S XVII
En ce qui concerne le commencement de la philosophie, il semble d'abord qu'elle doit débuter, comme les autres sciences, par une supposition subjective et par un objet particulier, qui, dans les autres sciences, est le temps ou l'espace, par exemple, et qui ici est la pensée.
Mais il faut remarquer, à cet égard, qu'ici le point de départ est l'œuvre d'un acte libre de la pensée qui s'est élevée à ce degré où elle n'existe que pour soi{i), et où elle engendre et se donne elle-même son objet.
De plus, ce point de vue qui semble , au premier coup d'œil, constituer un état immédiat de la pensée, doit être considéré comme un résultat de ses développements, et comme un point extrême où elle revient sur elle-même et à son point de départ. De cette manière, la philosophie est comme un cercle qui tourne sur lui-même, qui n'a pas de commencement dans
le sens où les autres sciences en ont un; de telle
d'exposer les déterminations essentielles, et les principes absolus des choses. Voy. plus haut, $ vi.
(1) Hegel veut dire qu'il ne s'agit pas ici d'une pensée immédiate et irréfléchie, mais d'une pensée qui est arrivée à son complet développement, qui se suffit à elle-même et se reconnaît comme formant l'élément commun et le principe absolu des choses. Voyez sur ce point, ainsi que sur le sens des expressions en soi* pour soi, Logique* Philos, de V Esprit* et note suivante :
sorte qu'ici le commencement n'existe que par rapport au sujet qui se livre aux recherches philosophiques, et non par rapport à la science elle-même. En d'autres termes, la notion de la science, et, par conséquent, la notion première (et c'est précisément parce qu'elle est la première qu'elle contient cette scission, par suite de laquelle la pensée se pose comme objet en face du sujet philosophant, qui semble demeurer comme un terme extérieur à elle), doit être saisie par la science elle-même. Atteindre à la notion de la notion, ramener la notion à son point de départ, la placer dans un état de parfaite satisfaction, c'est là l'œuvre et le but de la philosophie (1).
(4) Pour bien saisir ce passage, il faut se placer au point de vue de Hegel, c'est-à-dire au point de vue de l'identité de la connaissance et de son objet. En partant de ce point de vue, il est évident que fa notion de l'objet se confond avec la notion de la science, et comme la science, dans le sens éminent du mot, et la philosophie ne font qu'un, la philosophie et son objet se confondent aussi. S'il en est ainsi, on ne peut pas dire que la philosophie ait un commencement quant à son objet. Son commencement n'a lieu que par rapport au sujet qui se livre aux recherches philosophiques, tandis que dans les autres sciences il y a un commencement, et pour l'objet et pour le sujet qui l'étudié. Or, comme pour Hegel c'est la pensée qui fait l'unité des choses , le point de départ de la science, ainsi que son terme extrême, doit être un acte libre de la pensée* La différence qui existe, à cet égard, entre le commencement et la fin, c'est que la pensée, au terme de sa carrière, s'est saisie complètement elle-même, et s'est retrouvée dans son objet. Et il faut remarquer que cette évolution de la pensée est contenue dans la notion même de la science ; car dans la notion de la science