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Mais le bien, qui est posé comme la fin de l'univers, n'est pour Kant qu'un bien subjectif, la loi morale de notre raison pratique. Par conséquent, l'unité qui en résulte ne va pas au delà de l'accord des événements et des états du monde avec notre moralité (1).
Il faut d'abord remarquer qu'en les limitant, la fin et le bien deviennent, comme le devoir, une abstraction indéterminée. On verra ensuite s'élever, en face de cette harmonie formelle de la pensée, l'opposition
(4) D'après les propres paroles de Kant, — Critique du jugement, p. 427, — « le but final n'est qu'une notion de notre raison pratique, et il n'y a aucun fait d'expérience qui puisse en autoriser l'application à la connaissance spéculative de la nature. Cette notion n'a pas d'usage hors de la raison pratique et de la loi morale ; et la fin de la création est cette disposition du monde qui s'accorde avec ce que nous sommes obligés de considérer comme déterminé par des lois, c'est-à-dire avec la fin de notre raison pratique ; mais cet accord ne va pas au delà de ces limites.
(Note de V auteur.)
qaû faudra admettre dans le contenu du monde, de sorte que celte harmonie se réduira à un fait purement subjectif, à une disposition de la nature qui doit se réaliser» mais qui n'a pas d'existence actuelle, à une croyance, à une certitude subjective à laquelle ne correspond aucune réalité.
Si Ton croit dissimuler la contradiction en faisant descendre ridée dans le temps, et en disant qu'elle se réalisera dans un temps à venir, une condition sensible tel que le temps maintiendra la contradiction au lieu de la concilier, et le progrès infini, cette conception de l'entendement qui en est la suite, ne fera que la poser indéfiniment (1).
On peut aussi faire une remarque générale sur le résultat de la philosophie critique en ce qui touche la nature de la connaissance, résultat qu'on peut ranger parmi les préjugés, ou, si Ton veut, parmi les hypothèses de la science de notre temps.
Le vice principal de tout système dualiste, et particulièrement de celui de Kant, vient de cette inconséquence que pour arriver à la connaissance, tantôt on réunit ce qu'on avait considéré un instant auparavant comme ne pouvant être uni, et tantôt, après avoir d'abord placé le vrai dans la réunion de deux
(I) Voy. sur le Progrès mfim> Logique. —Hegel veut dire que l'entendement, au lieu de faire disparaître la contradiction en saisissant le rapport et l'unité des deux termes, la maintient ent, en posant indéfiniment les mêmes termes.
éléments, on le place un instant après dans leur séparation , et on le refuse aux deux éléments pris conjointement. Ceux qui suivent une telle marche dans leurs recherches philosophiques ne font pas oette simple observation que par leur balancement entre deux déterminations opposées, ils montrent que ni l'un ni l'autre ne contient la vérité.
Le vice de ce procédé a son origine dans l'impuisotnee où Ton est de concilier deux pensées ; car il n'y on a que deux au point de vue de la forme (i). Parmi ces inconséquences, la plus grande consiste à affirmer d'abord que l'entendement ne peut connaître que les phénomènes, et à considérer ensuite cette connaissance comme une connaissance absolue , en disant que l'intelligence ne peut aller au delà, et que c'est là la limite naturelle et absolue de la science humaine. Mais il n y a que les choses de la nature qui soient limitées, et elles ne sont des choses de la nature que parce qu'elles ignorent leur limite ; car leur déterminabilitéest une limite pour nous et non pour elles. On ne connaît, on ne sent un manque, ou une limite que lorsqu'on va au delà de cette limite. Les êtres qui sont doués de vie ont sur ceux qui en sont privés la prérogative de la douleur. Chez eux, toute détermination individuelle produit un sentiment de négation, parce qu'en tant qu'êtres vivants, ils renfer-
(f) Car, pour la forme, on peut les ramener tontes à deux pensées contraires. VVoy. mon Introduction, eh. XI.
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mont le principe universel delà vie qui, par cela même qu'il dépasse les bornes de l'existence individuelle) pose en eux la négation et la contradiction. Cette contradiction vient de ce qu'il y a dans un aeul et même sujet deux éléments, l'universalité du sentiment de la vie, et en face de ce sentiment, son individualité. Ainsi la connaissance u est limitée et imparfaite que puce qu'on la compare avec 1 idée de la science universelle et parfaite. Et on n'a pas suffisamment examiné ce sujet si Ton ignore que désigner un objet comme fini ou limité est fournir la preuve de la présence réeBe de l'infini et de l'illimité, parce qu'on ne peut assigner une limite qu'autant qu'on porte dans sa conscience l'illimité.
On pourrait ajouter à ces considérations, sur la théorie de là connaissance de Kant, cette autre remarque que sa philosophie n'a pu exercer aucune influence sur les autres sciences. Car il a laissé les catégories et la méthode ordinaire de la connaissance dans 1 état où elles étaient avant lui. Et si, dans ces derniers temps, on a quelquefois mis en tète des recherches scientifiques, des propositions de la philosophie kantienne, Ton voit par la suite que ces propositions ne sont qu'un ornement superflu, et que, si on les avait supprimées, on serait parvenu au même résultat (1).
(I) Ainsi, dans le Mwmel de la métrique de Hennann, on commence par quelques paragraphes de la philosophie de Kant, et
Si Ton compare la philosophie de Kant avec l'empirisme qui ne repousse pas toute métaphysique, Ton verra que l'empirisme qui est de bonne foi, tout en ne reconnaissant comme signe du vrai que la perception sensible, accorde cependant une certaine réalité à l'esprit et au monde intelligible, quelle que soit d'ailleurs la nature de cette réalité, qu'elle ait son origine dans la pensée, ou dans l'imagination, etc. L'empirisme pur ne reconnaît d autre réalité que celle qui est attestée par la perception externe, tandis que l'empirisme modéré admet, dans les limites de la forme, la réalité des données de l'esprit. Mais l'empirisme rigoureux et conséquent combat cette espèce de dualisme, et nie la réalité et l'indépendance du principe pensant et du monde spirituel qui s'y déploie. L'empirisme conséquent, c'est le matérialisme et le naturalisme.
La philosophie de Kant oppose à cet empirisme la pensée et la liberté, et elle rentre dans la première espèce d'empirisme, bien qu'elle ne parte pas du même principe ni du même point de vue. La perception sensible et l'entendement sont les éléments de ce dualisme. De ces deux éléments sort un monde pure-
la conséquence qu'on en tire auÇvin, c'est que les lois du rythme doivent être H° des lois objectives; 2° des lois formelles ; 3' des lois à priori. Qae Ton compare ces propositions et les principes de causalité et de réciprocité d'action qu'on en déduit ultérieurement avec ce qui se rapporte à la mesure des vers, et
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ment phénoménal, qui au fond ne repose que sur une simple dénomination et une détermination formelle. Car la source de ces phénomènes, leur contenu et la forme sous laquelle l'esprit les pense sont ici tout à fait les mêmes (1).
D'un autre côté, Kant proclame l'indépendance de la pensée et de la liberté» Ces principes lui sont communs avec l'ancienne métaphysique. Mais il les a, pour ainsi dire, dépouillés de leur substance sans pouvoir leur en donner une nouvelle et il a enlevé à la pensée, qu'il appelle raison, toute détermination et toute autorité. Le résultat de la philosophie de
Kant consiste à avoir affranchi la pensée et la raison de toute détermination extérieure et de toute autorité, et de leur avoir donné la conscience de leur absolue indépendance. Et bien qu'à cause de son caractère purement formel et abstrait, elle ne puisse recevoir aucune application, ni produire des connaissances réelles ou des lois pratiques, elle a cependant ce mérite qu'elle résiste et ferme l'accès à toute influence étrangère à la raison. L'indépendance absolue de la raison est, depuis Kant, le principe essentiel de toute philosophie, et l'une des
Ton verra que ces principes formels n'ont exercé aucune influence sur cette dernière partie. ( Note de l'auteur. )
(I) C'est-à-dire que Ton n'a que des formes, ou des manières d'être subjectives, et non la chose même ou des manières d'être de la chose.
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