XVIII
Comme on ne saurait tracer a l'avance le dessin général d'une doctrine philosophique par la raison que l'exposition de l'idée implique le développement entier des diverses parties de la science, par cette même raison on n'en saurait
(1) Pour bien saisir ce passage, il faut se placer au point de vue de l'identité de la connaissance et de son objet. En partant de ce point de vue, il est évident que la notion de l'objet se confond avec la notion de la science, et comme la science, dans lesenséminent du mot,etla philosophie ne font qu'un, la philosophie et son objet se confondent aussi. S'il en est ainsi, on ne peut pas dire que la philosophie ait un commencement quant à son objet. Son commencement n'a lieu que par rapport au sujet qui se livre à la recherche philosophique, tandis que dans les autres sciences il y a un commencement aussi bien pour l'objet que pour le sujet. Or, comme pour Hegel c'est la pensée qui fait l'unité des choses, le point de départ de la science, ainsi que son terme extrême, sont l'œuvre d'un acte libre de la pensée. La différence qui existe à cet égard entre le commencement et la fin, c'est que la pensée, au terme de sa carrière, s'est saisie complètement elle-même, et s'est retrouvée dans son objet. Et il faut remarquer que cette évolution de la pensée est contenue dans la notion même de la science ; car dans la notion de la science se trouvent contenues la scission du sujet et de l'objet, et leur unité tout ensemble. Mais puisque par cet acte suprême et absolu la pensée se reconnaît comme principe absolu, elle se reconnaît aussi comme constituant le point de départ de la connaissance, et par là elle identiGe le commencement et la On de la connaissance. Tout autre connaissance, de quelque façon qu'on l'envisage, et à quelque degré qu'on la prenne, doit être considérée comme un préliminaire, comme un moyen dont l'objet final est d'élever la pensée à cette forme absolue de l'existence. — Voy. Introd. àla Phil. de Hegel, chapitres IV et VI; plus haut, Introd. §§ ix et xm ; et Philosophie de l'Esprit, § 573 et suiy.
donner la division hors de ce développement et de cette exposition. On ne peut donc indiquer ici la division ainsi que le dessin général du système que par anticipation.
L'idée se produit comme pensée identique avec elle-même, mais qui est en même temps comme activité qui s'oppose à elle-même pour être pour soi, et qui ne se sépare pas d'ellemême dans cette opposition. La science se divise ainsi en trois parties, c'est-à-dire en :
1° Logique, ou science de Vidée en et pour soi ;
2° Philosophie de la nature, ou science de Vidée dans son existence extérieure (\) ;
3° Philosophie de l'esprit, comme idée qui revient sur elle-même de son existence extérieure.
On a déjà remarqué (§ xv) que les différentes sciences philosophiques sont autant de déterminations de l'idée, et qu'elles ne sont que l'idée qui se déploie dans ses différents éléments. Dans la nature, aussi hien que dans l'esprit, c'est l'idée que Ton retrouve; mais là c'est l'idée qui a pris la forme d'une existence extérieure, ici c'est l'idée qui existe et devient en et pour soi. Telle détermination où l'idée se manifeste est un moment qu'elle parcourt sans s'y arrêter, Par conséquent, une science particulière doit être considérée comme ayant un objet, un contenu propre, mais aussi comme ne formant qu'un degré à travers lequel on s'élève à une sphère supérieure. La division a l'inconvénient de
(1) Le texte porte: in ihrctn Anderseyn, qui littéralement veut dire : dans son être-autre quelle-même. L'idée est identique avec elle-même en ce qu'elle n'est qu'idée pure, universelle et absolue. Elle s'oppose à elle-Eième en ce qu'elle est idée extérieure à elle-même, dans le temps et dans l'espace. Elle est pour soi, et ne sort pas d'elle-même en ce qu'elle se retrouve dans l'Esprit comme unité de la Logique et de la Nature.
présenter les différentes parties de la science l'une à côté de l'autre, comme si c'étaient des éléments entre lesquels il n'y a aucune connexion interne, et qui sont séparés par une différence substantielle, telle que la différence des espèces (1).
(1) Eu effet, l'ancieiiDe logique considère les espèces comme des éléments irréductibles, et cela tout en admettant que les espèces ont leur unité dans le genre. Ainsi, si l'on se représente les divisions de la science de la même façon dont l'ancienne logique se représente les espèces, on ne pourra saisir le passage d'une sphère de la science à l'autre, parce qu'il n'y pas de passage d'une espèce à l'autre.
VËRÀ. — Logique de Hegel. I. — 14