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PRINCIPE DE CONTRADICTION

Comme chaque chose doit être identique avec ellemême, et qu'on ne peut concevoir qu'elle soit autre qu'ellemême et contraire à elle-même, il suit que toute pensée qui est d'accord avec ce critérium est vraie, et que toute pensée qui est en désaccord avec lui est fausse. Et comme conséquence de ce principe, on nous enseigne qu'entre deux attributs opposés il ne saurait y avoir de terme intermédiaire, et que, par conséquent, si l'un d'eux est affirmé, l'autre doit être nécessairement nié du même sujet. Tel est le fameux principe de contradiction et ftexclusi tertii que la logique érige en principe absolu de la connaissance. Pour nous, nous n'hésitons pas à affirmer que c'est ce principe qui est la source des erreurs les plus opiniâtres et les plus invétérées, et qui oppose une barrière insurmontable à une connaissance systématique et vraiment rationnelle. Et ici aussi nous voyons l'ancienne logique tomber dans des inconséquences analogues à celles que nous venons de signaler. Car après avoir posé ce principe, elle le

perd de vue, et admet des théories qui sont en opposition avec lui. Comment concilier, par exemple, la théorie de la division avec le principe de contradiction, lorsque la règle fondamentale delà division est que le genre doit être divisé en espèces irréductibles, c'est-à-dire en espèces dont les attributs sont opposés entre eux? Car, il est évident que ces espèces et ces attributs coexistent dans le genre, et que, par conséquent, un seul et môme terme peut contenir des qualités opposées. Ainsi, blanc et noir coexistent dans le genre couleur, rationnel si irrationnel 'dans le genre animal, etc., et couleur, animal, etc., sont le tertiûm quid, le moyen qui enveloppe la contradiction. Et, en effet, il n'y a pas de principe à qui la raison et l'expérience donnent plus de démentis qu'au principe de contradiction, et s'il est admis comme règle du vrai, c'est, il faut le croire, qu'il n'est pas convenablement compris.

Une chose ou un sujet, nous dit-on, ne saurait être autre que lui-même, c'est-à-dire, ne saurait posséder une qualité contraire à une autre qualité, ce à quoi on ajoute, pour rendre la formule plus précise, qu'il ne saurait la posséder en même temps, et sous le même rapport. Ainsi, un corps qui est blanc ne saurait être noir, ou un corps qui est léger ne saurait être pesant, en même temps et sous le même rapport qu'il est blanc ou léger. C'est là le sens qu'on attache généralement au principe de contradiction. Et ainsi y entendu, nous en convenons, il faut bien l'admettre, mais en nous hâtant d'ajouter qu'il n'a pas de valeur scientifique, bien plus, qu'il est puéril. Personne, en effet, ne s'avisera de contester qu'une chose n'est pas blanche pendant et en tant qu'elle est blanche, que la lumière n'est pas la lumière, ou

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que l'ombre n'est pas l'ombre. Mais la question est de savoir si la contradiction est une loi nécessaire des choses, un principe absolu qui gouverne le tout ainsi que les parties, et sans lequel ni le tout, ni les parties ne sauraient exister. Car, peu importe de savoir que l'être vit réellement pendant et en tant qu'il est vivant, ou que tel individu est vivant, le point essentiel et décisif étant de savoir si à côté de la vie il y a la mort, si la mort est également nécessaire et également bienfaisante, et si elle contribue tout aussi bien que la vie à la beauté , à la conservation et à l'harmonie des choses. De même, il serait insensé de dire que l'homme pleure pendant qu'il rit, ou qu'il veille pendant qu'il dort. Mais ici aussi la vraie question est de savoir si ces oppositions existent et doivent exister dans l'homme. C'est là la vraie signification du principe de contradiction ; et si on l'entend ainsi, on découvrira aisément ce qu'il y a de fallacieux et d'irrationnel dans le sens que lui donne l'ancienne logique et dans l'usage qu'elle en fait. Car, on verra que, loin que l'identité et la non-contradiction soient la règle du vrai, elles sont une source d'illusion et d'erreur, que la différence, l'opposition et la contradiction constituent la loi universelle des choses, et qu'il n'y a rien ni sur la terre ni dans le ciel, pour nous servir de l'expression de Hegel, qui échappe à cette loi. Dans la nature tout est contradiction et lutte, et il n'y a ni on ne saurait concevoir d'être, depuis l'obscur insecte qui rampe à la surface de la terre, jusqu'aux vastes masses qui roulent dans l'espace, qui pourrait exister sans la présence d'éléments, de tendances et de forces opposés. Dans les mathématiques, l'opposition est dans le nombre, dans la ligne, dans le plan

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et dans les solides, — l'opposition de l'unité el de la dualité, du nombre pair et du nombre impair, du nombre entier et du nombre fractionnaire, de la ligne droite et de la ligne brisée, de la ligne perpendieulaire et delà ligne verticale, etc. Dans le domaine de la morale, nous rencontrons les oppositions de la liberté et de la nécessité, et l'antagonisme des tendances et des motifs de l'action. Dans la métaphysique et dans les autres sphères de la pensée nous trouvons les oppositions de la cause et de l'effet, de la substance et des accidents, de l'infini et du fini, etc.; et enfin, si nous considérons l'homme, nous verrons qu'il est composé d'éléments le plus contradictoires, d'âme et de corps, de joie et de tristesse, d'amour et de haine, de rire et de larmes, de santé et de maladie, etc., et qu'il est de tous les êtres celui où la contradiction et la lutte sont le plus intenses. Et quiconque voudra porter un regard impartial et attentif sur l'univers verra que, bien loin que l'absence de la contradiction soit la loi fondamentale des choses, plus nombreuses et plus profondes sont les contradictions dans un être, plus remplie est son existence, et plus haute sa perfection (1).

(1) Voy., sur ce point, outre ce qui suit, notre Introd. à la Phil. de Hegel, et notre écrit, l'Hégélianisme et la Philosophie.

Si les règles el les principes posés par la logique formelle sont arbitraires et irrationnels lorsqu'on les considère en eux mêmes et dans leur signification abstraite, il suit qu'ils doivent également Telre dans leur application, et qu'ils doivent mutiler et pervertir dans la science et dans l'esprit en général les notions naturelles et vraies des choses, et engendrer la confusion, Terreur, et de fausses habitudes intellectuelles. Et, pour commencer par le principe de contradiction, si, comme nous venons de le montrer, l'univers est, pour ainsi dire, un système de contradictions (1), une logique qui enseigne que le principe de contradiction est le critérium du vrai ira au rebours de la nature même des choses. En effet, si ce principe était vrai, il serait logique de dire : « X homme est un être doué de la faculté de rire ; » mais il serait illogique d'affirmer que

(1) Il va sans dire qu'ici nous nous bornons à faire ressortir ce qu'il y a d'irrationnel dans le principe de contradiction, car c'est là l'objet de la discussion actuelle. Nous verrons plus bas quel est le rôle, et quelle la limite de la contradiction,

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« l'homme eut un être doué de la faculté de pleurer. » Et si dans les choses ordinaires et dans l'ordre des faits la contradiction est admise malgré et contre le principe de contradiction, nous ferons observer qu'il n'en est pas ainsi dans les questions spéculatives, ou qui roulent sur des matières bien plus importantes, mais éloignées de l'usage ordinaire et placées au-dessus de l'appréciation générale. Car ici trompés et égarés par ce principe, nous refusons d'admettre et nous admettons tour à tour sans règle et sans dicernement la contradiction, refusant de l'admettre pour tel ordre de faits ou d'êtres, et l'admettant pour tel autre, et, qui plus est, refusant d'admettre ici, et sous une forme, la même contradiction que nous avons admise ailleurs, et sous une autre forme. Et il ne faut pas un grand effort pour voir que la plupart des opinions ou des théories erronées ont leur source dans l'exclusion de la contradiction. Car si tous leshommessont égaux, et qu'il n'y ait pas ft inégalité naturelle entre eux, il suit nécessairement que l'organisation actuelle de la société, où l'inégalité est reconnue et sanctionnée, est contraire à la nature, et que, par conséquent, ceux qui proclament l'égalité des droits et des biens, le nivellement du pouvoir, des classes et de l'éducation, sont les organes légitimes de la nature et de la vérité. L'opinion suivant laquelle les formes absolues de gouvernement — monarchique ou démocratique — seraient plus parfaites et plus ralionnelles que les mixtes n'a pas d'autre fondement, toute forme absolue excluant la contradiction. On trouvera des exemples semblables dans les autres branches de la connaissance, dans la morale, dans la physique et dans la métaphysique. Ainsi.

ceux qui enseignent que l'homme est un être purement sensible, et que la sensibilité constitue le fond même de la nature humaine, s'ils sont conséquents, enseigneront dans la morale que la sensation et le plaisir sont le seul principe et la seule règle de l'action ; comme au contraire ceux qui prétendent que c'est la raison — c'est du moins ainsi qu'ils l'appellent — qui constitue l'homme, enseigneront que le devoir et le bien sont le seul mobile légitime de nos actions. De même, ceux qui enseignent que l'homme est absolument libre > et ceux qui enseignent que la nécessité est la loi universelle des choses, fondent leur doctrine sur le principe de contradiction. En un mot, si l'on admet le principe de contradiction, il faut ou mutiler la réalité, supprimer, pour ainsi dire, la moitié de l'univers, et substituer des notions étroites, arbitraires et artificielles à la nature concrète des choses, ou bien éluder la difficulté par des inconséquences, ou par des distinctions purement verbales, en disant, par exemple, que la droite et la courbe peuvent être considérées comme identiques, leur différence étantsipetitequ'onpeutn'enpastenircompte^uquel'ombre et le froid ne sont pas des réalités, mais des privations de la lumière et du chaud, comme si la privation dans un être pouvait exister sans un principe qui la produit, ou comme si elle n'était rien. Et puis ici l'un des termes de la contradiction — nous voulons dire l'ombre ou le froid — est considéré comme une simple privation, et ailleurs, dans la polarité, ou dans la contradiction de la liberté et de la nécessité, il devient un principe réel; car le pôle négatif, ainsi que la liberté, sont considérés comme des réalités vis-à-vis de leurs contraires. Et dans la

kh CHAPITRE Vil.

détermination dos rapports de l'infini et du fini, de Dieu et du monde, on commence par séparer absolument Dieu du monde, et puis, lorsqu'on en vient à déterminer la nature divine, on rapproche Dieu du monde, et l'on finit par lui attribuer une liberté, une conscience et une personnalité faites à limage de celles de l'homme. Ou bien, après avoir posé en principe (pie l'absolu est libre de toute contradiction, on enseigne que Dieu est miséricordieux et inexorable dans sa justice, qu'il est le Dieu de la paix et le Dieu de la guerre, qu'il est le principe de la vie et te principe de la mort, admettant et niant ainsi, tour à tour, ce que Ton a nié ou admis ailleurs et sous une autre forme, et jetant par là toute pensée et toute connaissance dans une confusion inextricable (1).

Examinons maintenant les théories logiques dans leur application à la connaissance soit spéculative, soif expérimentale.

Et d'abord, pour ce qui concerne cette dernière, si on l'examine de près, on verra que ce n'est que subrepticement, en donnant à ses principes une portée plus haute (pie celle qu'ils possèdent réellement, et en franchissant ses propres limites que la logique prétend fonder une science expérimentale. Et, en effet, nous avons d'un côté la proposition universelle comme condition nécessaire de toute connaissance démonstrative et strictement scientifique, et, de l'autre, nous avons des faits, des individus, des phénomènes distincts et séparés. Or, si la proposition universelle (peu importe ici qu'elle soit une conclusion

f\) Voy. plus bas, ch. XI et XII.

obtenue par induction, ou la majeure d'une déduction) est considérée comme une simple forme de la pensée, c'est-àdire comme une forme qui n'a aucun rapport objectif et consubstantiel avec la chose à démontrer, l'argument logique appliqué à l'expérience n'est qu'une illusion. Si entre homme individu et homme espèce il n'y a qu'un l'apport subjectif, lorsque je prétends prouver que tel homme est réellement mortel, parce que Y homme l'est, ou bien, que tous les hommes sont mortels, parce que tel et tel homme ou quelques hommes sont mortels, je ne fais que mettre ensemble des formes et des mots qui ne concernent en rien la nature des choses que je démontre, et en réalité et objectivement il n'y a point de démonstration. L'argument ne saurait donc être réellement concluant qu'à la condition qu'il y ait entre Yindividuel et Yimiverscl, entre le fait et le principe, le fini et Y infini, une communauté de nature, une union consubstantielle semblable à celle de cause et ft effet, de substance et d'accident. Mais une telle connexion est en dehors et au delà des limites de la logique formelle. Bien plus, c'est cette connexion que la logique formelle rejette expressément, comme je l'ai déjà montré (1), et comme je le montrerai plus explicitement dans la suite (2).

Passant maintenant de la connaissance expérimentale à la connaissance spéculative et métaphysique, nous verrons

(l)Ch. i.

(2) Voy. plus bus, ch. VIII. — L'induction n'est qu'une démonstration imparfaite, dit Arisiote. Cela est vrai. Mais il faut dire plus : il faut dire que l'induction; comme tout argument fondé sur la logique formelle, ne prouve absolument rien, par là même que cette logique prétend ne s'occuper que des formes subjectives de l'entendement, et ne garautir que la légitimité

qu'ici aussi la logique formelle est loin d'accomplir ce qu'elle nous promet, qu'elle est loin, veux-je dire, de fonder cette connaissance par des procédés légitimes et rationnels.

L'objet suprême de la connaissance métaphysique est, strictement parlant, l'absolu, et l'absolu par cela même qu'il est l'absolu, est le principe dernier et le plus évident de la démonstration. C'est là ce que veulent dire les expressions « Dieu est la lumière de l'intelligence : il est l'idéal de l'univers : il est la Pensée et F Etre: rien ne saurait se concevoir ni exister sans lui. » Toutes ces expressions et d'autres expressions semblables impliquent nécessairement la notion que l'absolu est aussi l'absolu principe de la démonstration, Il n'en est cependant pas ainsi lorsqu'on s'en tient aux règles de la logique formelle ; car, suivant ces règles, l'absolu n'est d'aucun usage dans la démonstration. Et, en effet, la fonction que l'absolu peut remplir dans la démonstration est ou celle de petit terme, ou celle de grand terme, ou celle de moyen terme, ou celle de deux d'entre eux à la fois. C'est là le cercle des suppositions que l'on peut taire à l'égard de l'absolu. Maintenant, il est évident que l'absolu ne saurait remplir la fonction de petit terme, car le petit terme est toujours démontré, tandis que l'absolu démontre et ne peut être démontré* Mais il ne saurait non plus être le grand terme, puisque le grand terme n'est pas le moyen, et que c'est le moyen qui

tic ces formes. Lorsque de la chute des corps ou conclut à la loi universelle de la pesanteur, quelque supposition qu'on fasse, et à quelque point de vue qu'on se place, cet argument n'a de valeur qu'autant qu'il y a un rapport ontologique et métaphysique entre le phénomène et la loi, entre l'effet H sa cause.

joue le rôle le plus important dans le syllogisme. Enfin, il ne saurait constituer le moyen terme, car le moyen, étant une espèce, est contenu dans le genre, et il lui est inférieur (1). Ainsi, ni le grand terme, par là même qu'il n'est ni l'espèce ni le moyen, ni le moyen, par là même qu'il n'est pas le genre ou le grand terme, ne peuvent fournir le terme absolu de la démonstration. Reste la dernière supposition, suivant laquelle l'absolu consisterait dans l'union de deux termes, de l'espèce et du genre, ou du moyen et du grand terme ; de sorte que, lorsque, par exemple, nous disons : « Dieu ou l'absolu est l être parfait, ou possède toutes les perfections » , les deux termes Dieu et toutes les perfections seraient aussi intimement unis que l'un ne saurait se concevoir sans l'autre. Mais cette supposition ne lève pas non plus la difficulté. De fait, les deux termes de la proposition sont-ils absolument identiques? En ce cas, il n'y a en réalité qu'un seul terme, et leur distinction est purement verbale. Ou bien, sont-ils réellement et matériellement distincts? En ce cas, s'ils sont unis, leur union ne peut s'effectuer qu'en vertu d'un troisième terme, lequel par la raison même qu'il les unit leur est supérieur. Ce serait donc ce troisième terme qui, dans cette supposition, constituerait l'absolu. Enfin, soit que les propositions absolues, telles que les suivantes : « L'être absolu est la source de toute perfection; ou : la cause absolue est le principe de toutes choses ; ou : le beau et le bien sont les principes de toute beauté et de tout bien ; » soit, dis-je, que ces propositions et d'autres propositions semblables soient ou ne soient pas

(1) Voy. plus haut, ch. V.

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formées de genres et d'espèces, soit que leurs termes soient identiques ou différents, elles ne peuvent fournil' le principe — la majeure — d'aucune démonstration absolue, comme on peut s'en assurer en essayant de les combiner dans un syllogisme (1).

Le point qui se trouve établi par cette discussion est que la logique formelle ne saurait se concilier avec les principes qui constituent le fondement, ou la majeure de toute démonstration, et qu'en se conformant aux règles de cette logique on ne peut déduire de ces principes aucune conclusion légitime. Si maintenant nous prenons la contre-partie de la question, ou, si l'on veut, la question par l'autre bout, par la conclusion, nous arriverons à un résultat identique, et nous nous assurerons qu'on ne peut obtenir de connaissance métaphysique par syllogisme (dans la conclusion). Par là notre démonstration se trouvera achevée.

On a déjà remarqué que toutes les tentatives faites

(1) On pourrait dire peut-être qu'un argument tel que celui-ci : « La cause absolue est le principe de toutes choses ; » Dieu est la cause absolue ; » Donc Dieu est le principe de toutes choses; » est logiquement et formellement concluant. Mais, au fond, il n'y a pas d'argument du tout. Bien plus, c'est là un argument qui s'écarte des règles delà logique formelle elle-même. Car, eu accordant même que Dieu et cause absolue soient deux termes distincts, en ce que la causalité peut être regardée comme constituant un des attributs de Dieu, cause absolue, qui est un attribut de Dieu (dans la mineure), ne saurait constituer le moyen terme, ou le principe de la démonstration; ni à plus forte raison Dieu, dont la causalité n'est qu'un attribut, ne saurait remplir le rôle de petit terme, ou de cette partie de la proposition qui est démontrée. Ce serait plutôt le contraire qui devrait arriver. Nous voulons dire que c'est la mineure qui devrait prendre ici la place de la majeure. — Mais avec une proposition telle que celle-ci : « Dieu » est l" causalité absolue, » ou ne saurait tirer aucune conclusion.

pour prouver par syllogisme, et par un argument à priori (qui strictement parlant est la seule démonstration métaphysique, ou, pour mieux dire, la seule démonstration) (1) l'existence de Dieu ont échoué. La raison en est bien simple : c'est que ni Dieu, ni rien de ce qui appartient à Dieu (attributs ou perfections) ne sauraient se démontrer par voie de syllogisme ; car Dieu étant l'absolu démontre tout, et par suite rien ne peut le démontrer. Ainsi il n'y a d'existence ni d'être qui puisse démontrer Dieu qui est Y Etre (2) ; en d'autres termes, il ne peut y avoir de moyen terme ou de principe qui démontre Dieu, son existence ou sa nature. Car un principe qui démontrerait Dieu serait supérieur à Dieu, ce qui implique. Ainsi toutes les preuves de celle espèce sont ou des combinaisons purement verbales, ou des cercles. C'est ce dont nous pourrons nous assurer en analysant la fameuse preuve métaphysique

(i) Les seules preuves réellement spéculatives de l'existence de Dieu sont celles tirées de l'idée, ou d'une idée primitive, pour nous servir d'une expression plus usitée, telle que l'idée de Vinfini, de Yabsolu, de Y être parfait, etc., contemplées eu elles-mêmes, et indépendamment de toute donnée expérimentale. — Les arguments inductifs, tels que ceux connus sous le nom de preuves physiques, ne sont pas à proprement parler des arguments démonstratifs, car ils présupposent non-seulement la preuve métaphysique, mais la notion absolue elle-même sur laquelle ils sont fondés. En effet, de la perception des causes finies, ou de la beauté, de la proportion et de l'harmonie qui régnent dans l'univers nous ne pourrions nous élever à la contemplation d'une cause, ou d'une finalité absolue, si ces notions ne préexistaient pas dans l'esprit, et ne nous étaient pas suggérées par lui.

(2) Nous laissons ici aux termes leur acception ordinaire, c'est-à-dire le sens où ils sont pris non-seulement dans l'usage commun, mais dans la science en général, et cela pour faire mieux ressortir l'insuffisance de l'ancienne logique. Mais nous avons montré ailleurs (Introd. à la Phil. de Hegel);, et l'ou verra aussi plus loin que si la définition « Dieu est l'Être » est bien une définition de Dieu, c'est la définition la [dus élémentaire et la plus vide, VÉRA.— Logique île Hegel. I. ~ 4

tirée de l'idée de l'Infini ou de Y Etre parfait, lorsqu'elle est présentée sous forme syliogistique (1).

Le point à démontrer est Yexistence de Dieu, et l'élément essentiel et décisif de la preuve, ou, pour parler plus exactement, la preuve entière réside dans l'idée primitive iel' Infini ou de Y Etre parfait-, car c'est de cette idée, et par le procédé analytique qu'on doit faire sortir les trois termes du syllogisme. Or, on peut voir, en quelque sorte, à la simple inspection qu'un syllogisme ainsi formé doit être un cercle. En effet, en affirmant Y Infini, ou j'affirme une réalité, un être réel, ou je n'affirme qu'une simple représentation subjective, une certaine forme de la pensée, qui ne possède pas d'entité objective. Dans ce dernier cas, il n'y a point de syllogisme ; car il n'y a pas plus de connexion

(1) Kant a fait, comme on sait, la critique de celte preuve, et sa critique n'a qu'un but et un résultat négatifs. Il s'applique à démontrer par l'analyse de la forme syliogistique, d'une part, et par celle de l'idée de l'infini, de l'autre, que non-seulement on ne peut prouver l'existence de Dieu par voie de syllogisme, mais qu'on ne peut la prouver d'aucune façon et par aucun autre procédé. — Son argument est (et c'est là le fil régulateur, et le fond de la philosophie critique) que nous ne sommes pas autorisés à affirmer la réalité transcendante de l'infini ou des idées en général, parce que nous ne pouvons ramener cette réalité, ou l'objet qu'elles expriment et représentent à une intuition sensible, c'est-à-dire, que pour la philosophie critique ce n'est pas l'idée qui fournit le critérium et la garantie du vrai, mais le phénomène. L'idée n'est qu'une forme subjective à l'aide de laquelle nous classons, nous ordonnons les phénomènes et nous les ramenons à l'unité, mais qui objectivement n'a point de réalité. Ainsi, la philosophiecritique tient par ses éléments essentiels, d'un côté, au sensualisme, et, de l'autre, à la logique formelle. Les catégories et les idées ne sont que des formes qui jouent un rôle semblable à celui des formes de cette logique. Ce que Kaut appelle idées, concepts, catégories, l'ancienne logique l'avait aussi appelé catégories, ou bien genres et espèces. — Pour l'un comme pour l'autre, ce ne sont que des formes subjectives de la pensée qui n'ont aucun rapport objectif et consubstantiel avec les choses. Conf. : plus bas, eh. XII. et notre I>lrod. à la Phil. de Hegel, ch. II. § iv.

entre Y existence réelle de l'infini et Vidée de l'infini qu'entre ourse animal et ourse constellation. Si, au contraire, en affirmant rinfini, j'affirme une réalité, j'affirme par là, et en même temps l'existence de l'intini, ou de l'être infini, et en ce cas la conclusion est contenue, non virtuellement et implicitement, mais actuellement et explicitement dans la majeure. Car lorsque nous posons comme principe de la démonstration que « V Infini est F être qui possède toutes les perfections, » nous admettons, et nous ne pouvons ne pas admettre que l'Infini existe, autrement la proposition n'aurait pas de sens (1).

Par là notre démonstration se trouve complétée ; car nous avons établi que l'entrée dans le domaine de la métaphysique est interdite à la logique formelle, et qu'elle lui

(1) L'argument est celui-ci :

« L'infini ou l'être parfait doit posséder toutes les perfections. » L'existence est une perfection.

» Donc l'être parfait existe, ou l'existence appartient à l'être parfait.» On peut aisément voir que ce syllogisme est fautif, à quelque point de vue qu'on l'examine, même en nous conformant aux règles de la logique formelle. Car c'est un syllogisme de la seconde figure avec deux prémisses affirmatives, tandis qu'une d'elles devrait être négative. Mais lors même qu'on accorderait que dans ce cas particulier les prémisses pourraient être par exception toutes deux affirmatives, on ne saurait tirer d'elles aucune conclusion légitime. En effet, la conclusion serait : « Vélre parfait existe, » ou « Vexistence appartient à Vêlre parfait. » Dans le premier cas, c'est le sujet de la conclusion qui serait le grand extrême, tandis que c'est le petit extrême qui devrait l'être ; dans le second cas, ce n'est qu'en intervertissant la position naturelle des termes, et en mettant la pensée et le langage à la torture que la conclusion est obtenue. Car si l'existence est un attribut ou une perfection de Dieu, elle doit occuper la place de l'attribut, et non celle du sujet.

Les remarques contenues dans cette note et dans ce paragraphe s'appliquent également à toute preuve spéculative de l'existence et des attributs de Dieu, ou, pour mieux dire, à tout argument qui prétend démontrer l'absolu, les idées et l'essence des choses suivant les règles de la logique formelle

est interdite parles deux bouts opposés de ses opérations, nous voulons dire par la majeure et par la conclusion : par la majeure, parce qu'elle ne saurait rationnellement employer l'absolu comme principe de la démonstration, ainsi que nous l'avons montré dans la première partie de cette recherche; parla conclusion, parce qu'elle ne saurait démontrer l'absolu, comme nous venons de le voir.

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