‹ Logique de Hâegel (volume 2)Chapitre 45 sur 80 · CLXXX · texte numérisé non relu

CLXXX

Le syllogisme immédiat est celui où les déterminations de la notion sont à l'état abstrait et dans un rapport, extérieur entre elles, de telle façon que les deux extrêmes sont l'individuel et l'universel, et que la notion qui les unit comme moyen n'est elle-même que le particulier abstrait. Par suite, les extrêmes sont posés comme subsistant par eux-mêmes dans un état d'indifférence, soit dans leur rapport réciproque, soit dans leur rapport avec le moyen. Ce syllogisme constitue, par conséquent, un moment de la raison qui n'est pas conforme à la notion (1). C'est le syllogisme formel de l'entendement. Ici le sujet se trouve renfermé dans une détermination qui lui vient du dehors (w2); ou, ce qui revient au même, par cette médiation l'universel se

(1) Das Vemùnftige als begrifflos : le rationnel en tant que (rationnel) sans notion : c'est-à-dire où la notion n'est que d'une façon abstraite et superficielle.

(2) Mit einer andern Bestimmtheit : avec une autre déterminabilité : autre, en ce sens qu'il n'y a pas entre le sujet et le prédicat un rapport nécessaire.

subordonne (1) un sujet qui lui est extérieur. Le syllogisme rationnel, au contraire, est celui où le sujet rentre en luimême par la médiation (2). C'est ainsi qu'il est sujet véritable, ou, si l'on veut, c'est ainsi que le sujet réalise en lui-même le syllogisme de la raison (3) .

REMARQUE

Dans les recherches qui vont suivre, le syllogisme de l'entendement conservera sa signification ordinaire. Il n'aura qu'une valeur subjective, cette valeur qu'on lui accorde quand on dit que c'est nous qui faisons de ces raisonnements. En effet, ce n'est qu'un syllogisme subjectif, mais qui a aussi une signification objective, en ce qu'il n'exprime que la finité des choses, mais de cette façon déterminée que la forme a atteint ici. Dans les choses finies, le sujet en tant que chose (4) est séparable de ses propriétés, c'est-à-dire de sa détermination particulière, et par cela même de sa détermination générale, soit que celle-ci constitue une simple qualité de la chose et sa connexion extérieure avec d'autres choses, soit qu'elle constitue son genre et sa notion.

Zasalz. Conformément à ce qui a été dit dans ce qui

(1) Subsumirt : subsume, place sous lui, enveloppe.

(2) Durch die Vermiltlung sich mit sich seïbst Zusammenschliesst : par la médiation, il (le sujet) s'enveloppe (se conclut) lui-même en lui-même. C'està-dire qu'ici la médiation du sujet n'est qu'un moment de sa réalité, de son unité concrète.

(3) Le texte a : ist an ihm selbst cler Verniinflschluss : est (le sujet) en luimême le syllogisme de la raison. 11 l'est en lui-même, c'est-à-dire il ne l'est pas par un terme autre que lui-même.

(4) Die Subjelaivitat als Dingheit : la subjectivité en tant que choséité. Voy . §§ cxxv et suiv.

précède touchant le syllogisme comme forme de la raison, il y en a qui ont défini en effet la raison la faculté de raisonner, tandis qu'ils ont attribué à l'entendement la faculté de former des notions. Mais outre que cette conception repose sur cette manière superficielle de se représenter l'esprit comme une collection de forces ou de facultés juxtaposées., il faut remarquer à l'égard de cette identification de l'entendement avec la notion, et de la raison avec le syllogisme, que la notion est tout aussi peu une simple détermination de l'entendement que le syllogisme sans la notion n'est une opération de la raison. Le syllogisme dont traite la logique formelle n'est autre chose que le syllogisme de l'entendement, et c'est ce syllogisme qu'on a tort de considérer comme la forme de la raison. Quant à la notion , si elle n'apparaît que comme une simple forme de l'entendement , il faut l'attribuer à l'entendement abstrait et vide qui l'a dépouillée de sa nature concrète et de sa réalité. On a aussi divisé, d'après cela , les notions en simples notions de l'entendement, et en notions de la raison. Mais il n'y a pas en réalité une telle différence entre les notions, et celte distinction n'est que le fait de notre pensée subjective qui tantôt s'arrête à la forme négative et abstraite de la notion, et tantôt saisit la notion dans sa nature positive et concrète. Ainsi, par exemple, on n'a qu'une notion de l'entendement si l'on se représente la liberté dans son état abstrait et comme opposée à la nécessité, tandis qu'on en a une notion vraie et rationnelle si on se la représente comme enveloppant la nécessité. On a aussi une notion de l'entendement dans la définition que le déisme donne de la divinité, tandis que

la doctrine chrétienne de la Trinité contient la vraie notion de Dieu. » Conf. § 158, p. 189.

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