‹ Logique de Hegel (volume 2)Chapitre 26 sur 72 · S XIII · texte numérisé non relu

S XIII

Dans la forme ordinaire de l'histoire extérieure de la pensée, Torigine et le développement de la philosophie sont présentés comme une simple exposition des matériaux qui constituent cette science, et les degrés du développement de Tidée comme une série d événements qui se succèdent accidentellement , ou comme des principes différents qui se réalisent dans les divers systèmes. Mais celui qui travaille à cette œuvre est, depuis Torigine des temps, le même esprit vivant qui, par l'activité de sa pensée, se donne la conscience de lui-même et de son essence, qui se

(0 Le particulier est , suivant Hegel, un état de Tètre aussi bien que de la pensée, c'est-à-dire de Tidée. L'idée séparée du particulier n'est qu'une abstraction, et ne produit qu'un pur formalisme, en ce sens qu'elle ne iK)ntient pas la totalité de Tidée. Le propre de l'idée est de se réaliser dans le particiilier, et de reprendre ensuite sa forme générale dans laquelle se trouvent enveloppés les deux premiers moments. Ce sont ces trois moments qui forment la totalité de l"idée, ou l'idée concrète. Les sciences particulières commencent ce travail, qui doit ramener ridée à son existence absolue. Elles élaborent la ipatière fournie par l'expérience, elles lui impriment une forme générale, jusqu'à ce que la pensée philosophique vienne s'emparer de ce travail préparatoire, au fond duquel s'agite et fermente, si Ton peut dire ainsi, l'idée, et en mette en lumière la signification profonde et cachée.

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prend lui-même pour objet, et s'élève par là à son plus haut degré d'existence. L'histoire de la philoso^ phie montre dans les divers systèmes qui ont paru une seule et même philosophie qui a parcouru différents degrés, et elle prouve que les principes particuliers de chaque système ne sont que des parties d'un seul et même tout, La dernière philosophie dans l'ordre du temps est le résultat de toutes les philosophies précédentes, et doit, par conséquent, en contenir les principes. Elle est, si toutefois elle est bien une philosophie, la plus développée, la plus riche et la plus complète.

' REMAEQUE.

Dans un si grand nombre de doctrines philosophiques, il faut déterminer le général et le particulier d'après leurs caractères propres et distinctifs. Si Ton ne saisit le général que d'une manière formelle, et qu'on se borne à le juxtaposer au particulier, le général deviendra lui-même une existence particulière (1). Celui qui, dans les choses ordinaires de la vie, se représenterait ainsi le rapport du général et du particulier, passerait pour insensé. Tel serait, par

(4) Ps^ce que^ si on ne voit dans le général qu^ône simple forme subjective, ou si on n'établit pas des rapports de nature entre le général et le particulier, le général lui-même devient one chose imparfaite et particulière*

exemple, celui qui, désirant manger un fruit, rejetterait les cerises, les poires et les raisins, parce que ce sont des cerises, des poires et du raisin, et non le fruiU Cependant, quand il s'agit de la philosophie, on se croit en droit de la dédaigner, parce qu'il y a différentes pbilosophies, et que chaque philosophie constitue une philosophie, et non la philosophie, comme si les cerises n'étaient pas aussi des fruits.

Il arrive souvent aussi qu'un système qui est fondé sur le général et les principes se produit à côté de celui qui ne reconnaît que le particulier. Ou, pour mieux dire , qui nie toute connaissance philosophique. Ces deux systèmes sont considérés comme deux philosophies qui partent de points de vue différents. Autant vaudrait dire que la lumière et les ténèbres sont deux espèces différentes de la lumière.

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