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Philosophie critique.
La philosophie critique a cela de commun avec l'empirisme, qu'elle considère Texpérience comme Tunique fondement de la connaissance. Mais pour elle la connaissance s'arrête au phénomène et n'atteint pas la réalité (1).
Cette philosophie part d'abord de la distinction des éléments que l'analyse démôle dans l'expérience , à savoir, la matière de la sensation et ses rapports gêné* roux. L'intuition sensible ne contenant, ainsi que nous l'ayons remarqué (§ précéd.), 'que des éléments individuels et variables , on y établit comme fait [als /ociMm) que l'universalité et la nécessité sont des conditions essentielles de l'expérience; et comme* ces éléments n'ont pas leur source dans l'expérience , on les fait venir de la spontanéité de la pensée. Ce sont ce qu'on appelle des éléments à priori. Ces déterminations de la pensée, ou notions de l'entendement, forment l'élément objectif ^2) de la connaissance ex-
(4) WàhrheUen, vérités. Hegel emploie indistinctement les mots vérité et réalité ^ ce qui est conforme à son point de vue suivant lequel la pensée et Tidée constituent la réalité, et la plus haute réalité. Ici la vérité^ c*est ce que.Kant appelle la ehose-en^soi, ou le noumène.
(8) Die Objectiviiàt, Vobjectmté , c'est-à-dire les formes subjectives suivant lesquelles les objets, ou la matière fournie par
périmentale; ils expriment des rapports et donnent naissance à des jugements synthétiques à priœn, c'està-dire aux rapports primitifs des contraires (1).
Montrer que les déterminations de Tuniversalitaet de la nécessité sont les éléments de la connaissance, ce n'est qu'indiquer un fait qui ne réfute pas le scepticisme de Hume. La philosophie de Kant constate seulement un fait, et Ton peut dire, en se servant du langage ordinaire de la science, qu'elle s est bornée à donner une nouvelle explication de ce fait (2) .
rexpérience est perçue par le sujet. D'après Kant, ces formes ou ces lois sont objectives en ce sens qu'elles sont universelles et nécessaires pour la perception de Tobjet, mais non en ce sens qu'elles constituent un élément intégrant de l'objet luimême.
{\) Cette renïarque s'applique plus particulièrement aux jugements synthétiques de la catégorie de relation, ou aux analogies de Vexpérience, comme Kant les appelle, où les contraires, cause et effet, substance et phénomène ^'^q trouvent primitivement réunis.
(2) Autre chose est déduire les lois de la pensée et montrer que ces lois sont à la fois le principe de la connaissance et de l'existence du particulier et de l'expérience, autre chose est se borner à rechercher par l'analyse les éléments nécessaires et universels de la connaissance. Dans le premier cas, l'on montre la nécessité et la réalité objective des principes et de leurs rapports avec l'expérience ; dans le second cas. Ton constate seulement ce fait, à savoir : que dans tout acte intellectuel il y a un élément contingent et relatif, et un élément nécessaire et absolu. C'est ce à quoi se borne la philosophie de Kant, et voilà pourquoi elle ne réfute pas le scepticisme de Hume ; car pour le réfuter il faudrait établir la réalité objective dès principes de l'intelligence.
278 INTRODUGTIOIf DE HEGEL.
SXLI.
La philosophie critique recherche quelle ^t la valeur des notions de l'entendement dans la connaissance et dans Tacte de la faculté représentative. Elle considère les déterminations de la pensée au point de vue de l'opposition de leur valeur subjective et objective, sans rechercher quel est leur contenu et leur rapport réciproque. Cette opposition, elle ne la fait d'abord porter que sur la différence des éléments dans la sphère de l'expérience (1 ). Ce qui constitue l'élément objectif c'est, suivant elle, l'universalité et la nécessité, c'est-à-dire les déterminations primitives de la pensée elle-même. Mais elle finit par agrandir cette opposition ; elle réunit dans le sujet tous les éléments, l'élément subjectif et l'élément objectif, et ne laisse en face du sujet que la chose en soi (2) «
{{) Voy. le paragraphe précédent.
{%) La philosophie critique commence par réduire toutes les oppositions à l'opposition du «nbjectif et de l'objectif, en ce sens qu'elle commence par séparer et par opposer entre eux le sujet et Tobjet, en distinguant l'élément subjectif, la pensée, la conscience et rintuition sensible, et l'élément objectif, ou les catégories suivant et à travers lesquelles Tobjet est perçu ; puis elle change, pour ainsi dire, de point de vue : elle fait de l'objectif un simple élément subjectif, c'est*à>dire, elle fait de catégories un simple forme subjective de la pensée, et ne laisse eti présence que le su^ei ou le phénomène, d'un côté , et la dme-m-wi^ ou le notmène de Tautre,
imBODUCTION DE HEGEL. 279
Les formes que nous allons indiquer sont les formes pures de la pensée, qui, tout en ayant une application objectiye, ne sont que le produit de l'activité du sujet et dont la systématisation n'est autre chone qu'une description psychologique (1).
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a) La faculté théorétique ; la connaissance comme telle.
Cette philosophie pose compie fondement des notions de r^ntendement Yunité ^primitive du moi dans la pensée. C'est Tunité transcendantale de la conscience de soi. Les représentations fournies par Tintuition sensible sont multiples quant à leur coutume* Elles le sont aussi relativement à leur forme ; car le temps et l'espace sont deux formes pures qui distinguent les données de Tintuition sensible.
Cette matière multiple de la sensilnlité et de Tintuition trouve son lien primitif et son identité dans l'unité de la conscience de soi, el dans le rapport simple du moi avec lui-même (aperception pure). Les différents modes, suivant lesquels se détermine
(4) En effet, Kant se borne à énumérer les éléments primitiis de l'intelligence sans en montrer la nécessité et la filiation interne; ce qui fait qu'il ne détermine les catégories que par un procédé tout à fait empirique. Cest Fichte qui, le premier, a snivi une méthode rationnelle dans la détermination des lois de la pensée. Voyez paragraphe suivant. *
ce rapport, sont les notions pures de rentendement ou les catégories.
L'on sait que la philosophie kantienne s'enorgueillit de la découverte des catégories. Le moi, Tunité de la conscience de soi est un principe purement abstrait et indéterminé. Comment arriver alors aux déterminations du moi, aux catégories? Heureusement Ton trouve dans la logique ordinaire les différentes espèces de jugement, qui, elles aussi, ont été obtenues par un procédé empirique. Or, juger c'est penser un objet déterminé. Par conséquent, Ténumération des différentes formes du jugement donnera toutes les déterminations de la pensée.
C'est à Fichte que revient l'honneur d'avoir posé eu principe qu'on doit déduire les déterminations de la pensée et démontrer leur enchaînement nécessaire ; et sa philosophie aurait dû faire comprendre que la logique est le fondement de la méthode, ou du moins que la matière de la logique ordinaire, les notiens, les jugements, les syllogismes ne doivent pas être saisis par la seule observation et à l'aide d'un procédé empirique, mais se déduire des lois de la pensée elle-même. La pensée ne pourra rien démontrer, la logique ne pourra exiger que l'on démontre, ou apprendre à démontrer, si elle ne démontre d'abord elle-même son contenu et la nécessité de ses lois.