‹ Logique de Hegel (volume 3)Chapitre 23 sur 89 · DU PRINCIPE DE CONTRADICTION · texte numérisé non relu

DU PRINCIPE DE CONTRADICTION

Comme chaque chose doit être identique à ellemême, et qu'on ne peut concevoir qu'elle soit autre qu'elle-même et contraire à elle-même , il suit que toute pensée qui est d'accord avec ce critérium est vraie, et que toute pensée qui est en désaccord avec lui est fausse. Et comme conséquence de ce principe , on nous enseigne qu'entre deux attributs opposés il ne saurait y avoir de terme intermédiaire , et que, par conséquent, si l'un d'eux est affirmé, l'autre doit être nécessairement nié du même sujet. Tel est le fameux principe de contradiction et d'exclusi tertii que la logique érige en principe absolu de la connaissance. Pour moi, je n'hésite pas à affirmer que c'est ce principe qui est la source des erreurs les plus opiniâtres et les plus invétérées, et qui oppose une barrière insurmontable à une connaissance systématique et vraiment rationnelle. Et, ici aussi, nous voyons l'ancienne logique tomber dans des inconséquences analogues à celles que je viens de signaler. Car après avoir posé ce principe, elle le perd de vue, et elle

admet des théories qui sont en opposition avec lui. Comment concilier, par exemple, la théorie de la division avec le principe de contradiction, lorsque la règle fondamentale de la division est que le genre doit être divisé en espèces irréductibles, c'est-à-dire en espèces dont les attributs sont opposés entre eux? Car, il est évident que ces espèces et ces attributs coexistent dans le genre , et, par conséquent , qu'un seul et même terme peut contenir des qualités opposées. Ainsi, blanc et noir coexistent dans le genre couleur, rationnel et irrationnel dans le genre animal, etc., et couleur, animal, etc., sont le tertium quid, le moyen qui enveloppe la contradiction. Et, en effet, il n'y a pas de principe à qui la raison et l'expérience donnent plus de démentis qu'au principe de contradiction, et s'il est admis comme règle du vrai, c'est, il faut le croire, qu'il n'est pas conveblement compris. •

Une chose ou un sujet, nous dit-on, ne saurait être autre que lui-même, c'est-à-dire, ne saurait posséder une qualité contraire à une autre qualité, ce à quoi onf ajoute, pour rendre la formule plus précise, qu'il ne saurait la posséder en même temps, et sous le même rapport. Ainsi, un corps qui est blanc ne saurait être noir, ou un corps qui est léger ne saurait être pesant, en même temps qu'il est blanc ou léger, et par rapport à un autre corps auquel on le compare. C'est là le sens que l'on attache généralement au principe de contradiction ; et ainsi entendu, j'en con-

Page 1