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y) Le moment spéculatif ou de la raison positive saisit l'unité des déterminations dans leur opposition ; c'est l'affirmation qui est contenue dans leur conciliation et dans leur passage de l'une à l'autre.
1° La dialectique a un résultat positif, parce qu'elle a un contenu déterminé, où, si l'on veut, parce que son résultat n'est pas une négation vide, abstraite, mais la négation des déterminations affirmées (1), et qui sont contenues dans le résultat par cela même que celui-ci n'est point une négation immédiate, mais un résultat. 2° Par conséquent, bien que ce moment rationnel soit un moment pensé, et aussi un moment abstrait (2), il est en même temps un moment concret, en ce qu'il n'est pas une unité simple et formelle, mais l'unité de déterminations différentes. L'objet de la philosophie n'est donc nullement l'abstraction vide, ou la pensée formelle, mais la pensée concrète. 3° La logique spéculative contient la logique de l'entendement, et l'on pourrait la changer en cette dernière. Il n'y aurait pour cela qu'à y retrancher l'élément dialectique et rationnel. Elle deviendrait ainsi ce qu'est la logique ordinaire, c'est-à-dire une description (3) et un assemblage d'un certain nombre de déterminations de la pen-
(1) Gewissen : certaines^ connues, qu'on a affirmées, et qui entrent comme éléments déterminés dans le résultat.
(2) Abstrait en tant que pensé, et relativement aux choses concrètes empiriques.
(3) Eine Historié.
sée auxquelles on accorde une valeur infinie dans leur finité (1).
Zusatz. D'après son contenu la raison est si peu la propriété exclusive de la philosophie qu'il faut plutôt dire qu'elle existe pour tous les hommes, quel que soit le degré de leur éducation et de leur développement spirituel. C'est en ce sens qu'on a, à juste titre, depuis l'antiquité, défini l'homme un être doué de raison. La façon générale empirique de connaître l'être rationnel (2) est d'abord celle qui consiste k partir d'opinions préconçues et d'hypothèses, et suivant les considérations exposées plus haut (§ 45), l'être rationnel est l'être inconditionnel, qui par suite renferme en lui-même sadéterminabilité. C'est là le caractère de l'être rationnel. C'est en ce sens que l'homme a avant tout la connaissance de l'être rationnel, en tant qu'il a la connaissance de Dieu, et qu'il se représente Dieu comme l'être absolument déterminé par lui-même. C'est de cette même façon qu'un citoyen a la connaissance de son pays et de ses lois, en tant que cette connaissance est la connaissance de l'être rationnel ; car son pays et ses lois ont pour lui une valeur générale à laquelle il soumet sa volonté individuelle ; et enfin, c'est dans le même sens que le savoir et le vouloir de l'enfant sont déjà un savoir et un vouloir rationnels en tant que l'enfant connaît le vouloir de ses parents, et veut suivant leur vouloir.
(1) En effet, les formes logiques, telles que les conçoit et les présente la logique ordinaire, ne sont que des formes finies, et cependant on les considère et on les emploie comme si elles avaient une valeur infinie.
(2) Das Vernunftige : le rationnel, l'être, l'objet, le contenu rationnel, ou la raison subjectivement et objectivement entendue.
Maintenant l'être spéculatif en général n'est antre chose que l'être rationnel, et l'être rationnel positif, en tant qu'il est pensé. Dans la vie ordinaire on emploie le mot spéculation dans un sens très-vague et en même temps subordonné. C'est ainsi qu'on parle de spéculation dans le mariage, par exemple, ou dans le commerce, entendant simplement parla, d'une part, qu'il faut aller au delà dece qu'on a immédatement devant soi (1), et, d'autre part, que ce qui fait le contenu de la spéculation est d'abord un moment purement subjectif, qui cependant ne doit pas rester comme tel, mais qui doit se réaliser ou s'objectiver.
On peut dire de l'emploi qu'on fait communément du terme spéculation ce qu'on a fait remarquer plus haut relativement à l'idée, en ajoutant que ceux-là mêmes qui se placent parmi les esprits les plus cultivés bien souvent nousparlentdela spéculation comme d'un procédé purement subjectif, entendant par là qu'une certaine façon de concevoir les différents états et les différents rapports de la nature ou de l'esprit peut être, en la considérant du point de vue purement spéculatif, très-belleel très-juste, mais qu'elle ne s'accorde pas avec l'expérience, et qu'on ne saurait permettre que dételles conceptions s'établissent dans la réalité. Mais il faut dire, au contraire, que la spéculation dans sa signification véritable n'est point, soit comme procédé provisoire et préalable, soit comme procédé définitif, un procédé purement subjectif, mais bien plutôt le procédé qui
(1) Das unmiltelbar Vorhandene: ce qui existe, ce qui est donné d'une façon immédiate. Ainsi dans un mariage d'inclination, on s'en tient à l'objet immédiat et sensible; dans un mariage de spéculation, au contraire, on va au delà de cet objet.
TROISIÈME RAPPORT DE LA PENSÉE AVEC l'oRJET. 385
contient ces oppositions auxquelles s'arrête l'entendement (et partant aussi l'opposition du sujet et de l'objet), qui les contient comme des moments qu'il s'approprie, et qui par suite s'affirme comme principe concret, et comme totalité. Cela fait que la proposition ne saurait exprimer le contenu spéculatif. Par exemple, la proposition « l'absolu est l'unité du sujet et de l'objet,» est exacte, mais elie est exclusive en ce qu'on n'y exprime que l'unité, que c'est sur l'unité que, pour ainsi dire, on met l'accent, tandis que dans le fait le sujet et l'objet ne sont pas seulement identiques mais différents aussi.
Relativement à l'acception du mot spéculatif, nous devons ici rappeler que Ton a entendu par là ce que, relativement à la conscience religieuse et à son objet, on a autrefois désigné par le nom de mysticisme. De nos jours, qui dit mystique, dit généralement mystérieux et incompréhensible, et suivant la différence de l'éducation et de la façon de sentir, l'objet mystérieux et incompréhensible pour les uns contient l'essence et la vérité, pour les autres est une source de superstition et d'erreur. A cet égard nous remarquerons d'abord que l'objet mystique est bien un objet arcane, mais qu'il Test seulement pour l'entendement, et cela précisément par la raison que l'identité abstraite est le principe de l'entendement, tandis que l'être mystique (en tant qu'équivalent à l'être spéculatif) est l'unité de ces déterminations, que l'entendement ne tient pour vraies que dans leur état de séparation et d'opposition. Par conséquent, ceux qui, d'un côté, reconnaissent dans l'être mystique la vérité, mais qui ne veulent voir, d'un autre côté, dans cet être qu'un objet imperscrutable, enseignent en
VÉRA. — Logique de Hegel. I. — 25
réalité que l'activité de la pensée n'est que l'activité de l'identité abstraite, et que par cela même, pour atteindre à la vérité, il faut se défaire de la pensée, ou, comme on s'exprime ordinairement, il faut emprisonner la raison. Mais, ainsi que nous venons de le voir, la pensée abstraite et suivant l'entendement est si peu la pensée véritable, la plus haute pensée, qu'elle se supprime plutôt elle-même et passe dans son contraire, tandis que la pensée rationnelle comme telle est précisément cette pensée qui contient les contraires comme des moments idéeaux (1). Tout ce qui est rationnel peut donc être appelé mystique, mais seulement en ce sens qu'il dépasse les limites de l'entendement, et nullement parce qu'on doit le considérer comme inaccessible et incompréhensible à la pensée (2).
La logique se divise en trois parties qui contiennent :
1° La doctrine de l'être;
2° La doctrine de l'essence ;
3° La doctrine de la notion et de F idée.
En d'autres termes, elle contient la doctrine de la pensée :
1. Dans son immédiatité, ou la doctrine de la notion en soi ;
T Dans sa réflexion et dans sa médiation, ou la doctrine de l'être pour soi, et de l'apparence de la notion .
(1) ldeelle Momente : des moments de l'idée ou de la pensée, des moments que la pensée pose et traverse, et enveloppe dans sou unité.
(2) Dans ces remarques Ilégcl a principalement eu vue le mystère de la trinité, et les diverses façons dont on l'envisage,
3° Dans son retour sur elle-même et dans son développement au dedans d'elle-même, ou la doctrine de la notion enetpoiw soi.
Zusatz. On doit regarder la division que nous donnons ici de la logique, ainsi que l'ensemble des remarques que nous venons de présenter sur la pensée, comme des considérations anticipées qui trouveront leur justification, ou, si l'on veut, leur démonstration dans l'exposition systématique (1) de la pensée elle-même; car pour la philosophie démontrer veut dire montrer comment un objet se fait par lui-même, et en tirant de lui-même ses développements (2), ce qu'il est. — Le rapport réciproque où se trouvent les trois degrés principaux de la pensée, ou de l'idée logique, on doit en général l'entendre de cette façon que la notion est la vérité première, et que la vérité de l'être et de l'essence vient après; de l'être et de l'essence qui, lorsqu'on les maintient dans leur état d'isolement, ne contiennent pas la vérité (3), l'être parce qu'il n'est que le premier moment immédiat, et l'essence parce quelle n'est que le premier moment médiat (4). On pourra
(1) Durchgefùhrten Abhandlung : exposition., recherche qui parcourt, qui embrasse tous les moments de sou objet.
(2) Durch und an sich selbst.
(3) Als unwahr : comme non vrais, comme faux ; et ils sont faux en ce sens qu'ils ne sont que des abstractions.
(4) En effet, l'être comme tel n'est pas seulement un moment immédiat, mais il est le premier moment immédiat, la première immédiatité, ou la pure immédiatité, et il n'est que cela (es nur erst das Unmittelbare ist) ; et l'essence à soo tour n'est pas seulement un moment médiat, mais le premier moment médiat, ou la pure médiation (es nur erst das Vermittelte ist.) La notion, au contraire, est l'unité de l'immédiatité et de la médiation, et si on la considère comme notion immédiate, sou immédiatité n'est point l'immédiatité première, c'est-à-dire abstraite de l'être, mais une immédiatité concrète,
ici demander pourquoi, s'il en est ainsi, commence-t-on par le faux au lieu de commencer par le vrai. A cela on pourra répondre que la vérité, précisément parce qu'elle est la vérité, doit se démontrer elle-même, et ici dans la logique la démonstration consiste en ce que la notion se démontre comme se médiatisant par elle-même et avec elle-même, et partant comme constituant l'immédiatité véritable (1). Le rapport de ces trois degrés de l'idée logique se produit sous une forme plus concrète et plus réelle de cette façon, savoir, que Dieu qui est la vérité n'est connu par nous dans cette vérité (2), c'est-à-dire entant qu'esprit absolu, qu'autant que nous reconnaissons en même temps que le monde engendré par lui, c'est-à-dire la nature et l'esprit fini, en tant qu'ils se distinguent de Dieu, n'est pas de vérité (3). — « La logique (dit encore Hegel, Grande logique, Divis. pages 30-52) doit opérer la fusion de Y être et de ]a notion, de telle façon que l'être apparaisse comme notion pure, et la notion comme l'être le plus réel et le plus vrai. L'être et la notion sont les deux moments de la logique ; mais il faut
une immédiatité qui contient l'être et l'essence eux-mêmes comme moments subordonnés.
(1) C'est-à-dire que cette démonstration est la position et le développement même du contenu de l'idée logique en tant que notion, ou, pour parler avec plus de précision, en tant qu'idée proprement dite, position et développement où l'idée démontre que c'est elle qui pose l'être et l'essence, et qu'elle les pose pour se médiatiser, c'est-à-dire pour être comme idée concrète et réelle, ou, pour mieux dire, comme idée.
(2) In dieser seiner Wahrheit : dans cetie vérité sienne, c'est-à-dire dans cette vérité qui est sa nature même, qui est lui-même.
(3) Ce qui veut dire que la nature et l'esprit fini, en tant qu'ils se distinguent de Dieu ou de l'esprit absolu, ne sont que des moments subordonnés de cet esprit, et en ce sens ils ne sont point la vérité, ils sont faux, umvahr. C'est donc dans l'esprit absolu, et dans l'unité de cet esprit qu'ils atteignent à leur vérité.
se les représenter comme inséparables, et non tels qu'ils nous apparaissent dans la conscience. La notion se divise en notion qui est — seyender Begriff — ou notion en soi, et en notion comme telle , on pour soi. La première s'applique à la nature inorganique, la seconde aux êtres organiques, aux animaux et à l'homme. Mais comme ces deux moments qui forment l'unité et la totalité de la notion se différencient, ils doivent être unis par un moyen terme. Le passage de l'être immédiat à la notion se fait à travers une série de déterminations réfléchies. — Reflexionsbestimmungen — où l'être touche à l'existence propre et interne — Insichseyn —de la notion, sans s'élever complètement jusqu'à elle ; ce qui fait que dans cette sphère la notion n'est pas encore pour soi, et qu'elle n'a qu'un rapport extérieur avec l'être immédiat. »