S LXI
La philosophie critique conçoit la pensée comme un principe subjectif , et dont la pins haute et dernière détermination est r universalité abstraite, l'identité formelle. La pensée est par là opposée au vrai, c'est-à-dire à l'universalité concrète et réelle. La connaissance de ce principe universel est l'œuvre de la raison. Elle constitue aussi le degré le plus éleré de la pensée où il ne peut être question des calégories (2 ,
Le point de vue opposé à ce dernier est celui ou la pensée est considérée comme un principe qui ne peut concevoir que le particulier (3, , et qui est, par conséquent, impuissante à saisir le vrai et la raison des choses.
(S) Voy., sor la doctrine de Kant, leçon» %wr la phil. de Kanl, par M, Cousin, et mon Introd. à la Phil. de Hegel, cb. 11 et III.
(1) Cest-à-dire que pour saisir l'universel et Fiafiai 9 hnt s'élever au-dessus des catégories.— Cest la théorie de JseoM que Hegel commence à exposer ici,
(3) Far particulier H entead les catégories, qui as sont que des déterminations particulières.
ramoDGCTKN us hegel. 319
SLXD.
La pensée considérée comme principe actif dont la connaissance ne s étend pas au delà du particulier, n'a d'autre produit ni d'autre contenu que les caléçorits. Celles-ci, telles que 1 entendement les conçoit, sont des déterminations limitées, des formes de l'être conditionné, fini et médiat. L'infini et le vrai n existent point pour la pensée qui se renferme dans ces limites ; et il n'y a pas de passage possible de ces limites à l'infini.. (Objection contre la preuve de l'existence de Dieu. . Ces déterminations de la pensée s appellent aussi notions y et avoir la notion d on objet, c'est le concevoir sous une forme conditionnée et médiate. Par là, le vrai devient en quelque sorte le taux, et ce qu'il y a d infini et d inconditionnel dans son objet, devient fini et conditionné,
EEMAAQCE.
Ce sont là, en résumé, les objections qui ont amené la doctrine suivant laquelle on ne peut connaître le vrai ni Dieu que par une connaissance unmédiatc. On avait auparavant éloigné de Dieu toute représentation antbropomorphiste comme indigne de l'être mfimi, et par là on avait réduit, il est vrai, l'être infini à une essence vide. Mais on n avait pas considéré les déterminations de la pensée comme des représenta-
tions anthropomorphistes (1). La pensée était , au contraire, regardée comme le principe qui éloigne de l'absolu toute marque de fînité , et cela d'après cette opinion de tous les temps que nous ayons déjà signalée , à savoir qu'on n'arrive à la vérité que par la réflexion. Mais voilà que la pensée est représentée comme la source de F anthropomorphisme, et son activité comme n'ayant d'autre résultat que d'altérer l'infini en le faisant descendre dans le fini.
Les arguments de Jacobi sur ce sujet se trouvent très-nettement exposés dans le vn e appendice aux Lettres sur Spinoza. Du reste, ces arguments, il les a puisés dans la philosophie même de Spinoza, et il les a dirigés contre la connaissance. Suivant Jacobi, cette espèce de connaissance (2) ne saurait sortir de la sphère du fini. Connaître ainsi, c'est parcourir une série de termes qui se conditionnent réciproquement, et où par conséquent, le terme qui joue d'abord le rôle de condition, est conditionné à son tour. C'est une série de termes conditionnants et conditionnés, où expliquer et comprendre, c'est démontrer un terme par l'intermédiaire d'un autre terme. Par conséquent, toute connaissance a un contenu particulier, conditionnel et fini. L'infini, la vérité absolue,
0) C'est ainsi qu'envisage ces déterminations la doctrine de la science immédiate, puisqu'elle n'y voit que des formes ou dés lois qui ne vont pas au delà de l'intelligence humaine.
(2) Réfléchie et par notions.
crntoiwcnoN de hbgsl. 321
Dieu, en un jpot, est au-dessus de ce mécanisme de notions dans lequel 13 connaissance réfléchie est emprisonnée.
Il importe de remarquer que dans la philosophie de Kant la finité des catégories tient à ce qu'elles ne sont que. des déterminations formelles de la pensée subjective, tandis qu'ici on considère les catégories en elles-mêmes, et leur finité on l'attribue à leur nature même.
Ce qui a surtout préoccupé Jacobi dans cette polémique, ce sont les brillants résultats des sciences exactes dbns leur application à la connaissance des forces et des lois de la nature. Sans doute, si l'on se renferme dans cette sphère on n'y découvrira pas l'infini. Et cela rappelle le mot de Lalande, qui disait quH avait cherché Dieu dans toute l'étendue des deux sans pouvoir l'y trouver (1). Ce point de vue a coudait à ce dernier résultat, que l'universel n'est que l'agrégat indéterminé des choses extérieures et finies, c'est-a-dire la matière, et Jacobi a eu raison de dire à cet égard qu'il n'y a pas ici d'autre issue pour sortir de la sphère de la connaissance médiate (2).
(I) Conf. Remarque, $ lx.
(S) Cest-à-dire que la connaissance mathématique pure ou appliquée à la nature ne peut conduire à l'unité et à l'absolu, et qu'elle n'aboutit qu'à l'indétermination, ou à une unité extérieure, ou à un agrégat, et Jacobi a eu raison de dire à cet égard que la science ne peut, sur ce terrain, franchir les limites de la médiaiion et de la finité. Mais il ne suit pas de là que la médiation