LA LOGIQUE FORMELLE CONSIDÉRÉE ABSTRACTIVEMENT
ces propositions et d'autres propositions semblables sont dérivées d'une connaissance expérimentale 6u métaphysique, et leur vérité et leur nécessité découlent de la qualité etjde la nature des termes, et nullement de leur quantité.
Mais Ton nous dira peut-être que ne considérer dans la proposition et le syllogisme que la quantité, et ne pas tenir compte de la qualité, c'est se former une notion fausse et étroite de la logique formelle , que c'est là mutiler, et retrancher d'elle un élément, un ordre de recherches qui lui appartient, car la logique s'occupe de la qualité tout aussi bien que de la quantité. Par conséquent, pour s'en former une notion exacte, il faut considérer dans ses opérations, — dans la proposition et dans le syllogisme, — la qualité et la quantité tout ensemble. Ainsi dans les propositions : V homme est mortel, la rose est rouge, mortel et rouge doivent être considérés sous ce double rapport. Car, par rapport à la quantité, ils constituent des genres, et ils contiennent des espèces, et par rapport àla qualité, ils constituent des caractères ou des propriétés qui sont inhérentes au sujet. Et c'est sous ce double rapport qu'on doit envisager les termes dans le syllogisme ; de sorte que si nous considérons le moyen terme, non comme une simple quantité, mais comme une qualité commune aux extrêmes, nous verrons que, par suite de cet élément qualitatif commun , les extrêmes doivent être unis, et par là la théorie syllogistique se trouvera justifiée.
Je suis loin de nier que dans les termes el la proposition on doit tenir compte de la qualité. Tout au contraire, je prétends que c'est la qualité qu'il est bien plus important d'étudier et de déterminer que la quantité, et cela dans les recherches logiques, comme dans toute autre recherche scientifique en général, puisque c'est la qualité qui touche de plus près à la nature intime des êtres. J'ajouterai que, si les logiciens avaient plus attentivement examiné la qualité dans les opérations et les formes logiques, ils seraient arrivés à un tout autre résultat sur la nature et la signification des lois logiques de la pensée.
C'est là un point sur lequel j'aurai occasion de revenir. Ici je veux me borner à mettre en lumière les lacunes et les inconséquences que la considération de la qualité nous fait découvrir dans les théories logiques. Et, en effet, si nous rapprochons la quantité et la qualité telles qu'elles sont combinées dans la proposition, il nous sera aisé de voir qu'elles se contredisent et qu'elles ne sauraient pas se concilier; car, suivant la quantité, c'est le sujet qui est contenu dans l'attribut, et, suivant la qualité, c'est l'attribut qui est contenu dans le sujet ; suivant la quantité , c'est le genre qui contient plusieurs espèces } suivant la qualité, c'est l'espèce qui contient plusieurs genres (1).
(1) Lorsqu'on dit qu'an sujet est marqué de tel ou tel caractère» ou que l'attribut est inhérent au sujet, on entend, au fond, que ce caractère et cet attribut sont dans le sujet, comme les modes et les accidents sont dans 14