et le grand point d'appui. Ce sont là les trois bases qu'a retrouvées expérimentalement comme étant nécessaires toutes les trois, la longue recherche du plus sincère et du plus persévérant des penseurs de ce siècle. La philosophie totale et réelle ne commencera que quand Dieu même sera devenu un objet de sainte expérience, un objet que le sage traitera comme le savant traite la nature pour la connaître : suivre Dieu, écouter Dieu, attendre Dieu, l'interpréter, lui obéir, le méditer, le contempler sans cesse, et j'ose le dire V expérimenter ! Oui, j'ose le dire, car je parle avee saint Thomas, quand il nomme la connaissance expérim en ta le de Dieu (eœperirnenfalem dei notitiain)\. Là
1 Sam. tlteol., q. 43; ait.iv, a. 2"'.
cxxvi INTRODUCTION.
est la l»:isc supérieure, absolument indispensable de la vraie science totale, telle que l'esprit humain la veut.
La discipline des sens, aidée de milliers d'instruments et domptée par un héroïque labeur, est nécessaire pour employer scientifiquement le point d'appui terrestre , qui est le monde visible. La discipline de l'àme et de la volonté, la vie morale et religieuse, l'expérience religieuse, la véritable vie mystique, l'effort vers la sagesse et la sainteté, sont les premières conditions de la science des deux mondes, divin et humain. La science de la nature avec toutes ses merveilles, physique, astronomie, mathématiques, n'est évidemment point la science totale. L'homme veut connaître l'àme et veut connaître Dieu. Il le voudra toujours et les sophistes n'y feront rien. L'humanité, jusqu'à son dernier jour cherchera Dieu; le dernier homme, jusqu'au dernier soupir cherchera Dieu. Ainsi la première condition de la science que veut l'homme, est manifeste. Trois points d'appui sont nécessaires, qui sont les trois mondes à connaître, Dieu, l'homme et la nature. Il en faut recevoir les données par expérience, en écoutant et regardant avec patience, labeur, effort, recherche, humilité, persévérance , obéissance , ce qui , appliqué aux trois mondes pris ensemble, n'est autre chose que l'expérience,