‹ LogiqueChapitre 76 sur 89 · CHERCHAIS MOI-MEME · texte numérisé non relu

CHERCHAIS MOI-MEME

Mais il faut plus. Non-seulement il faut apprendre à éviter toute parole sans pensée, et toute pensée sans âme; mais encore il faut éviter, je dis pour bien écrire, tout état d'âme sans Dieu. Car, sans doute, ce que l'éloquence entend mettre au dehors ce n'est pas l'âme dans sa laideur, c'est l'âme dans sa beauté. Or sa beauté, indubitablement, c'est sa ressemblance à Dieu. Car comme le dit encore excellemment Joubert : «Plus une pâte rôle ressemble à une pensée, une pensée à une « âme, une âme à Dieu, plus tout cela est beau. »

Il faut donc, comme saint Augustin, chercher son âme, se chercher soi, soi et son bien, son âme et sa beauté. (jQuœrenti mihi menietipsum et bonum meum.) Il vous faut donc, pour très-bien écrire, la présence de votre âme, et la présence de Dieu; c'est-à-dire il faut que votre âme tout entière, s'il est possible, soit éveillée, et que la splendeur de Dieu soit sur elle.

C'est là, dis-je, ce qu'il faut chercher. Mais qui cherche trouve. Si vous cherchez dans le silence et la solitude, avec suite et persévérance {yolventi

mihi (lin, et per maltos die s sedido quœrenti), plus (Tune fois il vous arrivera d'être comme réveillé, et de sentir que vous n'êtes plus seul. Cependant l'hôte intérieur et invisible est tellement caché et impliqué dans l'âme que vous doutez. Est-ce moimême, ou est-ce un autre qui a parlé? Où est-il? Se fait-il entendre de loin, ou parle-t-il dans ce fond reculé de moi-même si éloigné de la surface habituelle de mes pensées ?

Ne vous arrêtez pas à ce doute. En pratique, peu importe. Tâchez seulement de ne pas laisser perdre ce que vous entendez, et ce que vous voyez alors. Ne vous fiez pas à la mémoire. La mémoire n'est fidèle et complète qu'en présence des objets. La mémoire est une faculté qui oublie. Quand la lumière céleste des idées luit sur elle, elle croit que cette lumière ne lui sera point ôtée, et qu'elle verra toujours le même spectacle. N'en croyez rien. Quand la lumière se sera retirée, la mémoire pâlira, comme la nature quand le soleil s'en va : car ici l'absence c'est l'oubli.

Il faut donc écrire alors. [Ergo scribendum est)' Il faut s'efforcer de décrire l'ensemble vaste, les détails délicats du spectacle intérieur que vous voyez à peine; il faut écouter et traduire les veines secrètes du murmure sacré (yenas divini susurrt) ;

il Faut suivre et saisir les plus délicates émotions de cette vie maintenant éveillée.

Mais je ne puis, répond saint Augustin ; ma santé m'en empêche. {F aletudo scribendi laborem récusât.) Et ici, il faut reconnaître que chacun a naturellement cette sorte de santé qui ne peut pas écrire. Est-ce que l'état. presque toujours grossier, enivré, remuant, lourd, somnolent, de mon corps, ne m'empêche pas d'écrire, c'est-à-dire de suivre et de fixer ces beautés intérieures que j'aperçois à peine, et ces délicates émotions, croisées, effacées, étouffées, par les rudes et pétulantes émotions de mes sens ?

Que faire donc? {Nescio quid aganî) . Il faut qu'il soit porté remède à cet état de votre corps. (Ora salut e ni et auxiliiuti.) Il faut fuir cet état ténébreux du corps qui empêche d'écrire. Il faut demander à Dieu cette sorte de santé précieuse et bénie qui rend le corps simple et lumineux, et dont l'Evangile parle, quand il dit: « Si votre œil est « simple, tout votre corps sera éclairé, et vous illu- « minera comme un flambeau. »

Oui, il faut que votre corps même soit entraîné, et entre dans la voie de votre esprit et de votre Ame. « Tout ce qu'on pense, dit parfaitement Jou- « bert, il faut le penser avec l'homme tout entier,

« L'esprit, l ame et le corps. » Oui, le corps est de la partie, et saint Augustin le sentait.

Il faut que l'esprit, l'âme et le corps, en harmonie, soient devenus ensemble comme un seul instrument docile à l'inspiration intérieure : inspiration qui manque peu, mais qui trouve rarement l'instrument préparé.

Le délicat et profond écrivain que j'aime à vous citer sur ce sujet l'avait bien observé: « Quand il ce arrive à l'âme de procéder ainsi, dit-il, on sent « que les fibres se montent et se mettent toutes « d'accord. Elles résonnent d'elles-mêmes et malce gré l'auteur, dont tout le travail consiste alors à « s'écouter, à remonter la corde qu'il entend se « relâcher, et à descendre celle qui rend des sons « trop hauts, comme sont contraints de le faire ce ceux qui ont l'oreille délicate quand ils jouent ce de quelque harpe.

ce Ceux qui ont jamais produit quelque pièce de ce ce genre m'entendront bien, et avoueront que ce pour écrire ou composer ainsi, il faut faire de ce soi d'abord, ou devenir à chaque ouvrage un ce instrument organisé { . »

N'est-ce pas là ce que veut dire le prophète qui

1 Pensées de Joubert, t. il, p. 95.

s'écrie: « Eveille-toi, ma glorieuse lumière ! éveil le- « toi, lyre de mon âme! » ( Exsurge , gloria mea. Exsurge, psalterium et cithara.)

Mais, je vous en préviens, si vous attendiez pour écrire cpie votre âme et votre corps fussent devenus cet instrument sonore et délicat, vous n'écririez pas. Que dit, en effet, saint Augustin : « Priez, « demandez la force , la santé , le secours , et « écrivez, afin que, vous sentant père, vous en « deveniez plus fort ( ut proie tua fias animo-

cc si07,y). M

Oui, commencez par écrire et produire, dussiezvous sacrifier ensuite les premiers-nés. Mais, en tout cas, les premiers fruits vivants de votre esprit l'animeront; les fibres se monteront, et se mettront d'accord d'elles-mêmes.

Savez-vous pourquoi des esprits , d'ailleurs trèspréparés, restent souvent improductifs et n'écrivent pas. C'est parce qu'ils ne commencent jamais , et attendent un élan qui ne vient que de l'œuvre. Ils ignorent cette incontestable vérité, que, pour écrire, il faut prendre la plume, et que, tant qu'on ne prend pas la plume, on n'écrit pas.

Et ils ne prennent jamais la plume, parce que je ne sais quelle circonspection les arrête; ils pensent au lecteur ; ils tremblent devant toute cette fouîe

de critiques qu'ils imaginent, et devant leurs mille prétentions.

\ussi, que dit saint Augustin ? « Ne cherchez « pas à attirer toute cette foule; quelques-uns sau- « roui vous comprendre, » (TVçc modo cures iiwitationem turbee legentium^)

Le respect humain est un fléau dans tous les ordres de choses. Pensez à Dieu et à la vérité, et ne craignez pas les hommes . règle fondamentale pour bien écrire, comme pour parler.

Ne faites donc point d'apprêts pour attirer les hommes. Pas de style, avons-nous dit, mais ia sévère nudité du vrai ! N'écrivez que les résultats, en peu de mots (paucis co nclusiunçulis breviter colligé) ; retranchez tout ce qui n'est que vêtement , ornement, appât, ruse, effet, précaution, transition. Transition ! fléau du style et de la parole ! Comhien d'esprits que les transitions empêchent de passer, et ne laissent jamais arriver à ce qu'ils voulaient dire! N'écrivez que là où vous voyez, où vous sentez. Là où vous ne voyez pas, où vous ne sentez pas , n'écrivez pas ; taisez-vous. Ce silence-là aura son prix , et rendra le reste sonore.

Quelle dignité, quelle gravité, quelle vérité dans la parole de celui qui n'attend rien des hommes, qui ne cherche aucune gloire, mais qui cherche la

vérité ; qui craint Dieu seul et attend tout de Dieu. Le Christ parlant à ceux qui cherchent la gloire venant des hommes, et non pas celle qui vient de Dieu, ne dit-il pas : « Son Verbe ne demeure point « en vous ? » [Verbum ejus non habetis in vobis manens .) Donc cherchez la gloire qui vient de Dieu ; alors le Verbe de Dieu demeure en vous.

« Jouez pour les Muses et pour moi, » disait un célèbre Athénien à un grand musicien méconnu. Appliquez-vous ce mot : écrivez pour Dieu et pour vous. Ecrivez pour mieux écouter le Verbe en vous , et pour conserver ses paroles : Supposez toujours qu'aucun homme ne verra ce qui vous est ainsi dicté.

Plus un livre est écrit loin du lecteur, plus il est fort. Les Pensées de Pascal, les travaux de Bossuet pour le dauphin, la Somme de saint Thomas d'Aquin surtout , écrite pour les commençants , en sont des preuves. Une preuve des plus singulières en ce genre, se trouve dans les deux styles de Massillon : celui du Petit Carême et celui des Discours synodaux : le premier, préparé pour la cour, où l'auteur abuse vraiment de la ductilité de la pensée, où le délié de la trame épuise la patience du regard ; l'autre presque improvisé pour quelques curés d'Auvergne, courtes pages vivantes, énergi-

ques, où I on rencontre un autre Massillon , aussi supérieur au premier qu'un beau visage est supérieur à un beau voile.

Un avis, en terminant ce point dont je ne touche que les sommités.

L'esprit est prosaïque , l'âme poétique et musicale. Symplionialis est anima : ainsi parlait une sainte du moyen âge. Le livre de l'Imitation le dit aussi. Quand l'âme se recueille et entend quelque chose de Dieu, que la paix et la joie l'inondent, il arrive bien ce que dit Gerson : Si das parem , si gaudium sanctum infandis , erit anima servi tai plenajnodulatione. Joubert aussi l'avait compris : « Naturellement, dit-il , l'âme se chante à elle- « même tout ce qu'il y a de beau. » Aussi , quand le style est une habitude de l'âme, il y a un écueil à éviter : c'est le chant. C'est l'excès de l'harmonie musicale dans le style, et l'introduction involontaire, presque continuelle, du rhythme et du vers dans la prose : c'est un vrai défaut, quoique dans une prose parfaite , toute syllabe , je crois , est comptée, et même pesée. Mais il faut rompre ce chant trop explicite, non par un calcul de détail, mais par une modération générale et une profonde pudeur de l'âme, qui, n'osant pas chanter, modère le rhythme des mots , le rend presque insensible,

de même qu'elle renferme en elle, avec pudeur, l'enthousiasme de sa pensée, et le maintient intime, caché, réservé, presque insensible , mais d'autant plus irrésistible et pénétrant.

Je continue à nous donner ces conseils à vous, qui croyez à la présence de Dieu, et qui êtes résolu à l'austère discipline de sa divine école. Puissé-je me faire comprendre et vous mener jusqu'à la pratique même.

Je suivrai vos conseils, me direz-vous. Je saurai supporter la solitude et le silence. J'écrirai donc. Mais quoi ?

La réponse est impliquée dans ce qui précède elle est très-loin du conseil de boileau :

« Faites choix d'un sujet.... »

Mot étrange ! Est-ce qu'un homme sérieux choisit un sujet? Un homme sérieux a un sujet. S'il n'en a pas il n'écrit pas. Jamais il n'a le choix.

D'abord, au fond , il n'y a qu'un sujet : Dieu, l'homme et la nature dans leur rapport , rapport où se rencontrent à la fois le bien, le mal, le vrai,

le beau, la vie, la morl, l'histoire, l'avenir. De sorte que l'unique sujet total de la méditation de l'âme, t'\4sl eu effet celui qu'indique saint Augustin : Je cherchais pendant bien des jours; je me cherchais moi-même, et mon bien, et le mal que je veux fuir. {Volventi mihi et per multos (lies quœrenti mernetipsum et bonum meum, et mahun quod esset vitandum.)

Soit; mais de quel coté prendre ce sujet , qui est le sujet universel ? Je réponds : H faut le prendre comme il se présente.

Les musiciens n'ont-ils pas remarqué que lorsque l'âme est vraiment émue, il y a un ton , un seul, à l'exclusion des autres, dans lequel il lui est possible d'entrer. Et qu'on y regarde de près : nonseulement le ton, mais la mesure, mais le fond de l'harmonie générale, peut-être même les détails de la mélodie sont donnés , sont commandés par l'émotion régnante.

Eh bien , si vous êtes en silence , si vous êtes éveillé, ému, — et d'ordinaire le vrai silence amène l'éveil et donne l'émotion vraie , — alors ces harmonies et ces mélodies intérieures, quoique vous ne sachiez pas peut-être encore bien les entendre, sont en vous, et à ces harmonies répondent certains spectacles, certaines faces des idées éternelles, cer-

taines inspirations particulières et actuelles de Dieu. Croyez-vous que, lorsque vous serez recueilli, vous allez vous trouver en face des attributs de Dieu tels que les professeurs de philosophie les expliquent ? Certainement non. Vous allez vous trouver, défait, en face de ce qu'annonce l'Évangile, le Verbe fait chair. C'est pourquoi l'Évangile ne dit pas : Vous n'avez tous qu'un maître qui est Dieu ; il dit d'une manière plus précise : « Vous « n'avez tous qu'un maître qui est le Christ. » Dieu n'est pas seulement pour nous l'éternel , l'immobile, l'absolu, l'invisible, il est aussi le Dieu vivant, présent, aimant et souffrant dans l'humanité, et celui de qui vous viendront, si vous êtes vraiment son disciple , les plus particulières, les plus précises, les plus actuelles inspirations.

Or, que voulez-vous que le Verbe fait chair pour le salut du monde inspire à ses disciples, sinon ce qui est nécessaire actuellement au salut du siècle où ils vivent, et surtout à leur propre salut ? Leur salut, le salut du siècle où ils vivent, voilà l'œuvre et l'idée universelle, identique pour tous les serviteurs de Dieu dans le même temps, mais variée pour chacun d'eux selon le peuple dont on fait partie, selon le rôle qu'on petit et qu'on doit remplir dans la lutte.

Ainsi l'idée vraiment inspiratrice pour vous,

comme pour tous, c'est le salut du siècle où vous vive?, c'est votre salut, lié à votre œuvre, et qu'il faut assurer à chaque heure par uu travail et une obéissance4 propre à cette heure. Votre idée, voire lumière, votre source de vie, c'est le Dieu vivant et fait homme, voulant et travaillant par sa providence actuelle à votre salut et à celui du siècle, et vous provoquant à l'aider; vous montrant le coté précis de la vérité que le monde, au moment présent, et que vous-même, en ce moment, devez comprendre, développer et pratiquer pour ne pas échapper au plan providentiel, ou y rentrer si vous en êtes sorti.

Venons plus au détail. Voyons plus en particulier ce qui est inspiré à l'âme qui a su parvenir au silence.

J'ai dit que vous avez dû imposer silence au bruit du siècle ; que, pour cela, vous avez dù rompre avec lui. Mais pensez-vous que vous avez rompu avec l'humanité pour écouter Dieu seul ? Loin de là. Rompre avec le siècle c'est bien. Mais rompre avec l'humanité ne se peut pas. Le siècle n'est pas l'humanité. La tendance du siècle et la tendance du genre humain sont deux choses. Celle-ci est la loi, et l'autre la perturbation sur la loi. De même que le mouvement total de la terre, dans sa course autour

du soleil, implique deux mouvements, celui qui lui fait parcourir sa course régulière, et celui qui la pousse à dévier en des oscillations accidentelles, de même l'humanité, en chaque point de sa marche, a deux mouvements, son mouvement providentiel et régulier, et un mouvement capricieux et pervers qu'on nomme le siècle. Auquel des deux mouvements voulez-vous appartenir ? Auquel des deux voulez-vous donner toutes vos forces? Il faut choisir. Il faut vaincre ce mouvement faux qu'on nomme le siècle, le mauvais siècle, qui est la résultante de tous les égoïsmes, de toutes les sensualités, de tous les aveuglements et de tous les orgueils du temps: mouvement coupahle, qui croise et retarde le mouvement vrai du genre humain.

Ainsi donc, rompre avec le siècle, ce n'est pas rompre avec l'humanité ; c'est être avec l'humanité, en même temps qu'avec Dieu. Et de fait, la première chose que retrouve l'âme qui se dégage pour être à Dieu, c'est l'amour de l'humanité. Qui aime le siècle n'aime pas l'humanité.' Mais quand le sens divin est réveillé en nous par le silence, le sens humain, le sens d'autrui, le sens fraternel nous revient. La communion avec l'immense humanité commence, parce qu'on vient d'abjurer l'esprit toujours sectaire du siècle. Nous rentrons en union,

en sympathie réelle, inspiratrice, avec l'ensemble des hommes de Ions les siècles et de tontes les partics de la terre, vivants on morts, qui sont unis entre eux et avec Dieu. Cette partie saine et essentielle du genre humain, quia l'unité, dans le temps et l'espace, parce qu'elle a Dieu, cette assemblée universelle, cette Eglise catholique dans le sens le pins large du mot, cette communion des hommes en Dieu, nous retrouve, nous reprend, nous ranime de sa séve puissante et de ses divines inspirations. Les craintes communes., les espérances communes, les volontés, les pensées, les efforts de ce grand faisceau d'âmes pour le salut et le progrès du monde, nous portent, nous pénètrent,, nous multiplient. Nous regardons le globe, comme Jésus- Christ le regardait, avec larmes; et, en voyant les hommes couchés dans les ténèbres et l'ombre de la mort, accablés et foulés aux pieds par le mal, nous voyons, avec Jésus-Christ, que la moisson est grande et qu'il y a peu d'ouvriers. Nous savons alors ce qui nous reste à faire. Nous savons à quoi penser, et à quoi travailler. Le sujet de tous nos travaux est trouvé.

Tout n'est pas dit sur ces heures de la matinée qui doivent vous apporter, comme fruit secondaire, le don d'écrire ; qui ouvrent les sources de l'Ame et la pensée originale; qui font travailler en nous la raison pins que des années de lecture; qui mettent en mouvement l'homme entier ; qui clarifient l'esprit et même le corps. Je n'ai pas dit encore tous les moyens de donner à ces heures toute leur fécondité, ni de vous faire arriver au grand but, vous, disciple de la justice et de la vérité, qui voulez avoir Dieu pour maître.

Vous avez déjà bien compris que ce travail d'écrire est en grande partie une prière. Je vous parlerai, en effet, tout à l'heure, de la prière proprement dite, qui est le grand moyen de donner à ces heures et à la vie entière, toute leur fécondité. Mais, avant cela, voici un moyen que je vous recommande pour doubler votre temps.

Voulez-vous doubler votre temps ? Faites travailler votre sommeil. — Je m'explique.

Dans un sens beaucoup pins profond qu'on ne pense,, lu nuit porte conseil.

Posez-vous clos questions le soir: bien souvent nous les trouverez résolues au réveil.

Quand un germe est posé dans l'esprit et le cœur, ce germe se développe non-seulement par nos travaux,.nos pensées, nos efforts, mais par une sorte do Fermentation sourde, qui se fait en nous sans nous. C'est ce que l'Evangile fait entendre quand il dit: « Lorsqu'un homme a jeté en terre une se- « mence, soit qu'il veille ou qu'il dorme, la se- « mence croît et se développe: car la terre fructifie « d'elle-même (fc77YZ enimultrofructijîcat). » Ainsi de notre âme; elle fructifie d'elle-même.

Que font les écoliers pour bien apprendre leur leçon? Ils la regardent le soir, avant de s'endormir, et ils la savent le lendemain matin. Que font les religieux pour bien méditer le matin ? Ils préparent leur méditation la veille, après la prière du soir, et ils la trouvent toute vivante au réveil dans leur esprit et dans leur coeur. Rien de pins connu.

Laplace, l'illustre mathématicien, nous apprend, dans un de ses ouvrages, que souvent il posait le soir des problèmes parle travail et la méditation, et que le matin, au réveil, ils les retrouvait résolus.

Parmi ceux qui travaillent, qui n'a pas observé ces faits? Qui ne sait à quel point le sommeil développe les questions posées, fait fructifier les germes

dans notre esprit? Que de fois, au réveil, la vérité qu'on avait poursuivie en vain brille dans l'âme au sein d'une clarté pénétrante! On dirait que les fruits du travail se concentrent dans le repos, et que l'idée se dépose en notre âme comme un cristal, quand Y eau-mère, longtemps agitée, vient à dormir.

Voilà le fait. Le sommeil travaille. Il faut donc le faire travailler, en lui préparant son travail le soir.

L'emploi du soir! Le respect du soir! Quelle grave question pratique !

Nous venons de parler de ce qu'on peut appeler la consécration du matin. Parlons de la consécration du soir.

C'est ici ou jamais qu'il faut savoir rompre avec nos habitudes présentes. Je défie que les esprits se forment et grandissent avec l'organisation actuelle du soir.

Quand toute journée finit par le plaisir, sachez que toute journée est vide. Je ne parle pas de ceux qui, chaque soir, brisent toute leur force et leur dignité d'homme par une orgie. Je parle de ceux qui, comme presque tous aujourd'hui, cessent toute vie sérieuse à un moment donné, pour l'interrompre pendant au moins douze heures ou quatorze heures. Que devient ce temps? Qu'est-ce que nos conversations du soir, nos réunions, nos jeux? nos visites,

nos spectacles? Il y a là connue un emporte-pièce de quatorze heures sur la vie véritable. C'est du repos, dira-t-on. le le nie. Ce qui dissipe ne repose pas. Le corps, l'esprit, le cœur, épuisés, dissipés, hors d'eux-mêmes, se précipitent, après une soirée vaine, dans un lourd et stérile sommeil, qui ne repose rien, parce que la vie, trop dispersée, n'a plus ni le temps ni la force de se retremper dans ses sources. Dans quel état sort-on d'un tel sommeil ?

Certes, il faut du repos; et nous manquons aujourd'hui de repos bien plus encore que de travail,

Le repos est le frère du silence. Nous manquons de repos comme de silence.

Nous sommes stériles faute de repos plus encore cpie foute de travail.

Le repos est une chose si grande que la sainte Écriture va jusqu'à dire: « La sage acquerra la sa- « gesse au temps de son repos. » Et ailleurs, le grand reproche qu'un prophète adresse au peuple juif est celui-ci : « Vous avez dit: Je ne me reposerai pas. » (Et dixisti: Non qaiesca/n.)

Qu'est-ce donc que le repos? Le repos, c'est la vie se recueillant et se retrempant dans ses sources.

Le repos pour le corps, c'est le sommeil : ce qui s'y passe, Dieu le sait. Le repos pour l'esprit et

pour l'âme, c'est la prière. La prière c'est la vie de l ame, la vie intellectuelle et cordiale, se recueillant et se retrempant dans sa source, qui est Dieu.

La vie dev rait se composer de travail et de repos, comme la suite du temps de cette terre se compose de jour et de nuit,

Nous donc aujourd'hui, nous travaillons encore un peu, mais nous ne nous reposons plus. Après l'agitation du travail, vient l'agitation dit plaisir, et après l'une et l'autre, la prostration et l'affaissement.

Où est pour nous le repos du soir, le repos sacré du dimanche, celui des fêtes, et ces plus longs repos encore qu'ordonnait la loi de Moïse !

Le repos, moral et intellectuel, est un temps de communion avec Dieu et avec les âmes, et de joie dans cette communion. Or, il est bien visible que nous n'avons conservé du repos que des figures vides dans nos coutumes et nos plaisirs du soir.

Je ne connais qu'un seul moyen de vrai repos

dont nous ayons, quelque peu, conservé l'usage,

ou plutôt l'abus, dans l'emploi du soir: c'est la

musique. Rien ne porte aussi puissamment au vrai

repos que la musique véritable. Le rhythme musical

régularise en nous le mouvement, et opère pour

l'esprit et le cœur, même pour le corps, ce qu'opère II. a

pour le corps le sommeil, qui rétablit, dans sa plénitude et son calme, le rhythrne des battements du cœur, de la ci renia! ton du sang et des soulèvements de La poitrine. La vraie musique est sœur de la prière, comme de la poésie. Son influence recueille, et, en ramenant vers la source, rend aussitôt à l ame la séve dessentiments, des lumières, des élans. Comme la prière, et comme la poésie, avec lesquelles elle se confond, elle ramène vers le ciel, lieu du repos. Mais nous, nous avons trouvé le moyen d'oter presque toujours à la musique son caractère sacré, son sens cordial et intellectuel, pour en faire un exercice d'adresse7 un prodige de vélocité, et un brillant tapage qui ne repose pas même les nerfs, loin de reposer l ame.

Vous donc qui voulez faire parler le silence et travailler le sommeil, rendez utile aussi votre repos. Faites en sorte que l'interruption du travail soit vraiment le repos. Consacrez vos soirées. Allez à la réalité des vaines et vides figures qu'ont conservées nos habitudes. Que le repos du soir soit un commerce d'esprit et d'âme ; un effort commun vers le vrai, par quelque facile étude des sciences; vers le beau, par les arts; vers l'amour de Dieu et des hommes, par la prière ; donnez des germes de lumière et de saintes émotions au sommeil qui va

survenir, et où Dieu même les cultivera dans l'âme de son fils endormi.

Une vie bien ordonnée consacrerait ainsi le soir. Elle consacrerait aussi la fin de chaque période de sept jours, par un repos sacré, et par un jour de communion des âmes en Dieu. Une vie bien ordonnée consacrerait ainsi la fin de chaque année, par un repos réparateur qui doublerait la séve et la fécondité du travail de l'année suivante.

Se retremper dans le spectacle de la nature, dans la lumière des arts, dans le commerce des grands esprits, dans les pèlerinages vers les absents, dans les amitiés saintes, dans les ligues sacrées pour le bien, et puis enfin dans quelques jours de sévère solitude, en face de Dieu tout seul, dernier terme du repos de l'année, — -qui, de loin, paraît seul austère, mais, de près, est bien doux, — ne serait-ce pas là du repos? Une vie bien ordonnée, enfin, consacrerait tout son automne, tout l'automne de la vie, à Dieu surtout, à l'amour pur qui vient de Dieu, à la charité pour les hommes, au coté substantiel de la science, aux espérances précises du ciel, au recueillement vrai en Dieu, c'est-à-dire à cet unique travail que l'oracle imposait àSocrate dans sa prison, pendant les quelques jours qui le séparaient de la mort, lorsqu'il lui

dit ce mot que nous ne savons pas traduire: Ne fuites plus que de ht musique ; mot qui doit signifier qu'il faut finir sa vie dans l'harmonie sacrée.

Mais ces beautés du soir de la vie ne sont que des illusions pour la plupart des hommes; pour presque tous la réalité est bien autre. La vie entière ne peut finir dans l'harmonie sacrée, dans le saint et fécond repos, plein de germes que doit développer la mort pour le monde d'en haut, que si chacune de nos années et chacun de nos jours. a su finir par le repos sacré : car l'automne de la vie ne recueille que ce que chaque jour a semé!

J'ose espérer que vous ne trouverez pas ces conseils inutiles aux progrès de la Logique vivante, c'est-à-dire au développement du Verbe en vous. Je les crois plus utiles, en Logique proprement dite, que l'étude des formes du syllogisme, étude que je ne méprise point, vous l'avez vu. Je vous donne les moyens pratiques de développer en vous la vraie lumière de la raison. Si vous les employez, si vous préparez vos journées par la

consécration du soir, votre sommeil lui-même travaillera. Vous vous réveillerez plein de séve , plein d'idées implicites, d'harmonies sourdes. Si, pour écouter cette fermentation intérieure de la vie, cette voix du Verbe au fond de lame, vous savez établir le silence en vous, le silence vrai, extérieur et intérieur; si, pour ne pas vous bornera de vagues auditions de ces murmures lointains, qui cesseraient bientôt par la moindre paresse, vous y correspondez par le travail ; si vous cherchez à en fixer les précisions et les détails par la pensée articulée, et incarnée par l'écriture, soyez certain qu'après bien peu de jours d'un tel effort, vous en verrez les fruits. Et, lorsque après votre travail, vous prendrez un jour de repos, et, après une journée, quelques semaines, — si c'est un vrai repos, non son contraire, — vous verrez que votre repos continuera votre travail, et que vous pourrez dire de votre esprit ce qu'on dit de la terre :

Nec nulla interea est inaratae gratia terrae.

Votre vie entière sera comme ce champ, labouré et ensemencé, où la semence croit et se développe, soit que l'homme veille , soit qu'il dorme : terra enim ultro fructificat.

Cependant je n'ai pas tout dit , et il me reste à

vous donner le plus important des conseils. J'ai nommé la prière , mais n'en ai pas encore parlé directement , quoique indirectement je n'aie guère cessé d'en parler.

,1e vous le demande, priez-vous ? Si vous ne priez pas, qu'ètes-vous ? Etes-vous athée ou panthéiste? Alors ce n'est pas à vous que je parle en ce moment. Je parle à l'homme qui, ayant reconnu, dès ses premiers pas en ce monde , le côté vain de la vie, cherche son côté vrai , savoir : l'amour de la justice et la vue de la vérité. Cet homme-là croit en Dieu Et pour peu que cet homme sache la valeur des mots, il sait que Dieu est l'amour infini, la sagesse, la vie infinie, libre, intelligente, personnelle, en qui nous sommes, en qui nous nous mouvons, en qui nous respirons.

Or, la prière est la respiration de l'âme en Dieu. L'âme prie longtemps sans le savoir. L'âme des enfants, dans leurs années pures, prie et contemple, sans réfléchir, avec la force et la grandeur de la simplicité. Mais après ces années passives, viennent les années actives et libres. La prière libre, avec conscience d'elle-même, formera l'homme en vous et développera en vous, à l'image de Dieu, la personnalité , qui est implicite et latente dans l'enfant.

Je ne vous prouverai pas ici plus amplement qu'il faut prier. 3e ne vous y exhorterai même pas. Je vous en donnerai les moyens.

On appelle vulgairement prière du matin et du soir, la récitation d'un certain texte, excellent en lui -même, en usage parmi les chrétiens, récitation dont la durée varie de cinq à dix minutes ; et on appelle méditation la réflexion libre sur quelque grande vérité , morale ou dogmatique ; exercice que quelques personnes font durer le matin une demi-heure. Mais le grand obstacle à ces pratiques c'est que, dans la méditation, on dort ou on divague, et que, dans la prière, on articule des mots, par trop connus, sans réflexion ni sentiment. Ces deux faiblesses , que presque personne ne sait vaincre, dégoûtent , éloignent continuellement de la prière et de la méditation un très-grand nombre d 'aines : car à quoi bon , disent-ils , ces prières nulles, ces méditations vides ?

Or voici, pour éviter les distractions dans la méditation, le conseil donné récemment à l'assemblée du clergé d'un diocèse de France.

« Méditez, en écrivant. »

Ecrivez lentement, parlez à Dieu que vous savez présent -, écrivez ce que vous lui dites; priez-le de vous inspirer, de vous dicter ses volontés, de vous

mouvoir de ces mouvements intérieurs, purs, délicats et simples, qui sont sa voix, et cpii sont infaillibles. Et eu effet, s'il vous dit : « Mon fils, sois « bon ; » cela peut-il être trompeur ? S'il vous dit : « Aime-moi par-dessus tout : sois pur, sois géné- « reux, sois courageux-, aime les hommes comme « toi-même ; pense à la mort qui est certaine, qui « est prochaine ; sacrifie ce qui doit passer ; con- « sacre ta vie à la justice et à la vérité , qui ne « meurent pas ; » direz-vous que ces révélations ne sont pas infaillibles ? Et si, dans le même temps, l'amour énergique de ces vérités manifestes vous est comme inspiré au cœur par je ne sais quelle touche divine qui saisit et qui fixe, direz-vous que la source de ces forces ardentes et lumineuses n'est pas Dieu ? Et si , sans rien ajouter d'arbitraire et d'inutile à ces impressions fortes et à ces lumières simples, vous les écrivez toutes brûlantes, pensezvous que vous n'en serez pas doublement saisi, et que la distraction et le sommeil interviendront dans cette méditation ? Quelqu'un disait, — c'était une femme : — « Oh ! je ne veux plus méditer ainsi : « cela me saisit trop. »

Essayez, et j'espère que plus d'une fois vous cesserez d'écrire pour tomber à genoux et pour verser des larmes.

Plus d'une fois, sous la touche de Dieu. — vous savez qu'il est vrai de le dire : Dieu nous touche, — plus d une fois votre âme, recueillie par le grand et divin saisissement de ce rare et puissant contact, votre àme opérera d'elle-même cet acte prodigieux que Bossuet nomme le plus grand acte de la vie, et qu'il faut que je vous fasse connaître.

Et, à ce propos , je vous conseille de lire et de relire avec la plus profonde attention les opuscules de Bossue1: intitulés : Manière courte et facile de faire oraison, et Discours sur lacté d abandon. C'est le résumé le plus pur et le plus substantiel de l'ascétisme et du mysticisme orthodoxe.

Voici donc l'acte le plus profond, le plus sublime et le plus important que l'âme humaine puisse opérer, et dont Bossuet, d'accord avec l'Église catholique et la plus savante théologie, vous parle ainsi :

« Il faut trouver un acte qui renferme tout dans « son unité.

« Faites-moi trouver cet acte, o mon Dieu! cet « acte si étendu , si simple , qui vous livre tout ce u que je suis, qui m'unisse à tout ce que vous « êtes.

« Tu l'entends déjà , âme chrétienne : Jésus te « dit dans le cœur que cet acte est l'acte d'aban-

« don, car cet acte livre tout l'homme à Dieu, son « Ame, son corps en général et en particulier, « toutes ses pensées, tous ses sentiments, tous ses « désirs ; tous ses membres, toutes ses veines avec « tout le sang qu'elles renferment, tousses nerfs, « jusqu'aux moindres linéaments, tous ses os, juste qu'à l'intérieur et jusqu'à la moelle , toutes ses « entrailles ; tout ce qui est au dedans et au de- « hors.

<( O Dieu ! unité parfaite, que je ne puis égaler « ni comprendre par la multiplicité, quelle qu'elle « soit, de mes pensées, et, au contraire, dont je « m'éloigne d'autant plus que je multiplie mes « pensées, je vous en demande une, si vous le vou- « lez, où je ramasse en un, autant qu'il est permis « à ma faihlesse, toutes vos infinies perfections, ou « plutôt cefte perfection seule et infinie, qui fait o que vous êtes Dieu, en qui tout est.

a Avec cet acte , qui que vous soyez , ne soyez « en peine de rien. Le dirai-je ? Oui, je le dirai : « ne soyez pas en peine de vos péchés mêmes, « parce que cet acte , s'il est bien fait, les emporte « tous.

« Cet acte , le plus parfait et le plus simple de c tous les actes, nous met, pour ainsi parler, tout « en action pour Dieu. C'est un entier abandon

LES SOUKCES. 331

« à cet esprit de nouveauté qui ne cesse de vous « réformer intérieurement et extérieurement, en « remplissant tout votre intérieur de soumission « à Dieu, et tout votre extérienr de pudeur, de « modestie, de douceur et de paix.

« Qu'est-ce que cet acte, sinon cet amour parlait « qui bannit la crainte ? Tout disparaît devant cet « acte qui renferme toute la vertu du sacrement de « pénitence. »

Vous le voyez , je vous mène en théologie mystique, à propos de Logique ; mais tout se touche. La Logique vivante, qui est le développement du Verbe en vous, c'est-à-dire de votre esprit ou verbe humain , par son union à l'esprit et au Verbe de Dieu, la Logique réelle et vivante, a certainement pour source principale la prière, la prière substantielle telle que Bossu et vient de nous la décrire.

Ajoutons un mot sur l'autre prière, celle dont quelques-uns se dégoûtent, parce que ce sont, disent-ils , toujours les mêmes paroles , qu'à la fin l'habitude nous empêche de voir et d'entendre.

Le fond de cette prière quotidienne, c'est l'Oraison dominicale: « Notre Père qui êtes aux cieux, » et le reste. Cette prière que notre mère, dans notre première enfance , nous a fait dire sur ses genoux et en joignant elle-même nos mains, est celle qui a

été dictée, mot pour mot, par le Christ, le maître des hommes. Cette prière, me fut-elle inintelligible, je veux, à tous les titres, et vous voulez comme moi , la répéter tous les jours de la vie, matin et soir, jusqu'à la mort. Du reste, lorsque votre esprit s'est ouvert et a regardé le monde et son histoire, vous avez du comprendre le sens visiblement divin de ces paroles. Elles sont la prière essentielle de l'humanité sur la terre : « Notre Père, — que votre « règne arrive, que votre volonté soit faite en la «■ terre comme au ciel. » Evidemment, cela même est la substance de la prière , telle que Dieu doit nécessairement la dicter à tout cœur qu'il inspire.

Mais voulez-vous ajouter quelque chose à cette courte prière dictée de Dieu, à ce fond de toute prière écrite ; êtes-vous de ces heureux et flexibles esprits qui savent lire , c'est-à-dire quitter , quand ils le veulent, leur pensée propre, pour entrer aussitôt dans la pensée d'autrui, et improviser en euxmêmes tout ce que comportent de sens des paroles apportées du dehors ? Si vous avez ce don, je vous en félicite grandement, et voici ce que je vous conseille. Il existe d'admirables paroles, pleines d'une poésie toute divine, et de la plus vigoureuse et de la plus sublime simplicité. Lisez-les comme prière

du matin et du soir. Ce sont les Psaumes, sainte poésie du peuple qui a été le cœur du monde ancien et le père du Messie. L'Eglise catholique en a composé des prières , qu'elle met dans la bouche de ses prêtres. Ces prières, préparées pour les heures diverses du jour, sont composées chacune d'une partie fixe et d'une partie variable : la partie variable diffère, pour chaque, heure et pour chaque jour de la semaine. Prenez, chaque jour, deux de ces prières, dont l'une répond à la prière du matin et l'autre à celle du soir, ce que nous appelons Prime et Laudes. Lisez-les avec une profonde attention , et regardez la partie variable comme une révélation spéciale que Dieu vous adresserait, à vous, et pour ce jour. Vous verrez si ces vastes paroles n'ont pas une singulière vertu pour nous aider à sortir de nos mesquines pensées.

Page 1