CLXXXIII
a) SYLLOGISME QUALITATIF.
Le premier est le syllogisme de Y existence [Daseyns), on qualitatif, ainsi qu'on l'a indiqué dans le paragraphe précédent : 1° E-B-A : c'est-à-dire qu'on sujet se trouve enveloppé comme individu par sa qualité dans une déterminabilité générale.
REMARQUE
Que le sujet [Terminus minor) ait d'autres déterminations que celle d'être un individu, comme aussi que l'autre extrême [terminus major, le prédicat de la conclusion) ait d'autres déterminations que celle d'être l'universel, c'est là un point qu'il ne faut pas considérer ici. Ce qu'il faut considérer, ce sont seulement les formes suivant lesquelles ces termes construisent le syllogisme.
Zusats. Le syllogisme de l'existence est simplement le syllogisme de l'entendement, et cela en ce sens qu'ici l'individuel, le particulier et l'universel se rencontrent d'une façon tout à fait superficielle. C'est le syllogisme où la notion se place au point extrême de son extériorité (I). Nous avons ici une individualité immédiate comme sujet. On remarque dans ce sujet un certain côté particulier, une propriété, et par l'intermédiaire de cette propriété on affirme l'universel de l'individuel. C'est ainsi, par exemple,
(1 ) Bas hochsle Ausser-sichkommen des Begriffs.
que nous disons : cette rose est rouge ; le rouge est une couleur, donc celte rose est un être coloré. C'est de cetle forme de syllogisme qu'on traite principalement dans la logique ordinaire. Autrefois on considérait le syllogisme comme la règle absolue de la connaissance, et une affirmation scientifique n'était valable que lorsqu'elle était syllogistiquement démontrée. Aujourd'hui c'est à peine si l'on rencontre les différentes formes du syllogisme dans les manuels de logique, et leur connaissance est comme un vain savoir de l'école dont on, ne saurait faire aucun usage dans la vie pratique et même dans la science. A cet égard, il faut d'abord remarquer que, bien qu'il serait superflu et pédantesque de venir à tout propos faire des raisonnements en forme, il n'en est pas moins vrai que les diverses formes du syllogisme interviennent constamment dans nos connaissances. Lorsque, par exemple, par une matinée d'hiver, en nous réveillant, nous entendons les voitures craquer dans la rue, et que nous sommes par là amenés à penser qu'il doit y avoir une forte gelée, nous faisons un syllogisme; et c'est là une opération que nous répétons tous les jours dans les combinaisons les plus compliquées et les plus diverses. Ainsi il semble que la connaissance de cette opération que nous accomplissons à chaque instant comme êtres pensants ne devrait pas avoir un moindre intérêt que celui qu'on veut bien accorder à la connaissance non-seulement des fonctions de la vie organique, telles que la digestion, la formation du sang, la respiration, etc., mais aux événements et aux êtres de la nature qui nous environne. Et à cet égard on pourra accorder sans difficulté que pour faire des raisonnements
exacts il faut tout aussi peu avoir d'abord étudié la logique, qu'il ne faut avoir étudié l'anatomie et la physiologie pour digérer et respirer convenablement. C'est Aristote qui le premier a examiné et décrit les différentes formes et les figures, comme on les appelle, du syllogisme dans leur signification subjective, et cela avec une telle précision et justesse, qu'on ne saurait rien y ajouter d'essentiel. Mais bien que cette œuvre ait valu à Aristote une grande renommée, on se tromperait si l'on croyait que dans ses recherches vraiment philosophiques il ait employé les formes du syllogisme de l'entendement, et , en général, de la pensée finie (voy. Remarque du § clxxxix).