VI AVANT-PROPOS
graphes. Il y avait là, il faut le dire, une lacune. Et cette lacune je la fais disparaître dans la présente édition, où j'ajoute textuellement ces appendices. Je dois, en outre, avouer que des inexactitudes s'étaient glissées dans l'interprétation du texte, qu'il y avait des passages où la pensée du texte n'était pas fidèlement rendue , et d'autres où j'avais cru pouvoir m'en écarter pour m'accommoder aux exigences de la langue, ou aux habitudes intellectuelles de mes lecteurs présumés. Toutes ces taches je me suis appliqué à les faire disparaître dans la présente édition, en soumettant mon travail à une minutieuse et complète révision ; de telle sorte que cette édition, soit par les additions nombreuses et importantes qu'elle contient, soit par la scrupuleuse fidélité avec laquelle le texte y est rendu, est une édition vraiment nouvelle. La seule partie de la première édition à laquelle j'ai cru ne devoir rien changer c'est mon Introduction. C'est qu'elle forme un tout auquel il m'a semblé que je ne pourrais toucher sans troubler l'harmonie des parties. J'ai donc pensé que je ferai mieux de placer ici les considérations que j'ai trouvé convenable d'y ajouter.
Il y a, comme on pourra le voir, deux points que je me suis surtout attaché à démontrer dans cette Introduction : le premier c'est qu'on ne saurait concevoir que deux Logiques, l'ancienne Logique, connue sous le nom de Logique d'Aristote, ou bien de Logique formelle et subjective, et la Logique hégélienne; le second c'est que^
AVANT-PKOPOS. VU
considérée en elle-même (1), l'ancienne Logique est nonseulement insuffisante, mais fausse, et que par suite la Logique véritable, ou, pour mieux dire, la seule Logique véritable, est la Logique telle qu'elle a été conçue et tracée dans ses traits fondamentaux et essentiels par Hegel. Ces points, je crois les avoir établis de façon à ne pas laisser de doute dans l'esprit de celui qui voudra y donner sérieusement son attention .
Mais il y a d'autres Logiques qui ont paru dans ces derniers temps, et parmi ces Logiques il en est une qu'on dirait imaginée tout exprès par son auteur pour recueillir l'héritage hégélien, et le recueillir en rejetant la Logique de Hegel dans l'ombre et en s' établissant sur ses ruines. C'est des Recherches logiques (Logischen Untersuchungen) de Trendelenburg que je veux parler. Et c'est sur ce livre que je me bornerai ici à présenter quelques observations, les autres Logiques, telles que la Logique de M. Mill, par exemple, n'ayant pas, à mon avis, une importance sérieuse et vraiment scientifique (2).
(1) Je dis considérée en elle-même, car on retrouve bien l'ancienne Logique dans la Logique hégélienne, mais on l'y retrouve comme un moment subordonné, comme une Logique transformée qui a reçu une nouvelle et plus haute signification, une nouvelle et plus haute fonction dans la Logique hégélienne elle-même.
(2) Qu'est-ce que la Logique de M. Mill? Est-elle une Logique formelle, ou bien une Logique objective, ou comme on voudra l'appeler? Ou bien encore, est-elle une Logique quelconque? Or, je dis que la seule réponse qu'on puisse faire à ces questions, c'est qu'elle est un amas confus, indigeste et superficiel de toutes les sphères de la connaissance., ce qui veut dire qu'elle est le contraire de ce qu'elle prétend, et de ce qu'elle doit être.
VIII AVANT-lMIOl'OS.
Et qu'il nie soit d'abord permis de rappeler que je me suis déjà occupé de cette œuvre de Trendelenburg dans la Préface de la deuxième édition de mon Introduction à la Philosophie de Hegel, où je me flatte d'avoir démontré qu'elle est, je ne dirai môme pas une imitation et une reproduction, mais une falsification de la Logique de Hegel. C'est cette démonstration que je me propose de compléter ici.
On sait, ou du moins ceux qui ne sont pas étrangers aux travaux de la philosophie allemande savent que Trendelenburg, après avoir adopté la signification et la forme objectives et absolues de la Logique de Hegel, a cru pouvoir se permettre de remplacer la première triade hégélienne (première, bien entendu, dans l'ordre de l'abstraction), c'est-à-dire Y être, le non-être et le devenir, par une autre triade, l'être, la pensée et le mouvement. La première question qui s'offre naturellement à l'esprit en présence de cette triade est celle-ci : qu'est devenu le non-être dans cette dialectique, et comment la pensée et le mouvement, et par suite tout le reste ont-ils pu se produire sans le non-être? Car il est évident que pour aller en avant le non-être est tout aussi nécessaire, plus nécessaire même que l'être. Mais que le lecteur se rassure, le non-être n'est pas perdu, et il paraîtra en temps et lieu. Seulement il ne fera pas son entrée par la grande porte, mais par une porte dérobée et sous un faux déguisement.