LXXI
Après avoir discuté les principes de cette doctrine, nous allons indiquer les principales conséquences qui en découlent. D'abord, comme ce n'est pas dans la nature même du contenu de la connaissance, mais dans un fait de conscience, qu'on place le critérium du vrai, la connaissance n'aura d'autre fondement qu'une affirmation, une certitude subjective (1). D'après cela, ce que chacun trouverait dans sa conscience, il retendrait à la conscience de tous les hommes, et en ferait, en quelque sorte, l'essence de la conscience.
REMARQUE
Depuis longtemps on a rangé parmi les preuves de l'existence de Dieu le consentement des peuples, et c'est cette preuve que Cicéron , entre autres , adopte de préférence. Le consentement des peuples est une grande autorité, et de ce fait qu'une connaissance se trouve dans la conscience de tous les hommes, Ton
(4) Car, d'après Hegel , toute connaissance doit pouvoir être démontrée. C'est là le caractère distinctif de sa nécessité et de sa réalité objective. Il va sans dire que ce n'est pas de la dé* raonstration ordinaire, mais de la démonstration hégélienne, qu'il s'agit ici.
arrive naturellement à la conclusion que cette connaissance a sa racine dans la nature même de la conscience, et qu'elle en est un élément nécessaire. Ce qu'il y a d'essentiel dans cette catégorie de l'accord uni\ersel, c'est ce fait qui se produit chez les intelligences même les plus incultes, à savoir, la conviction qu'une croyance individuelle n'a qu'une valeur contingente et limitée. Mais si l'on ne recherche pas la nature, l'essence môme de cette conviction, c'est-àdire, si l'on ne distingue pas ce qu'il y a en elle d'absolu et d'universel de ce qu'il y a d'individuel et de contingent, ce qui ne peut être que l'œuvre de la réflexion, le consentement universel sera une opinion dont il faudra tenir compte, puisqu'il repose sur la nature même de la conscience, mais qui ne pourra satisfaire complètement la pensée, qui, outre Yuniversalité, veut aussi connaître la nécessité des choses. D'ailleurs, en admettant que l'universalité d'un fait puisse fournir une preuve suffisante, ici cette universalité serait mise en défaut par l'expérience, puisqu'il y a des individus et des peuples chez lesquels on ne trouve pas cette croyance en l'existence de Dieu (1).
(1) Pour bien déterminer dans l'expérience les limites de l'athéisme ou de la croyance en Dieu, il importe de savoir s'il suffit de posséder la notion de Dieu en général, ou bien si une connaissance pltts exacte de Dieu est nécessaire. Dans les sociétés chrétiennes on n'admet pas que les dieux de l'Inde , de la Chine, ni même les dieux de la Grèce, et moins encore les fétiches de l'Afrique, soient le vrai Dieu. Par conséquent, celui qui
ÎNtftODUCTION DE HEGEL. 339
Ce qu'il y a de plus simple et de plus naturel, à cet égard, c'est de dire que le moi trouve en lui des connaissances et la certitude de leur vérité, et que cetle
croit en ces dieux, ne croit pas en Dieu. Si , au contraire, on considère la croyance en Dieu comme se trouvant comprise dans la croyance en plusieurs dieux, de la même façon dont le genre existe dans les individus, le culte qui s'adresse à plusieurs dieux s'adresse aussi à Dieu. Les Athéniens regardaient les poètes et les philosophes comme des athées, parce que, aux yeux de ces derniers, Jupiter et les autres dieux n'existaient que dans l'opinion du peuple, et qu'ils ne reconnaissaient probablement qu'un seul Dieu.
Le point de vue auquel il faut se placer ici, ce n'est pas de savoir ce qui se trouve contenu dans un objet, mais la manière dont cet objet existe dans la conscience; autrement toutes les déterminations de la Divinité seraient confondues et auraient une égale valeur, et les représentations sensibles les plus grossières constitueraient une religion, parce que, dans ces représentations comme dans tout produit de l'esprit, il y a un principe, une virtualité qui, développée et épurée , s'élève jusqu'à la religion. Mais autre chose est posséder les germes de la religion, autre chose est avoir une religion. Ainsi des voyageurs, les capitaines Ross et Parry ont, dans ces derniers temps, trouvé des peuples (tes Esquimaux) qui n'ont aucune religion, mais chez qui Ton peut découvrir les germes de la religion, ce qui se constate aussi chez les magiciens de l'Afrique, — les Goëten d'Hérodote. D'un autre côté, un Anglais qui a passé le premier mois du dernier jubilé à Rome dit, dans le récit de son voyage, que, dans cette ville, le peuple est bigot, et que ceux qui ont quelque Instruction sont, en général, athées. Du reste, l'accusation d'athéisme est, dans ces derniers temps, devenue bien motus fréquente , parce que les exigences en fait de religion, et le contenu même de la religion, ont été , pour ainsi dire, réduits à leur minimum. Voy .$ lxxiii. (Note de l'auteur.)
Dans cette note, l'auteur veut prouver combien est indétermi*
certitude n'appartient pas à l'individu, mais qu'elle a sa racine dans la nature même de l'esprit.