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L\ LOGIQUE FORMELLE CONSIDÉRÉE ABSTRACT1VEMENT

gisme. Pounjiioi en est-il ainsi, on ne nous ledit point. Je me trompe, on nous le dit, et la raison qu'on nous en donne, e'est que l'espèce qui est intermédiaire entre l'individu, ou les espèces inférieures et le genre peut seule fournir le moyen terme. Mais alors c'en est fait de la théorie des termes, et avec la théorie des termes de la théorie du syllogisme, puisque le syllogisme ne saurait être construit qu'à la condition que l'espèce soit contenue dans le genre. Ce n'est pas tout. Si dans un syllogisme pris séparément c'est l'espèce qui joue le rôle principal, dans une série de syllogismes e'est le genre qui reprend le premier rang. Ainsi, lorsque l'espèce a besoin d'être démontrée, c'est au genre que l'on a recours. Si l'on suppose, par exemple, que la majeure du syllogisme :

Tous les Européens sont mortels.

Les Français sont Européens, Donc, etc. ,

ait besoin d'être prouvée, le moyeu terme du nouveau syllogisme sera un genre, le genre hommeou fous tes hommes, par exemple; et, si ce second syllogisme doit être prouvé, c'est à un genre encore plus haut que l'on aura recours, tel (pic tous les êtres corporels, ou tous les êtres créés. Ainsi, dans la théorie des termes, le genre est. supérieur à l'espèce, dans la théorie du syllogisme, il est tantôt supérieur et tantôt subordonné à l'espèce; il est subordonné à l'espèce dans un seul syllogisme, il est supérieur à l'espèce clans une série de syllogismes, et tout cela, non conformément à des règles fixes et bien définies, c'est-à-dire conformément à la logique rationnelle, mais pour satisfaire aux exi-

VÉRA. — Logique de Hegel. I. — 3

olx CHAPITRE V.

gences arbitraires, et pour dissimuler les contradictions et les impossibilités de la logique formelle (1).

Ces remarques seront complétées par ce qui va suivre. Mais, pour donner un exemple de la manière dont on traite cette science, qui, à ce qu'on nous dit, doit nous apprendre à raisonner et à distinguer le vrai du faux, nous terminerons ce paragraphe par un passage tiré d'une des logiques les plus populaires de l'autre côté de la Manche, nous voulons parler de la logique du docteur Whately. Nous citons ce passage, parce que, à notre gré, il caractérise et résume les principes et les procédés de l'ancienne logique (2).

Après avoir défini la logique, la science du raisonnement et non de la raison (voulant dire par là que la logique n'a rien de commun avec la métaphysique), Fauteur, lorsqu'il arrive à la théorie des termes, nous dit que parmi les termes il y en a qui expriment Y essence des choses. (Mais qu'est-ce que la métaphysique, si ce n'est la science de l'essence des choses?) Puis il ajoute que le terme qui exprime Y essence entière [the whole essence) est Yespèce, et que le genre et la différence expriment, le premier l'élément matériel ou la matière, et la seconde l'élément forme/

(l) C'est cette contradiction qui, dans l'application, donne naissance à ces théories opposées dont Tune, en suivant l'échelle ascendante des termes, cherche le principe de la démonstration, la cause et l'absolu, dans l'attribut et dans le plus haut genre; et l'autre, en suivant l'échelle descendante, la cherche dans le sujet et l'espèce, et va même jusqu'à l'individu. Le passage que je cite du Dr Whately représente l'embarras où l'esprit est jeté par ce double courant logique en sens inverse, et il peint fort bien la confusion, les erreurs et les difficultés inextricables dans lesquelles il se trouve engagé par suite des habitudes créées par l'ancienne logique, •2) Voy. Whately, Logic^ p. 129-31.

LA LOGIQUE FORMELLE COISSIDËKÉE ABSTRACWEMëNT. 35

et caractéristique fa cette essence. Et plus loin, il continue en disant qu'en réalité ce n'est pas le genre qui contient Y es* pèce, mais que c'est l'espèce qui contient le genre, et que, lorsqu'on appelle le genre un tout, et qu'on dit qu'il contient l'espèce, il n'y a là qu'une expression métaphorique \ par laquelle on veut seulement dire que le genre contient l'espèce dans sa signification la plus étendue, de sorte que homme est une expression plus riche et plus complète (more full and more complète), bien que moins étendue qu'animal. Et la théorie est couronnée par la remarque que, si l'espèce homme est plus riche et plus complète que le genre animal, Y individu est, à son tour, plus riche et plus complet que l'espèce.

Ce passage montre tout ce qu'il y a d'artificiel, d'inconséquent et de trompeur dans l'ancienne logique. Car, il est évident que si l'individu est plus riche et plus complet que l'espèce et le genre, c'est l'individu qui doit fournir le principe de la démonstration. Mais que deviennent alors le syllogisme et la proposition universelle qui est la forme parfaite delà démonstration, ou, pour mieux dire, la seule démonstration ? Ensuite que signifient ces mois, que le genre constitue la matière, et l'espèce la forme de l'essence'.' Dans les théories d'Aristolc ces mots ont un sens, quelle que puisse être la valeur de ces théories. Car comme, suivant Aristole, toutes choses sont composées de matière et de forme, le genre, qui est un élément plus indéterminé que l'espèce, exprime la matière, et l'espèce, par là même qu'elle est plus déterminée que le genre, exprime la forme, Mais ces considérations appartiennent à l'ontologie et à la métaphysique, et elles n'ont un sens qu'autant qu'on

reconnaît un rapport, et un rapport intime enlre la logique et la métaphysique. Par conséquent, ceux qui commencent par établir une séparation entre ces deux sciences, et qui prétendent qu'elles n'ont rien de commun entre elles, n'ont pas le droit d'introduire ces considérations et ces définitions dans la logique. En outre, si le genre ne comprend que métaphoriquement l'espèce, en ce cas, le sujet de la majeure et le sujet delà mineure ne seront contenus que métaphoriquement dansleurs attributs. Et ainsi le syllogisme ne sera qu'une combinaison de métaphores, c'est-à-dire que le syllogisme qui doit démontrer, et en démontrant rendre les idées claires et distinctes, expliquer directement les choses et établir entre elles des rapports nécessaires et absolus, ira en quelque sorte au rebours de l'intelligence et de ce que lui-même nous promet. Car l'intelligence cherche le sens propre et direct, et l'enchaînement objectif et nécessaire des choses. Et c'est là aussi ce que nous promet, mais ce que ne saurait accomplir le syllogisme, s'il est vrai qu'il ne se compose que d'éléments métaphoriques. Mais ce qu'il y a déplus étrange dans ce passage, c'est que l'espèce y est d'abord présentée comme expiimnniY essence entière des choses, et quelques lignes plus bas X individu y est donné comme plus riche et plus complet que X espèce. Or, peut-on concevoir rien de plus illogique qu'une telle proposition? Peut-on concevoir, voulons-nous dire, qu'il y ait un principe plus riche et plus complet que Y essence même des choses?

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