TOME II
P. 60. Sur la question de la contingence des lois de la nature, il y a un malentendu à éviter. Les lois de la nature sont contingentes, d'aboni parce que la nature elle-même est contingente; puis, parce que Dieu lui eût pu imposer d'autres lois, et qu'à celles qui existent il en peut superposer d'autres quand il le veut. Mais s'il s'agii de la lui , prise en elle-même, si par exemple on a trouvé que la loi de tel phénomène est un cercle, une ellipse, une forme géométrique quelconque, il est clair que cette idée géométrique , prise en elle-même , n'est pas contingente, mais d'une éternelle vérité. De plus , il est nécessaire qu'il y ait des lois, et que ces lois soient, des idées de Dieu, et que Dieu, comme le dit Leibniz, gouverne tout conformément à lui-même.
P. 130. « Pour tout mouvement, il faudrait un emps infini. » Mous sommes bien loin de vouloir acccpier comme bon ce rai-
xxxii ERRATA.
sonnemenl contre la réalité du mouvement. Nous disons seulement qu'on y répond par cette vérité générale et ancienne, que Dieu est cause première de tout mouvement, comme de toute existence, cl que tout mouvement est impossible sans l'action de la cause première.
P. 2.'i3. Quand nous disons : « L'objet même de la foi, le seul < objet de la foi, c'est Dieu, » nous voulons parler de Y objet formel de la foi, ou motif formel de la foi , comme s'exprime la théologie. Il est trop clair qu'il ne s'agit pas ici des objets divers auxquels la fui peut s'appliquer.
P. 253. «... Suivis de toutes les Écoles théologiques, moins « quelques particuliers. » Nous avons peut-être ici trop facilement compté les Écoles. Mais, dans notre Traité de la connaissance de Dieu (voir la noie placée à la fin du second volume) nous avons cité les noms et les textes des grands auteurs qui soutiennent la proposition dont il s'agit : Inesse natur aliter créaturœ ralionali appetitum innatum ad visionem Dei inluitivam. Cette proposition , du reste , ayant étonné quelques personnes , qui n'en connaissaient pas l'histoire, nous saisissons celte occasion de dire que , quant à nous , nous n'y tenons par aucun intérêt de système. Nous n'en avons aucun besoin pour appuyer ce que nous soutenons dans la Logique, comme dans le livre de la Connaissance de Dieu. On y effacerait le mot natur aliter 9 on supprimerait même le mot intuitivam que tous nos raisonnements subsisteraient.
P. 281. Nous avons assez défini, dans notre Traite de la connaissance de Dieu, la nature du désir inné dont il est question dans cette page.
P. 363. « Pensez-vous que le Fils de l'Homme, lorsqu'il « viendra , trouve encore de la foi sur la terre? » Ce texle, nous
ERRATA. xxxiu le savons, est considéré, par la plupart des commentateurs , comme une pure négation. Néanmoins, nous avons cru pouvoir le présenter comme une simple question, un simple doute, en nous appuyant sur ce qu'en dit saint Augustin en deux endroits de ses ouvrages : « Ce doute de celui qui sait tout, dit-il , est « la figure de notre doute. » (Dttbitatio enini cuncla scientis iwslram dubilaiionem prcefiguravit. IF, 366, C. , et IX, 57/i, C.)
P. Nous louons avec raison l'Index de saint Augustin ; mais nous devons prévenir ie lecteur que benelon trouvait « ce « merveilleux travail des Bénédictins » quelque peu entaché de Jansénisme.
INTRODUCTION
On appelle, irop souvent et depuis trop longtemps, Philosophie un certain genre littéraire, fâcheux et faux, qui, je le crois, va disparaître; genre étrange, qui, sous prétexte de précision et d'abstraction , se passe de style et de clarté, et qui, dispensé de clarté, se passe de tout; genre orgueilleux et dangereux, dont la prétention essentielle est de représenter la vérité, tandis que son obscur et vague domaine, quand il n'est pas le désert même, est le repaire principal de l'erreur. La nullité, l'ignorance, l'audace de l'affirmation absolue, fortuite et arbitraire , le mensonge même et la haine de la vérité, peuvent se cacher dans ses dissertations insaisissables, qui ne relèvent d'aucune langue connue. De ce terne foyer, à certains moments, le venin de l'absurde s'efforce de gagner, pour prendre corps, la littérature générale et toutes les directions de la pensée. Mais, il faut l'espérer, tout ce genre est près de sa fin. Il ne se soutient plus qu'à force de scandale logique, en affirmant, pour saisir l'attention , que le oui c'est le non, et puis en déduisant de
INTRODUCTION
cette formule générale de l'absurde les prodiges logiques qu'elle renferme. Mais ce criant effet de dissonance, connu depuis Gorgïas, sifflé avec mépris par Aristote, qui en donne le grossier procédé, ce violent et stupide effet ne peut étonner qu'un instant, et le genre tout entier va périr, aussi bien dans sa forme absurde, la sophistique, que dans sa forme vide, la philosophie séparée1.
Au lieu de ces stérilités ou bien de ces indignités, l'esprit humain demande la science, et la vérité claire.
Or, nous avons sous les yeux l'admirable et vivant exemple de la grande science de la nature. Voilà le commencement de ce que veut l'esprit humain. Il veut la science réelle, la science non pas parfaite et achevée, mais constituée, progressive, portant sur ce qui est, et s'étendant à tout : au monde que nous voyons, à cet autre monde que nous sommes, et au monde infini qui est Dieu, monde infini vers lequel tendent les mondes finis.
Nous croyons que le prochain effort de la raison moderne constituera la science totale, et cela d'après la méthode qui vit et règne dans la partie déjà constituée, la science du monde visible.
Nous avons essayé de travailler à ce progrès par nos
1 J'appelle philosophie abstraite ou séparée celle qui repousse l'un des éléments essentiels de la philosophie. Les éléments essentiels de la philosophie complète sont : les trois essences dont parle Aristote, deux naturelles, Vautre immuable. Ce sont les trois mondes dont parle Pascal, monde des corps, monde des esprits et monde surnaturel ; ce sont les trois vies qu'a retrouvées et constatées Maine de Biran, vie physiologique, vie psychologique et vie divine. Lisez Pascal, lisez Maine de Biran (Journal intime) pour bien comprendre la solidité absolue et la portée de cette grande distinction.
f \ TRO Dt'CTTON.
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ouvrages, et surtout par notre Logique. Dans celle Introduction, nous voulons expliquer, plus clairement encore, l'un des points de la théorie générale de la méthode, savoir : comment celui des deux procédés nécessaires de la raison que j'ai nommé l'acte ou le procédé fondamental de la vie raisonnable se trouve, aussi bien que l'autre, organisé dans les mathématiques, où l'on peut en saisir les lois et en constater la nature et la fécondité.
Nous prions le lecteur de nous prêter son attention et de nous juger par lui-même.