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La pensée en tant qu'entendement s'arrête à des déterminations immobiles et à leur différence, et ces abstractions limitées, elle les considère comme ayant une existence indépendante, et comme se suffisant à elles-mêmes.

doute et du scepticisme, qui ne deviennent eux-mêmes que des moments, mais des moments subordonnés de la pensée, ou, si l'on yeut, de l'absolue pensée.

(1) Par là même que l'entendement maintient la détermination dans un état de séparation. Voyez § suivant. »

Zusatz. Lorsqu'on parle de la pensée en général, ou de la connaissance (1), on n'a généralement devant les yeux que l'activité de l'entendement. Sans doute la pensée est d'abord pensée suivant l'entendement (2), mais elle ne s'arrête pas à l'entendement, et la notion n'est point une simple détermination de l'entendement. — L'activité de l'entendement consiste à marquer son contenu de la forme de l'universel ; mais cet universel posé par l'entendement est un universel abstrait qui, comme tel, est maintenu dans un état d'opposition avec le particulier , ce qui fait qu'il se trouve lui-même déterminé comme un élément particulier. Par là que l'entendement procède à l'égard de son objet par voie de division et d'abstraction, il est l'opposé de l'intuition et de la sensibilité immédiates qui, comme telles, se meuvent dans le cercle des existences concrètes.

C'est sur cette opposition de l'entendement et de la sensibilité que sont fondés les reproches si souvent répétés qu'on adresse ordinairement à la philosophie, et qui consistent à accuser la pensée de roideur et d'exclusivisme, et de conduire dans ses conséquences à des résultats fâcheux et dissolvants. Si ce reproche a un fondement, il faut dire d'abord que ce qu'il atteint ce n'est pas la pensée en général, ou, pour parler avec plus de précision, la pensée rationnelle, mais la pensée suivant l'entendement. Mais il faut ajouter que cette pensée a, elle aussi, sa valeur et ses droits dont il faut tenir compte avant tout, et qui consistent en ce que tout aussi bien dans la sphère pratique que dans la sphère théorique on ne saurait atteindre à aucun point

(1) Begreifen.

(2) Verstdndiges Denken.

VÉRA. — Logique de Hegel. 1. — 24

fixe, à aucun principe déterminé, sans le concours de l'entendement. Quant à la connaissance, elle commence en se représentant les objets dans leur différence déterminée. C'est ainsi, par exemple, qu'elle différencie dans la la nature les substances, les forces, les espèces, etc., et qu'elle les fixe en les isolant de cette façon. Ici c'est la pensée qui se comporte comme entendement, en suivant le principe d'identité , du simple rapport avec soi. C'est suivant cette identité que la connaissance procède d'abord dans ses développements ultérieurs et en passant d'une détermination à l'autre. Ce qui a lieu particulièrement dans les mathématiques, où la grandeur est la détermination qu'on développe à l'exclusion de toute autre. Conformément à ce principe la géométrie compare les diverses figures entre elles, en faisant ressortir leur identité. Dans d'autres sphères de la connaissance, dans la jurisprudence, par exemple, on procède également d'abord suivant l'identité. — Cela a lieu aussi dans la sphère pratique où l'on ne saurait se passer de l'entendement. Lé caractère rentre dans le domaine de l'action, et un homme de caractère est une homme qui agit suivant l'entendement (1), qui a devant lui des fins déterminées, et qui poursuit ces fins avec fermeté. Celui qui veut accomplir quelque chose de grand, doit, comme ditGœthe, savoir se limiter. Celui qui veut tout, ne veut en réalité rien et n'accomplit rien. Il y a une foule de choses intéressantes en ce monde. La poésie espagnole, la chimie, la politique, la musique, tout cela est fort intéressant, et il n'y a pas de mal à s'y intéresser.

(1) Verstdndiger Mensch.

Mais pour accomplir comme individu dans une position donnée une œuvre, on doit s'attacher à un objet déterminé, et ne point éparpiller ses forces. C'est ce qui est vrai de toute profession, et c'est en se servant de l'entendement qu'on la suit. Le juge, par exemple, doit s'en tenir à la loi, c'est conformément à la loi qu'il doit rendre ses jugements, et il ne doit pas s'en écarter par telle ou telle considération, et regarder à droite et à gauche pour découvrir des excuses. — L'entendement est en outre un moment essentiel de l'éducation. L'homme cultivé ne se contente pas de vues obscures et indéterminées, mais il saisit les objets dans leur nature déterminée, tandis que l'homme grossier flotte dans le vague, et souvent il faut beaucoup de peine pour lui faire entendre de quoi il est question, et l'amener à fixer le point déterminé dont il s'agit.

Maintenant, comme, d'après les explications qui précèdent, l'idée logique ne doit point être entendue dans le sens d'une simple activité subjective, mais bien plutôt comme idée absolument universelle, et partant comme idée objective aussi, ceci s'étend également à l'entendement, qui est la première forme de l'idée logique. On doit ici considérer l'entendement comme analogue à ce qu'on appelle bonté de Dieu, en tant qu'on entend par là que les choses finies sont, qu'elles subsistent (1). C'est ainsi qu'on reconnaît la bonté de Dieu dans la nature, par exemple, en ce que les différentes classes et espèces, tout aussi bien des plantes que des animaux, sont fournies de tout ce qui leur est nécessaire pour se conserver et se perpétuer. Il en est de même

(1) Cl. plus loin §81. luzatz.

de l'homme, des individus et des nations, qui trouvent eux aussi ee qui leur est nécessaire pour leur conservation et leur développement, soit sous forme d'un objet immédiat, le climat, la nature et les produits du sol, etc., soit sous forme de disposition, détalent, etc. Envisagé de cette façon, l'entendement intervient dans toutes les sphères de l'univers, et un objet ne saurait atteindre à la plénitude de son existence si l'entendement n'y joue pas le rôle qui lui appartient. Celte société, par exemple, est incomplète chez laquelle les états et les conditions ne sont pas différenciés d'une façon déterminée, et les fonctions et les pouvoirs politiques ne sont pas organiquement constitués, à l'égal de ce qui a lieu, par exemple, dans la sensibilité, dans le mouvement, dans la digestion ; en un mot, dans les différentes fonctions de l'organisme animal développé. — On aperçoit par ce qui précède que l'entendement intervient, et doit intervenir dans la mesure qui lui appartient, même dans ces sphères qui, d'après l'opinion ordinaire, paraissent en être le plus éloignées. Ceci s'applique surtout à l'art, à la religion et à la philosophie. Ainsi dans l'art l'entendement intervient, par exemple, en maintenant et en représentant les diverses formes de la beauté dans leur différence. Ce qui a lieu aussi à l'égard d'une œuvre d'art prise individuellement. C'est la condition de la beauté et de la proportion d'un drame que les caractères des différents personnages y soient tracés avec tout le fini et avec toute la précision qu'ils demandent, comme aussi que les fins et les intérêts divers y soient clairement et nettement représentés. Si nous considérons le domaine religieux, nous verrons comment la mythologie grecque, par exemple (en faisant abstraction des

autres différences du contenu et de la façon de le concevoir), l'emporte sur la mythologie du nord, par là que ses dieux y revêtent une forme déterminée et plastique, tandis les dieux de la dernière s'évanouissent, si l'on peut ainsi dire, les uns dans les autres dans des conceptions confuses et indéterminées. Enfin, que la philosophie elle-même ne puisse se passer de l'entendement, c'est ce qu'il est à peine besoin de noter d'après les explications qui précèdent. C'est surtout la philosophie qui doit saisir chaque pensée dans sa plus grande précision, et ne doit rien laisser dans le vague et l'indéterminé.

Mais il faut ajouter aussi que l'entendement ne doit point aller au delà de ses limites; et l'on doit dire que, loin de constituer la plus haute sphère, il constitue bien plutôt une sphère du fini, et qu'il est ainsi fait qu'arrivé à sa limite extrême il se change en son contraire (1). C'est la façon de la jeunesse de se jeter dans des abstractions, tandis que l'homme qui a l'expérience de la vie ne se laisse pas séduire par des abstractions telles que le oit ceci, ou cela, mais il s'attache à la nature concrète des choses.

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