‹ Logique de Hegel (volume 2)Chapitre 25 sur 72 · S XII · texte numérisé non relu

S XII

La philosophie, qui prend naissance dans la satisfaction de ce besoin, a pour point de départ l'expérience, c'est-à-dire la conscience immédiate et le raisonnement. Mais excitée comme par un appât, la pensée s'élève, par sa vertu propre, au-dessus de la

(0 C'est-à-dire que la solution dernière et absolue des contradictions réside dans la pensée et l'esprit. —Voy. PML de VEsprit, et mon Introduction^ ch. XIII. ^

(2) Il fait allusion à la sophistique.

(3) C'est-à dire que la connaissance immédiatene constitue pas une vraie connaissance, et que la pensée ne doit pas s'y arrêter, puisqu'en s'y arrêtant, elle se met en désaccord avec 'ellemême ; car la vraie connaissance est la connaissance médiane, ou avec négation.— Voy. § lx et suiv., et Logique passim.

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conscience naturelle, au-dessus des choses sensibles et du raisonnement, et se place dans l'élément de la pensée pure. C'est pour accomplir cette évolution qu'elle pose au début un terme qui lui est comme étranger, et qui soutient un rapport négatif avec elle. La pensée trouve, d'une part, sa satisfaction dans ridée de Tessence universelle du monde phénoménal (l'absolu. Dieu), idée qui peut être plus ou moins complète. D'autre part, la connaissance empirique elle-même est naturellement stimulée à effacer cette forme, où la richesse de son contenu se présente comme une existence immédiate et extérieure , comme un assemblage d'éléments qui se succèdent sans ordre, et d'une manière fortuite, et à élever ainsi ce contenu à la forme nécessaire de la pensée. C'est ce désir qu'éprouve la pensée d'atteindre à l'essence universelle, et la satisfaction qu'elle en dérive, qui est le point de départ et le mobile de ses développements. Se développer pour la pensée n'est autre chose que saisir son contenu et ses déterminations, en leur donnant la forme libre de la pensée pure , libre en ce sens qu'elle est conforme à leur nécessité interne.

REMARQUE

L'on déterminera par la suite, d'une manière plus précise et plus complète, le rapport d'un terme im--

médiat et d'un moyen terme dans la conscience (1). 11 faut seulement remarquer ici que si ces deux moments apparaissent comme distincts, aucun d'eux ne peut en réalité se produire sans l'autre, et qu'ils sont dans une connexion indissoluble. La connaissance de Dieu et de tout être suprasensible suppose Télévation de la pensée au-dessus de la sensation, et de l'intuition sensible. Elle contient, par conséquent, un rapport négatif avec cette première connaissance, et un moyen terme. Car il y a moyen terme toutes les fois qu'il y a commencement, et puis passage à un second terme, et qu'on n'arrive à ce second terme que par l'intermédiaire d'un autre. Ce qui ne veut pas dire que cetle connaissance de Dieu ne se suffit pas à elle-même visà-vis de la connaissance empirique, mais bien au contraire , qu'elle se place par là dans un état de parfaite indépendance, en effaçant l'expérience et en s'élevant au-dessus d'elle.

Mais si la médiation, pourra-t-on dire, est une condition essentielle de la connaissance, — et c'est là en effet ce qu'on ne saurait trop répéter, — la philosophie devra nécessairement son point de départ à l'expérience, à l'élément à posteriori. A cet égard, on dira do la pensée ce qu'on peut dire du manger. Car les aliments sont la condition du manger, puis- Ci) Vnmttelbarkeit und Vetituttelung;MéTaL\emeut,immédiatité et médiation. Nous traduirons ces mots par état, forme, terme, immédiat f et médiation, moyen terme, intermédiaire ^ etc., suivant les exigences de la langue*

qu'on ne saurait manger sans aliments. Mais le manger peut être accusé d'ingratitude, car il détruit la condition même de son existence. Or, comme la pensée est essentiellement la négation de Tobjet fourni par rexpérience, elle n'est pas, à cet égard, moins ingrate.

L'état propre et immédiat de la pensée, (Juî est en même temps un état de médiation, et qui par conséquent est le résultat d'un moyen terme, c*est l'universel , Va priori. Ici la pensée trouve en elle-même sa satisfaction, et elle est comme indifférente à l'égard du particulier et de son développement. Soit qu'elle ait revêtu la forme claire et développée de la science, soit qu'elle existe encore à Tétat de croyance et de sentiment, elle éprouve le même degré de satisfaction et de bonheur que la pensée religieuse.

Lorsque la pensée s'arrête à l'universalité de Tidée — Y être des Eléates et le devenir d'Heraclite en four'' nissent des exemples — on peut, avec raison, l'accuser de formalisme. Il peut aussi se faire que, dans une philosophie plus avancée. Ton ne saisisse que les propositions ou déterminations abstraites telles que celles-ci : <( Tout est àl'état (Vunitédansl^ absolu; le sujet et V objet sont identiques »> et que le particulier ne soit qu'une application, ou, pour mieux dire, une répé-^ tition de ces propositions (1). C'est donc avec raison

(1) 11 fait allusion à la théorie de Schelling. Suivant Schelling, il n'y a pas de différence qualitative ^ ,mals seulement une'

que Ton prétend, en présence de cette généralité abstraite de la pensée, que l'expérience est la condition du développement de la connaissance philosophique. Les sciences empiriques ne s'arrêtent pas à la perception des individualités phénoménales, mais elles s'élèvent aux déterminations générales des êtres, aux espèces et aux lois, et par là elles préparent et façonnent en quelque sorte la matière que la philosophie doit ensuite élaborer. C'est la pensée qui impose à ces sciences la nécessité de s'élever à ces déterminations plus concrètes, et cela en s'emparant de la matière sur laquelle elles opèrent, et en faisant disparaître son existence immédiate et empirique. Par là la pensée ne fait que se développer à travers un contenu qu'elle tire, au fond, d'elle-même. Mais si la philosophie doit aux sciences son développement, elle donne à son tour à leur contenu la forme libre — Va priori — de la pensée, et cette certitude qui repose sur la nécessité de la connaissance, certitude qu'elle met à la place de la croyance vulgaire et des faits d'expérience, qui ne sont qu'une manifestation

différence quantitative entre les choses. D*où il suit qu'on degré, une puissance de l'absolu ne diffère pas d'une autre puissance, et qu'un développement particulier deTabsolu, pris, par exemple, dans la nature, ne diffère point d'un développement quelconque pris dans l'esprit, ou même du développement total de l'absolu. On peut donc dire que dans ceUe doctrine l'on ne fait que reproduire à chaque degré ces propositions abstraites, tout est, e^c. Conf. mon Introd. à la philosophie de Hegel, chap. II.

et une image de Tactivité primitive et parfaite de la pensée (!)•

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