‹ Logique de Hâegel (volume 2)Chapitre 76 sur 80 · CCXLIV · texte numérisé non relu

CCXLIV

L'idée qui est pour soi, considérée suivant cette identité avec elle-même, est Y intuition (1), et l'idée avec intuition (2) est la nature. Cependant, si on la considère comme intuitive (3), l'idée sera posée par la réflexion extérieure dans la détermination exclusive d'un état immédiat ou d'une négation (4). Mais l'absolue liberté de l'idée ne consiste pas seulement en ce que l'idée s'élève à la vie, ni même en ce qu'elle laisse apparaître en elle la vie comme connaissance finie (5), mais en ce que dans l'absolue vérité d'ellemême (6), elle se décide à tirer librement d'elle-même le moment de son existence particulière, ou de sa première détermination et de sa première scission (7), et à apparaître

(1) ht Anschauen : est intuition, ce qui est mieux encore rendu par l'infinitif intueri.

(2) Anschauende Idée (isl) Naiur : Idea intuens (est) Nalura.

(3) Als Anschauen.

(4) En effet, si Ton ne saisit pas dans le système l'acte, le moment où l'idée absolue (qui n'est pas l'idée purement logique, mais l'idée en tant qu'esprit) pose l'intuition, celle-ci sera ajoutée à l'idée logique par la réflexion extérieure.

(5) Car la vie, en tant que vie, comme aussi la vie qui est devenue connaissance finie sont des moments limités de l'idée, et où, par conséquent, l'idée n'est pas dans sa liberté absolue. Et il faut dire que la vie et la connaissance logique en général sont elles-mêmes des moments limités de l'idée absolue, ou de l'esprit. — L'expression laisse apparaître {scheinen lassi) veut dire que la vie et la connaissance finie appartiennent à la sphère subordonnée de la réflexion.

(6) Dans l'absolue vérité d'elle-même l'idée est esprit, lequel pose et présuppose pour lui-même la logique et la nature.

(7) Ersten Btstimmens und Andersseyns : la première détermination et le premier êlre-autre, la première opposition. La première opposition en ce sens que dans l'idée logique on n'a que l'idée logique, c'est-à-dire l'idée dont les différences et les oppositions sont des différences et des oppositions

vira. — Logique de Hegel. M. —25

de nouveau comme idée immédiate, en un mot, à se poser comme nature,

Zusatz. Nous sommes maintenant revenus à la notion de l'idée par laquelle nous avons débuté. Mais ce retour au commencement est en même temps un progrès (1). Ce par quoi nous avons commencé était l'être, l'être abstrait, et maintenant nous avons l'idée en tant que être. Mais cet être de l'idée c'est la nature (2).

logiques, tandis qu'ici on a une nouvelle détermination et une nouvelle opposition où l'idée en tant que Nature se sépare pour la première fois d'ellemême en tant que Logique.

(1) Ein Fortgang .

(2) Dièse seyende Idée ist aber die Natur : mais cette idée qui est, est la nature : c'est-à-dire que si l'on revient au commencement, à l'être, à l'immédiat, on n'a plus cependant ici l'être pur, mais l'être de la nature, ou, si l'on veut, l'être dans la nature. — Pour saisir ce passage de la Logique à la Nature, il faut bien se pénétrer de ces points : 1° qu'il y a une idée de la nature ; 2° que, quelque supposition qu'on fasse, et à quelque point de vue qu'on se place, le passage de la Logique à la Nature ne saurait être qu'un passage conforme à l'idée, et purement intelligible ; qu'il ne saurait être qu'une nécessité idéale, une nécessité fondée sur l'idée. Ce qui empêche de saisir ce passage c'est, d'abord, la notion inexacte qu'on se fait de la création- Car ou ne comprend, en général, dans la création que la nature, tandis que, en s'en tenant même à l'opinion des partisans de la création ex nihilo, il faudrait y comprendre aussi l'esprit. Ensuite, on se représente la création d'une manière toute matérielle et anthropomorphiste, et comme on se représente la production d'un être fini qui agit dans tel point du temps et de l'espace, représentation qui est ce qu'il y a de plus éloigné aussi bien de l'acte créateur que de la nature de l'être qui crée. Enfin, on n'embrasse pas la nature d'une vue systématique, dans l'ensemble et la nécessité de ses parties et de ses lois, ce qui fait qu'on la considère comme un être contingent, indifférent et extérieur à l'être absolu et à l'idée. — Voici maintenant le sens de ce paragraphe. L'idée logique est l'idée abstraite et universelle, en ce sens qu'elle est la possibilité de toutes choses, mais elle n'est pas l'idée entière. Elle est l'idée absolue, mais seulement en tant qu'idée logique, c'est-à-dire, en tant qu'idée sans laquelle, et hors de laquelle rien ne saurait être ni se concevoir, et qui, par conséquent, se retrouve dans toutes les sphères de l'existence, mais qui n'est pas pour cela toutes choses, — qui n'est pas la pensée et l'esprit absolus. Cela

fait qu'au plus haut degré de son développement, il se produit en elle une nouvelle idée, une nouvelle manière d'être, ou, comme dit Hegel (Grande Logique, sub finem), le désir de sortir d'elle-même et de regarder au dehors. C'est cette scission de l'idée, cet acte par lequel l'idée se sépare d'elle-même qui constitue Vintuition, c'est-à-dire, qui amène ce premier moment de l'extériorité de l'idée, ou ces deux idées qui constituent, pour ainsi dire, le substrat de la nature, et qui sont la forme de l'intuition extérieure — Vespace et le temps. Par là un nouvel état immédiat se produit dans l'idée, état où l'idée n'existe que comme simple être, mais comme être extérieur et sensible. Cependant, si l'on se représente la nature comme l'idée qui possède l'intuition, le passage de la logique à la nature ne sera saisi que par la réflexion extérieure, c'est-à-dire, par la réflexion qui considère les termes comme donnés d'avance, et les rapproche. Ainsi envisagé, ce nouvel état immédiat ou cette négation apparaîtra comme une détermination qui, n'étant pas posée par l'idée, constitue une existence indépendante, et, par cela même, une limitation de l'idée. Il faut, par conséquent, saisir l'intuition et la nature telles qu'elles sont posées librement par l'idée ellemême, par l'idée qui, ayant achevé et épuisé les déterminations logiques de son existence, se nie elle-même et passe dans la nature pour atteindre à sa parfaite et absolue existence dans l'esprit. — Voy. sur ce point Philosophie de la Nature, et Philosophie de l'Esprit.

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