‹ LogiqueChapitre 42 sur 89 · VIII. Nil sequitur geminis ex particularibus unquam · texte numérisé non relu

VIII. Nil sequitur geminis ex particularibus unquam

Deux propositions particulières ne donnent aucune conclusion.

En effet, deux propositions particulières affir-

ment l'identité partielle des extrêmes et du moyen terme : mais rien ne dit que la partie dont on affirme l'identité du moyen terme soit ou ne soit pas la même pour les deux extrêmes.

Ainsi des deux propositions : Quelques savants sont absurdes; Quelques savants sont médisants, on ne peut conclure ni que tous les esprits absurdes soient médisants , ni que les esprits absurdes ne soient pas médisants.

Telles sont les règles dites des anciens.

Voici les règles de Port-Royal.

I. Le moyen ne peut être pris deux fois particulièrement, mais doit être pris au moins une fois universellement.

« Car devant unir ou désunir les deux termes de la conclusion, il est clair qu'il ne le peut faire, s'il est pris pour deux parties différentes d'un même tout, parce que ce ne sera pas peut-être la même partie qui sera unie ou désunie de ces deux termes. Or, étant pris deux fois particulièrement, il peut être pris pour deux différentes parties du même tout, et par conséquent on n'en pourra rien cou-

dure, au moins nécessairement ; ce qui suffit pour rendre un argument vicieux , puisqu'on n'appelle bon syllogism e comme on vient de dire, que celui dont la conclusion ne peut être fausse , les prémisses étant vraies; ainsi dans cet argument : Quelque homme est saint ; quelque homme est voleur : donc quelque voleur est saint , le mot d'homme étant pris pour diverses parties des hommes , ne peut unir voleur avec saint, parce que ce n'est pas le même homme qui est saint et qui est voleur.

II. Les termes de la conclusion ne peuvent point être pris plus universellement c'ans la conclusion que dans les prémisses.

« C'est pourquoi , lorsque l'un ou l'autre est pris universellement dans la conclusion, le raisonnement sera faux s'il est pris particulièrement dans les deux premières propositions.

« La raison est qu'on ne peut rien conclure du particulier au général (selon le premier axiome) ; car de ce que quelque homme est noir, on ne peut pas conclure que tout homme est noir.

III. On ne peut rien conclure de deux propositions négatives.

« Car deux propositions négatives séparent le sujet du moyen et l'attribut du même moyen. Or,

de ce que deux choses sont séparées de la même chose, il ne s'ensuit ni qu'elles soient, ni qu'elles ne soient pas la même chose. De ce que les Espagnols ne sont pas Turcs, et de ce que les Turcs ne sont pas chrétiens, il ne s'ensuit pas que les Espagnols ne soient pas chrétiens ; il ne s'ensuit pas aussi que les Chinois le soient, quoiqu'ils ne soient pas plus Turcs que les Espagnols.

IV. On ne peut prouver une conclusion négative par deux propositions affirmatives.

« Car de ce que les deux termes de la conclusion sont unis avec un troisième, on ne peut pas prouver qu'ils soient désunis entre eux.

V. La conclusion suit toujours la plus faible partie, c'est-àdire que s'il y a une des deux propositions qui soit négative, elle doit être négative; et s'il y en a une particulière, elle doit être particulière.

« La preuve en est que, s'il y a une proposition négative, le moyen est désuni de l'une des parties de la conclusion ; et partant il est incapable de les unir, ce qui est nécessaire pour conclure affirmativement.

« Et s'il y a une proposition particulière, la conclusion n'en peut être générale , car si la conclusion est générale affirmative, le sujet étant universel, il

doit aussi être universel clans la mineure , et par conséquent il en doit être le sujet, l'attribut n'étant jamais pris généralement dans les propositions affirmatives. Donc le moyen joint à ce sujet sera particulier dans la mineure; donc il sera général dans la majeure, parce que autrement il serait deux fois particulier; donc il en sera le sujet, et par conséquent cette majeure sera aussi universelle. Et ainsi il ne peut y avoir de proposition particulière dans un argument affirmatif dont la conclusion est générale.

« Cela est encore plus clair dans les conclusions universelles négatives ; car de là il s'ensuit qu'il doit y avoir trois termes universels dans les deux prémisses, suivant le premier corollaire. Or, comme il doit y avoir une proposition affirmative par la troisième règle, dont l'attribut est pris particulièrement, il s'ensuit que tous les autres trois termes sont pris universellement, et par conséquent les deux sujets des deux propositions, ce qui les rend universelles. Ce qu'il fallait démontrer.

Page 1