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CXXI1I

Il y a, depuis d'eux cents ans, un fait unique dans l'histoire de l'esprit humain. Ce fait, c'est la création de la science du monde visible par l'instauration de la vraie méthode scientifique.

Voilà un point d'appui pour l'espérance. La science du monde des corps nous montre la route qu'il faut suivre dans l'œuvre intellectuelle générale.

D'autre part, la philosophie est restée en dehors de ce grand mouvement. La philosophie séparée, parmi nous, est plus abstraite, plus ignorante, plus nulle qu'elle ne le fut jamais. De son coté, la sophistique est plus absurde et plus impertinente qu'en aucun temps. Hégcl est plus décidément, plus systématiquement absurde que Gorgias. Et quant à ses imitateurs sans nom , qui écrivent contre tout, pour tout salir, leurs œuvres, totalement étrangères à la science et à la raison , marquent évidemment le plus honteux degré d'abaissement intellectuel, de criminel esprit d'erreur, et de cynique mépris de toute pudeur logique, où l'homme soit jamais descendu.

Or, n'y a-t-il pas là un nouveau point d'appui pour l'espérance? Ne voit-on pas ici bien clairement la route à éviter ? Dans le triomphe des sciences, nous avons une démonstration directe de la méthode. Dans les rechutes de la philosophie, nous avons cette démonstration par l'absurde.

INTRODUCTION

La méthode ou la voie, je le répèle, nous est montrée. Nous voyons la voie des reehutes, aussi bien que la voie des triomphes.

Voici la fausse méthode , la voie des chutes. Séparer l'homme, autant qu'il est possible par l'abstraction, du principe créateur qui le porte et le vivifie; puis séparer l'esprit de l'àme, c'est-à-dire faire marcher à part la raison pure ; ôter ainsi à la raison ses deux points d'appui principaux, Dieu et l'àme ; lui ôter même son point d'appui terrestre, en l'obligeant à créer la nature à priori, au lieu de regarder et d'interpréter la nature ; mutiler la raison elle-même en lui coupant les ailes, et lui ôtant l'un de ses deux mouvements nécessaires, le procédé de transcendance ; enfin lui retrancher le plus simple et le plus ordinaire de ses mouvements, le procédé syllogistique. Toutes ces mutilations ont été opérées. Les faits sont sous nos yeux.

La raison a trois points d'appui et deux mouvements nécessaires. Quand on l'a isolée de ses trois points d'appui (c'est-à-dire des trois mondes vivants, Dieu, la nature et l'àme) et quand on a détruit ses deux mouvements, on ne peut rien de plus. Tout est consommé. La raison est éteinte. Telle est la voie des chutes philosophiques , et le contraire de la méthode.

La vraie méthode, par conséquent, consiste à rendre ou à laisser à la raison et ses trois points d'appui et ses deux mouvements.

La raison, dans la science, part d'un point d'appui ou d'une donnée, qu'elle reçoit et qu'elle doit employer. Or5 c'est par l'expérience qu'on reçoit. Le point d'appui c'est

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