CXI
L'infini, l'affirmation comme négation de la négation, à la place des côtés plus abstraits, de l'être et du non-être, du
(1) Knotenlinie. Voy. § cxi, p. 483, note 3.
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quelque chose et de l'autre, etc., a maintenant pour côtés la qualité et la quantité. Ces deux côtés contiennent d'abord a) la qualité qui est passée dans la quantité (§ 98), et la quantité qui est passée dans la qualité (§ 105), et par suite tous les deux se sont produits comme négation. j3) Mais dans leur unité (la mesure) ils sont d'abord différencies, et l'un n'est que par l'intermédiaire de l'autre, et 7) après avoir supprimé son moment immédiat, cette unité se trouve posée telle qu'elle est en soi, c'est-à-dire comme rapport simple avec soi-même qui contient l'être en général et ses formes comme des moments supprimés. — L'être ou l'immédiatité qui par la négation d'elle-même s'est médiatisée elle-même et s'est mise en rapport avec elle-même, et qui est aussi nne médiation qui s'efface dans un nouveau rapport avec soi (1), dans une nouvelle immédiatité, celte immédiatité est Y essence.
Zusatz. La processus de la mesure n'est pas simplement la fausse infinité du progrès infini sous forme d'un changement sans cesse renouvelé de la qualité en la quantité, et de la quantité en la qualité, mais il est la vraie infinité où un terme en passant dans l'autre ne fait que passer en luimême. La qualité et la quantité se trouvent dans la mesure d'abord l'une en face de l'autre comme le quelque chose et l'autre. Mais la qualité est en soi la quantité, et, réciproquement, la quantité est en soi la qualité. Par conséquent, ces deux déterminations en passant dans le processus de la mesure l'une dans l'autre, chacune d'elles ne devient que ce qu'elle est déjà en soi, et nous avons maintenant l'être
(1) Nouveau n'est pas dans le texte, mais il est daus le sens et rend plus claire la pensée de Hegel.
VÉRA. — Logique de Hegel. !. — 3t
nié dans ses déterminations, l'être supprimé, lequel est l'essence. Dans la mesure l'essence est déjà en soi, et le processus de la mesure ne consiste qu'à poser ce qu'elle est en soi. — La conscience ordinaire conçoit les choses sous la raison de l'être, et les considère suivant la qualité, la quantité et la mesure. Cependant ces déterminations immédiates ne se produisent pas comme des déterminations rigides, mais comme des déterminations qui fondent l'une dans l'autre, et l'essence est le résultat de leur dialectique. Dans l'essence on n'a plus un passage (1), mais seulement un rapport (2). La forme du rapport n'est d'abord dans l'être que comme notre réflexion; dans l'essence, au contraire, le rapport est sa détermination propre. Lorsque dans la sphère de l'être le quelque chose passe dans l'autre, le quelque chose disparaît (3). Il n'en est pas de même dans l'essence. Ici nous n'avons pas (Vautre véritable, mais seulement la différence, le rapport de l'un avec son autre (4). Par conséquent, le passage de l'essence n'est point un passage; car dans le passage des différences de l'une dans l'autre, les différences ne disparaissent point, mais elles subsistent dans leur rapport. Dans Yêtre et le non-être, par exemple, nous avons
(1) Ucbergehen.
(2) Beziehung.
(3) Ce qui s'applique également à Vautre, car l'autre aussi disparaît en passant dans le quelque chose. Cela veut dire que les deux termes, par cela même qu'ils sont encore des termes immédiats, des termes dont l'un n'est pas médiatisé par l'autre, en passant l'un dans l'autre, ne se retrouvent pas l'un dans l'autre; ou, comme il est dit ci-dessous, chacun est pour soi, c'est-à-dire, chacun existe d'une façon immédiate et indépendante.
(4) Des Einen auf sein Anderes : de l'un des deux termes avec son autre terme, c'est à-dir<? pvec un terme qui est une partie de lui-même.
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l'être qui est pour soi (1), et le non-être qui est tout aussi bien pour soi. Il en est tout autrement du positif et du négatif. Ces catégories contiennent bien les déterminations de l'être et du non-être. Mais le positif n'a, pris en lui-même, aucun sens, et il est essentiellement en rapport avec le négatif. 11 en est de même du négatif. Dans la sphère de l'être, le rapport (2) n'est qu'en soi; dans la sphère de l'essence, au contraire, il est posé. C'est là en général ce qui distingue les formes de l'essence de celles de l'être. Dans l'être tout est à l'état immédiat, dans l'essence tout est relatif (3).
(1) Fur sich : pour soi: c'est-à-dire, indépendamment du négatif.
(2) Bezogenheit : la relativité.
(3) La mesure est une des catégories à la fois les plus importantes et les plus difficiles. Elle est des plus importantes, parce qu'elle contient les déterminations générales des rapports de la quantité et de la qualité, et, par conséquent, le fondement d'une théorie mathématique de la nature. Les mouvements des corps célestes sont réglés par la mesure, de même que les différentes espèces de plantes et d'animaux ont une mesure déterminée. Chaque membre de l'animal et de la plante a une mesure déterminée, c'est-à-dire, une quantité et une qualité par lesquelles il est eu rapport avec tous les autres, et chaque espèce est également déterminée par sa mesure. Lorsque uous mesurons, et qu'en mesurant nous ne croyons que compter, nous mesurons en réalité pour déterminer, et nous déterminons en même temps la qualité. C'est ainsi, par exemple, qu'en mesurant la longueur des cordes, ou la longueur et le nombre des vibrations de l'éther, nous avons en vue la différence qualitative des sons ou des couleurs, et nous déterminons cette différence, ou bien nous combinons les substances chimiques dans une cer • taine proportion, pour connaître la mesure déterminée de ces combinaisons, c'est-à dire, des quantités qui contiennent des qualités déterminées. Quant à la difficulté, elle Yient de ce que dans cette combinaison de la quantité et de la qualité l'une cache, pour ainsi dire, l'autre, et que par là on est amené à omettre l'une d'elles, ou à les confondre. — Voici maintenant quelles sont les principales déterminations de la mesure. Il faut d'abord se rappeler que dans la mesure la quantité n'est plus une quantité indéterminée et indifférente à toute limite, mais une quantité qui a une limite déterminée, limite qui fait la qualité de l'être même où elle se trouve. Tout être a une
liSli LOGIQUU. '■ — PREMIÈRE PARTIE.
mesure. Dès que sa mesure cesse, l'être tout entier avec sa quantité et sa qualité est détruit. Maintenant, la mesure est d'abord mesure à l'état immédiat, mesure qui n'est pas encore médiatisée, qui n'est qu'en soi, et qui partant n'est pas encore en et pour soi. Par conséquent, la quantité et la qualité, tout en étant inséparables, ne se sont pas encore identiQées, et la mesure est une régie déterminée, mais arbitraire (le pied, la longueur du pendule, uue température ou une unité de chaleur, ou d'autres mesures semblables), ou, si Ton veut, une quantité spécifiée, et qui spécifie d'autres quantités. Mais comme elle contient une quantité, ce n'est pas seulement la quantité d'un terme autre qu'elle, mais c'est sa propre quantité qu'elle mesure et spécifie. Cependant, par là qu'ici ni la quantité n'est encore la qualité, ni celle-ci la quantité, ou, ce qui revient au même, par là que la quantité et la qualité sont encore distinctes, la quantité conserve dans la mesure son caractère indéterminé, ce qui fait qu'elle peut, jusqu'à un certain point, changer, sans que la qualité change aussi. Mais, d'un autre côté, par là même que la quantité et la qualité sont ici réunies dans la mesure, la quantité ne peut changer que dans une certaine limite, et lorsqu'elle dépasse cette limite la qualité elle-même se trouve détruite. C'est ainsi, par exemple, que l'augmentation ou la diminution de la température n'affecte pas d'abord la qualité de l'eau; mais lorsque ces changements dépassent une certaine limite, l'eau se change en vapeur ou en glace. Dans la sphère de l'esprit, ces rapports ont moins d'importance, en ce qu'ils sont subordonnés à des rapports supérieurs. Ils y jouent cependant un rôle. Ainsi la vertu se change eu défaut, l'économie devient parcimonie et avarice, la libéralité profusion, lorsqu'elles dépassent certaines limites. La législation d'un État doit, jusqu'à un certain point, s'harmoniser avec son étendue, et il y a une limite au delà de laquelle son agrandissement est la cause de sa ruine. Les Grecs avaient déjà remarqué cette propriété et cette contradiction de la mesure, sans en trouver la solution, et ils lui avaient donné une forme populaire dans les arguments bien connus du tas de blé et de la calvitie. Ce qui fait le tas de blé n'est pas seulement la quantité, mais aussi la qualité, c'est-à-dire, ce qui constitue le tas ; car le même nombre de grains pourrait ne pas constituer un tas, de sorte que l'ou pourra ajouter ou soustraire des grains, sans former ou détruire un tas; mais, d'un autre côté, il y a un point au delà duquel on aura, ou ou n'aura pas un tas. Ces arguments, comme le fait remarquer Hegel, ne sont point des sophismes ou des discussions oiseuses de l'école, car outre qu'ils expriment le besoin qu'éprouve l'esprit de saisir ces déterminations et ces rapports, ils ont une importance pratique. — Ainsi donc on a une mesure qui, par cela même qu'elle est variable, appelle une autre mesure, c'est-à-dire, on a deux mesures qui se mesurent l'une l'autre, et dont l'une n'est telle que par rapport à l'autre, et dans son union avec l'autre, ce qui fait que la quantité et la qualité de l'une sont invariablement liées à la quantité et à la qualité de
DOCTRINE DE e'ÊTRE. — MESURE. 485
l'autre. Tel est, par exemple, le rapport de la température générale d'un milieu, et de la température spécifique des corps qui se trouvent dans ce milieu; tel est aussi le rapport du temps et de l'espace dans la loi de la chute, ou dans la loi du mouvement des corps célestes. (Voyez sur ce point Grande Logique, liv. 1er, 111e §, ch. Ier; et Philosophie de la Nature, § ccxlvii et suiv.) D'où il suit que le changement de la quantité ou de la qualité de l'un des deux termes entraîne le changement de l'autre. Mais, comme on est ici dans la sphère de la mesure, tout changement de mesure ne fait qu'amener une nouvelle mesure ou un nouveau rapport dont les termes sont également deux mesures. On a ainsi une série, ou plusieurs séries indéfinies de mesures qui sont liées par un rapport invariable, ce qui revieut à dire que chaque terme a un rapport quantitativement et qualitativement déterminé avec un autre terme quelconque de la série; de sorte que non-seulement dans chaque mesure la quantité détermine la qualité, et celle-ci la quantité, mais la quantité et la qualité de chaque mesure déterminent la quantité et la qualité de tout autre mesure, ou, pour mieux dire, de la série entière, et sont, à leur tour, déterminées par elle. Cela amène dans la mesure uu état d'affinité et de neutralité (exemple, affinité chimique), parce que chaque mesure, tout en étant en rapport avec les autres mesures (affinité), garde son indépendance vis-à-vis d'elles, et les neutralise dans son unité. Mais dans une série ainsi constituée chaque terme n'est ce qu'il est que par, et dans un autre terme, et comme il est en rapport avec tous les termes, il suit que l'on a un cercle de rapports où chaque terme, tout en conservant sa nature propre, peut se substituer à l'autre. — Exemples, les équivalents chimiques, ou les rapports des sons. — Ainsi l'on a une série de mesures, une ligne nodale (Knotenlinie) , comme l'appelle Hegel, composée de termes à la fois distincts et identiques, discrets et continus, extensifs et intensifs, pouvant se remplacer les uns les autres, et former, chacun dans un système de mesures, soit la mesure principale, soit l'un des membres du système : par exemple, un son peut former le son fondamental, ou bien un son quelconque dans un autre système d'accords. Par conséquent, on a un système de mesures où chaque mesure, tout en étant elle-même et pour soi, est dans une autre mesure et se continue en elle, et elle n'est elle-même et pour soi qu'en se continuant dans une autre, ou, ce qui revient au même, qu'autant qu'elle est niée par une autre, et qu'elle nie cette autre à sou tour. Ce qui se trouve posé par là c'est la suppression de la mesure (dasMaasslose), c'est-à-dire la substitution d'une mesure à une autre mesure, et, au fond, riudiflereoce et l'identité de toute mesure, et partant de la quantité et de la qualité, en d'autres termes, V Essence [Das Wesen). — Dieu est la maure de toutes choses, est une nouvelle définition de Dieu, et une définition [dus profonde que : Dieu est VÊtre. — Ici viennent se placer dans la Grande Logique une critique des théories de T'erthollet et de Berzelius sur leà affi-
nités et les équivalents chimiques, des considérations sur la loi de la chute des corps, et une critique de l'explication que l'on donne du mouvement accéléré ou retardé des corps célestes, à mesure qu'ils s'approchent du périhélie ou de l'aphélie.