‹ Logique de Hâegel (volume 2)Chapitre 59 sur 80 · CXCIX · texte numérisé non relu

CXCIX

Le côté immédiat de l'existence que les objets contiennent dans le mécanisme absolu s'y trouve virtuellement nié (1) en ce que leur indépendance est médiatisée par leur rapport réciproque et partant par leur dépendance. Cela fait que l'objet doit se poser dans son existence concrète comme différencié en face de son autre objet (2).

(L) An sich negirl : nié en soi. Le côté immédiat ou, suivant l'expression du texte, Vimmédiatité de l'existence de l'objet n'est niée, supprimée qu'en soi dans le mécanisme absolu, parce qu'elle n'est niée pour soi que dans le chimisme, et plus complètement encore dans la finalité'.

(2) En effet, le rapport réciproque où se trouvent placés les objets est une médiation, et cette médiation est un état de dépendance (Unselbststandigkeit) réciproque, où leur indépendance (Selbstslandigkeil) et par suite l'élément immédiat de leur existence se trouvent niés, supprimés. Cette négation de l'objet et dans l'objet différencie l'objet, et le différencie non en face (gegen, en face et contre) un autre objet, mais en face de son autre objet, c'est-àdire d'un objet qui est virtuellement lui-même, et qu'il veut devenir, ce qui engendre en lui un conflit interne, une tension qui amène précisément le chimisme. — La notion subjective, en posant l'identité et la nécessité, ainsi que la totalité de ses moments, a cessé d'être notion subjective, et est devenue l'objet. Le langage ordinaire emploie ce mot pour exprimer, en quelque sorte, toutes choses. Ainsi , Vôtre pur est ua objet ; la réalité, la sub- VÉRA. — Logique de Hegel. j.~- îQ

b) CHIMISME.

§ ce.

L'objet différencié a une déterminabilité immanente qui constitue sa nature et où il a son existence. Mais en tant que totalité posée de la notion, il contient la contradiction de cette totalité qui est en lui, et de la déterminabilité de son

stance, etc., sont aussi des objets. Mais la conscience irréfléchie a des représentations, et elle n'a pas la notion des choses; et c'est précisément parce qu'elle n'a que des représentations qu'elle confond les notions, et qu'en confondant les notions elle emploie indifféremment le même terme pour désigner des choses différentes, L'être, la substance, la cause, etc., sont des objets, en ce sens qu'ils sont enveloppés dans l'objet; car l'objet est, il a une substance, une réalité, etc.; mais ni l'être en tant qu'être, ni la substance en tant que substance, etc., ne sont l'objet, et ils ne sont des objets que dans l'objet, et après avoir traversé la sphère de la notion subjective ou du sujet. Et ainsi, la chose et les propriétés, le tout et les parties, la substance et les accidents n'ont plus de sens ici, ou, ce qui revient au même, ils se trouvent concentrés dans l'objet. A proprement parler, l'objet n'a ni propriétés ni accidents, parce que les propriétés et les accidents sont séparables de la chose et de la substance, tandis que dans l'objet ses déterminations particulières se sont réfléchies dans la totalité de l'objet, ou, si l'on veut, elles sont l'objet entier lui-même. On pourrait se représenter l'objet comme un tout composé de parties. Seulement Ses différences de l'objet ne sont pas de simples parties, mais des totalités, c'est-à-dire elles sont elles-mêmes des objets. La monade de Leibnitz est, comme on l'a déjà fait remarquer, ce qui approche le plus de la notion de l'objet, en ce qu'elle est une unité qui représente l'univers. Mais par cela même qu'elle n'est qu'une unité qui exclut tout autre unité, et qui se concentre exclusivement dans son existence subjective, la monade n'est qu'un produit de la réflexion extérieure, c'est-àdire de la réflexion qui demeure extérieure à la chose, et qui y demeure extérieure parce qu'elle ne se fait pas, si l'on peut ainsi dire, avec la chose même, et qu'elle combine et réunit empiriquement les éléments dont la chose se compose. Cependant, si l'on considère que les représentations de la monade sont les représentations des objets, et que, par conséquent, ses représentations sont posées en elle par d'autres objets, et que, d'un autre côté, la monade a la faculté de s'agréger à d'autres objets, on verra qu'elle n'est pas cette unité qui exclut toute autre unité, comme l'a représentée

existence. C'est ce qui engendre en lui l'effort pour supprimer la contradiction, et pour rendre son existence adéquate à la notion.

Zusatz. Le chimisme est une catégorie de l'objectivité dont on ne fait pas ordinairement une catégorie spéciale, mais qu'on réunit au mécanisme pour les mettre ensemble, sous la dénomination de rapports mécaniques, en regard des rapports de finalité. La raison qui conduit à envisager

Leibuitz; et en la concevant ainsi, on aura une notion plus exacte de l'objet. — Maintenant, l'objet n'est d'abord que l'objet, c'est-à-dire l'objet à l'état immédiat et indéterminé. Mais, paq indéterminé, il ne faut point entendre une indétermination absolue, une telle indétermination ne se trouvant pas même dans l'être pur qui passe dans le non-être. L'objet n'est, par conséquent, indéterminé que parce qu'il est une totalité dont les parties sont dans un état d'indifférence et d'indétermination. Or, les parties de l'objet sont essentiellement des objets. Car le sujet lui-même s'est ici absorbé dans l'objet, et il n'est qu'un objet. C'est, en quelque sorte, le moi qui est deveuu à lui-même son propre objet, et qui Test devenu avec toutes ses déterminations, ses facultés et ses rapports. Mais ce n'est là qu'un exemple, car le moi, ou les déterminations logiques du moi appartiennent surtout à la sphère de l'idée; et ce qu'on a ici, c'est la notion de l'objet, et c'est cette notion qu'il faut s'attacher à saisir. — Ainsi donc, on a une totalité, ou un ensemble d'objets, le monde objectif, dont l'indétermination vient de ce que les objets sont ici à l'état immédiat, et partant dans un état d'indifférence réciproque. Cette indifférence vient elle-même de ce que, n'étant pas médiatisés, les objets ne possèdent pas encore cette unité négative, ce retour sur eux-mêmes qui les spécifie et les individualise. Cela fait qu'ils peuvent être indifféremment unis ou séparés, et qu'ils sont aptes à entrer daus tout rapport, daus toute combinaison et dans tout arrangement. C'est là le moment de la possibilité qui se reproduit ici comme indifférence des objets, ou comme une possibilité qu'ont les objets de devenir d'autres objets et tous les objets. Cependant, cette indifférence et cette indétermination dont chaque objet est marqué, fait que chaque objet a sa détermination hors de lai-même et dans un autre objet, ce qui veut dire qu'un objet n'est lui-même qu'en étant autre que lui-même et par un autre objet, ou, ce qui revient au même, que les objets ne sont tels et ne se maintiennent qu'en se repoussant eux-mêmes, et en se repoussant l'un l'autre. Cette contradiction amène une action réciproque et un rapport identique des objets, \z participation (MUlheilung) par laquelle les objets se mettent en communication

ainsi ces deux sphères il faut la chercher en ce qu'elles ont cela de commun, savoir, que dans Tune comme dans l'autre la notion n'existe qu'en soi, tandis qu'elle existe pour soi dans la finalité. Elles se distinguent cependant l'une de l'autre d'une manière spéciale en ce que, dans la première, l'objet est d'abord indifférent à tout rapport, tandis que l'objet chimique est essentiellement en rapport avec un autre objet. A mesure que l'objet mécanique se développe, il se

sans se transformer (ohne ubergehen in Entgegengeselzte ; sans passer dans leur contraire). C'est là le rapport ou le processus mécanique du monde objectif. La participation est .cet élément, cette forme universelle où les objets viennent d'abord coïncider, et qui les pénètre sans les désagréger. Comme exemples de cet élément, on peut citer dans la sphère de l'esprit, les lois, les mœurs, les doctrines; et dans la sphère de la nature, les mouvements, la chaleur, le magnétisme, etc. Les lois, les mœurs, etc., sont cet élément universel auquel les individus participent, où ils viennent se mettre en rapport, et qui les pénètre à leur insu. Le mouvement, la chaleur, etc., jouent un rôle semblable dans la nature. Ce sont des agents impondérables qui pénètrent les corps et où les corps viennent se rencontrer. Cette participation des objets (au mouvement, par exemple) suppose 1° l'élément ou l'objet. général auquel ils participent et qu'ils se partagent, et partant la particularisa lion de cet objet dans les objets, et enfin Y individualisation de ce même élémeut dans les objets ; 2° un rapport d'action et de réaction, c'est-à-dire l'action de l'objet général sur les objets particuliers, et la réaction de ces derniers sur lui, ou bien l'action réciproque des objets particuliers par l'intermédiaire de l'objet général; et enfin, 3° une égalité d'action et de réaction, égalité qui amène la cessation de l'action, et partant le repos. Ce sont là les trois moments ou les trois termes du syllogisme du processus mécanique. Au fond, c'est un seul et même mouvement, une seule et même notion qui revêt ces formes diverses et qui se réalise en se répandant, si l'on peut ainsi dire, dans les objets. L'universel, en agissant sur le particulier, le détermine, mais il se particularise et il est déterminé à son tour, et le particulier, en agissant sur l'individuel, amène le même rapport, ce qui fait que l'individuel est l'universel, et l'universel l'individuel, etc., ou que l'objet qui subit l'action, eu réagissant, place dans l'autre objet sa propre détermination, et il est l'autre objet, de même que celui-ci, en agissant sur lui, y transportait ses déterminations et était ce même objet. Et ainsi, si les mœurs agissent sur les individus et font les individus, ceux-ci, à leur tour, réagissent sur les mœurs et font les mœurs; et si la chaleur agit sur les corps, ceux-ci

produit, il est vrai, chez lui des rapports ;' mais les rapports réciproques des objets mécaniques ne sont d'abord que des rapports extérieurs, ce qui fait que les objets apparaissent dans leur rapport comme indépendants. C'est ainsi, par exemple, que les corps célestes qui forment notre système solaire sont liés par des rapports de mouvement. Mais le mouvement, en tant qu'unité du temps et de l'espace, ne constitue qu'un rapport extérieur et abstrait, et il apparaît

réagissent sur elle et la modiGent. Cependant, l'objet qui a exercé et subi l'action n'est plus l'objet immédiat et indéterminé, mais l'objet médiat et déterminé. Dans cet état, il est à la fois dépendant et indépendant. Il est dépendant, patee qu'il est toujours ouvert à l'action d'un autre objet; il est indépendant, parce que la réaction produit en lui un retour sur lui-même, retour par lequel il se pose comme individualité vraiment objective, comme individualité qui résiste à un autre objet et qui s'en approprie l'action. C'est là ce que Hegel appelle la contradiction complètement développée (§ cxciv), parce qu'elle n'est plus la simple contradiction du positif et du négatif, de la cause et de V effet, etc., mais la contradiction qui atteint l'objet tout entier, et qui fait que l'objet est lui-même et tous les objets à la fois. Ce mouvement réfléchi de l'objet sur lui-même est le centre. Le mécanisme absolu est le mécanisme des centres. Chaque objet a un centre, et c'est le centre qui fait de lui un objet véritable. Mais, par cela même que les objets sont par un côté dépendants et indéterminés, leur centre n'est qu'un centre contingent et relatif, et qui, partant, suppose un centre absolu, ou, pour mieux dire, leur centre est plutôt une tendance vers le centre qu'un centre véritable ; et cette tendance c'est le centre absolu qui la leur communique, le centre absolu qui est leur essence immanente, et dont ils ne sont qu'accidentellement séparés. Ainsi, l'on a des objets dépendants, contingents et indéterminés, et le centre absolu. Mais le centre absolu n'est tel que parce qu'il est une unité négative, c'est-à-dire parce qu'il y a des objets qui lui sont extérieurs, dont il est le centre, et dans lesquels il se détermine, ce qui veut dire qu'il n'est centre absolu que parce qu'il y a des centres particuliers dans lesquels il se partage, et dont il fait l'unité. Ainsi, la cenlralité absolue n'est, en réalité, ni le centre absolu, ni le centre particulier, etc., mais un syllogisme dont les termes sont les objets dépendants et indéterminés, les centres particuliers et le centre absolu; ces trois termes forment trois syllogismes où chaque terme remplit, tour à tour, la fonction de moyen et d'extrême. Le centre absolu réuuit d'abord les individus dépendants et les centres particuliers (l'État comme moyen terme entre les individus et les associa-

de telle façon que les corps célestes, liés entre eux par de tels rapports extérieurs, demeureraient ce qu'ils sont, lors môme que ces rapports viendraient à cesser. Le rapport chimique se comporte tout autrement. Les objets chimiquement différenciés ne sont ce qu'ils sont que par leur différence, et par cette tendance absolue qui les porte à se compléter les uns dans et par les autres.

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