‹ Logique de HegelChapitre 135 sur 137 · S CCXLIII · texte numérisé non relu

S CCXLIII

Dp cette manière^ la méthode n'est pas une simple forme extérieure, mais Fâme et la notion du contenu. Et elle ne se distingue du contenu, qu'en ce que les . moments de la notion, considérés en eux-mêmes et dans leur déterminabilité spécifique, sont constitués de manière à représenter la totalité de la notion (1). Mais cette déterminabilité ou le contenu étant ramené à ridée avec la forme, l'Idée se produit comme un tout systématique, et comme ne constituant qu'une seule et même Idée (2), dont les moments particuliers sont en soi les mêmes que ceux qui, à l'aide du mouvement dialectique de la notion, amènent son être pour soi (3). De cette manière, la science saisit sa

(1) C'est-à-dire, qu'en dehors de la méthode spécnlative, le contenu apparaît comme indépendant de la forme, parce que chaque moment de la notion possède une détermination propre; ce qui fait que la notion parait s'y être concentrée tout en tière.

(2) Qui est à la fois le principe de la forme et du contenu.

(3) C'( st-à-dire, qne ces moments sont les mêmes, mais seulement virtuellement, parce que ce n'est que dans ridée que leur identité est posée , et qu'ils atteignent à l'unité de leurnature et de leur existence.

notion comme Idée pure» ou comme Idée qui se prend elle-même pour objet et pour fin (1).

SCCXLIV.

Lldée qui est pour soi, et qui est considérée comme ne faisant qu'un avec elle-même, est Vintuitioriy et l'Idée qui possède Vintuition (2) est la nature. Cependant, si on la considère en tant qu'intuition, lldée ne sera posée que par la réflexion extérieure avec la détermination exclusive d'un état immédiat, ou d'une négation. Mais l'absolue liberté de l'Idée consiste eu ce que non-seulement elle se pose comme vie, et qu'elle laisse apparaître en elle la connaissance finie, mais en ce que, dans l'absolue vérité qu'elle possède d'elle-même , elle se décide (3) à tirer librement d'elle-même le moment de son existence particulière (4), ou de sa première détermination, à se se-

(i) Et ainsi, la méthode est la forme même du contenu, forme qui donne au contenu la conscience de lui-même en l'élevant à ridée. C'est donc la forme qui constitue principalement la science, laquelle, en appliquant sa forme propre et absolue à son objet, le transforme et le saisit dans sa vérité. Conf. mon HUrod. à la Philos, de Hegel, ch. YI, p. 279 et suiv.

(2) Auschauende Idée.

(3) Lldée étant l'absolu, elle est auâsi la liberté absolue, ou, ce qui revient au même ici, elle est la nécessité absolue. C*est ceUe nécessité qui fait qu'elle se produit comme vie et comme connaissance finie, et c'est cette même nécessité qui fait qu'elle se décide à se produire comme natvre. Il va sans dire qu'il ne s'agit ici que d'une décision tout idéale, d'un passage d'une idée à une autre idée, ou d'une sphère aune autre sphère de l'Idée.

(4) La Logique, la Nature et TEsprit sont trois moments, ou trois

l'idée absolue. 393

parer d'elie-mémey et à apparaître de nouveau sous la forme d'idée immédiate^ à se poser, en ua mot, comme Nature (1) .

modes d'un seul et même être, ou d*ane seule et môme Idée. Si on les prend séparémeot, ils ne consUtueront chacun qu'un état particulier de lldée.

(1) Pour bien comprendre ce passage, il faut se bien pénétrer de ces deux points : i"* qu'il y a une idée de la nature; S<* que, quelque suppo>ition qu'on fa>$e, et à quelque point de vue qu'on se place, le passage de la Logique à la Nature ne saurait être qu'un pas>age conforme à l'Idée, et purement intelligible; qu'il ne saurait être, en d'autres termes, qu'une nécessité idéale, ou fondée sur l'Idée. Ce qui empêche de saisir ce passage, c'est, d'abord, la notion inexacte qu'on se fait de la création. Car on ne comprend, en général, dans la création que la nature, tandis qu'en s'en tenant même à l'opinion des partisans de la création ex nihilo, il faudrait y comprendre aussi l'esprit. Ensuite, on se re- 'Présente la création d'une manière toute matérielle et anthropomorphiste, et comme on se représente la production d'un être fini qui agit dans tel point du temps et de l'espace, représentation qui est ce qu'il y a de plus éloigné de l'acte créateur et de la nature de l'être créateur. Enfin, on n'embrasse pas la nature d'une vue systématique, dans l'ensemble et la nécessité de ses parties et de ses lois, ce qui fait qu'on considère la nature comme un être contingent, hidifférent et extérieur à l'être absolu et à l'Idée. — Voici maintenant le sens de ce paragraphe. L'idée lo gique est l'idée abstraite et universelle, en ce sens qu'elle est la possibilité de toutes choses, mais elle n'est pas l'idée entière. Elle est l'Idée absolue, mais seulement en tant qu'idée logique, c'est-à-dire, en tant qu'idée sans laquelle, et en dehors de laquelle rien ne saurait être ni se concevoir, et qui, par conséquent, se retrouve dans toutes les sphères de l'existence, mais qui n'est pas pour cela toutes choses, — qui n'est pas la pensée et l'esprit absolus. Cela fait qu'arrivée au plus haut degré de son développement, il se produit en elle une nouvelle idée,

une noayelle maniôre d'être, ou, comme le dit Hegel (Grande Logique, sub finem), le désir de sortir d'elle-même et de regar^ der au dehors. C'est cette scission de l'Idée, cet acte par lequel elle se sépare d'elle-même, qui constitue Vintuîtion, c'est-àdire, qui amène ce premier moment de rextériorilé de l'Idée, ou ces deux idées qui constituent comme le substratum de la nature, et qui sont la forme de l'intuition extérieure, Vespace et le temps. Par là un nouvel état immédiat se produit dans ridée, état où l'Idée 'n'existe qu'en tant que simple être, ou qu'être extérieur et sensible. Cependant, si l'on se représente la nature comme l'Idée qui possède l'intuition, le passage de la logique à la nature ne sera saisi que par la réflexion jextérieure, c'est-à'dire, par la réflexion qui prend les termes comme un fait donné d'avance et qui les rapproche. Ainsi envisagé, ce nouvel état immédiat ou cette négation apparaîtra comme une détermination qui, n'étant pas posée par l'Idée, constitue une existence indépendante, et, par cela même*, une limitation de ridée. Il faut, par conséquent, se représenter l'intuition et la nature comme posées librement par l'Idée elle- même, par l'Idée qui, ayant achevé, et, si l'on peut ainsi dire, épuisé les déter^^ miûations logiques de son existence , se nie elle-même et passe dans la nature, pour atteindre à sa parfaite et absolue existence dans l'esprit. Ces différents Ipoints ont été discutés et éclaircis dans mes deux introductions. La philosophie de la Nature et la philosophie de l'Esprit me fourniront l'occasion d'y revenir, ou, pour mieux dire, ces points trouveront en elles leur démonstration.

riN DU TOME SECOND.

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