S CLXXIV
L'individuel comme tel (c'est-à-dire comme se rédire, du sujet et du prédicat eux-mêmes, pour déterminer ce qu'ils sont, ou bion de la définitioD, qui, comme on le verra, appartient à une sphère ultérieure de la notion, et qui suppose le jugement comme un moment qu'on a déjà traversé et déterminé. Par conséquent, on n*a ici que les déterminations les plus abstraites de la notion, lesquelles, comme on Ta yu ($ clxv), sont que Vindivi* duel est Vumersel; et comme ces deux termes, et partant la copule, sont ici à Tétat immédiat, c'est-à-dire, comme il n'y a pas encore eu de médiation ou de négation, ce jugement est un jugement positif. Ainsi donc, « IHndmduel est Vumersel; » d*oti il suit immédiatement que « rvmersel est VindmdueU » Dans le premier jugement, c'est le prédicat qui détermine le sujet; dans le second, c'est le sujet qui détermine le prédicat, car le prédicat s'y trouve individualisé par le sujet. « La rose est rouge, » Si rouge détermine la rose, il est à son tour déterminé par elle; car ce n'est pas le rouge en général qu'on énonce, mais le rouge de la rose, le rouge indmduaUsé par elle. Cependant, en disant que Ymdividuel est runiversel et que Vuniverselr est rindividuel, on ne veut point dire que l'individuel cesse d'être l'individuel en s'universalisant, et l'universel cesse d'être l'universel en s'individualisant, car, en ce cas, il n'y aurait plus de jugement, mais seulement que l'individuel, en tant qu'il est en rapport avec un terme universel, est universalisé, et que l'universel, entant qu'il est lié par ce rapport, est lui-même individualisé. Et ainsi, l** le jugement « l'individuel est Vntiiversel » veut dire aussi que Yindir viduel immédiat n'est pas l'universel; car le prédicat a une plus grande circonscription que le sujet, et celui-ci, à son tour, est un term6 qui existe immédiatement poi/r soi, et il est l'opposé de l'universel abstrait tel qu'il a été iciposé; et S"" Vuniversel est l'indivi* êutlf veut dire aussi Yuniversel n'est pas l'imMvidMl; car le sujet exprime une universalité, un terme concret qui enveloppe dans
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fléchissant sur lui-même), posé dans le jugement, a
sa circonscription indéterminée des qualités, des propriétés, des accidents autres qae le prédicat. 11 n'est pas, par conséquent, une propriété indmduell^y comme le dit le prédicat. Ainsi, dans les deux jugements :
« La rose est rouge^ »
« Le rouge est la rose, »
le rouge a, d'une part, une plus large circonscription que la rose, et la rose, de son côté, existe pour soi, c*e$t-à-dire, est autre chose que le rouge. Et réciproquement le rouge qui s'individualise dans la rose n'est pas le rouge, et, par conséquent, le rouge soutient des rapports, et des rapports qui sont ici indéterminés, avec d'autres choses que la rose, et il n'est pas une shnple individualité, comme le second jugement le fait croire. D'où il suit que les deux propositions doivent être niées, et que le juge* ment j^osi^i/* passe dans le jugement négatif. Ce qui fait l'imperfection, la non-vérité (VnwahrheitJ, suivant Tcxpressiou hégélienne, du jugement positif, c'est précisément que les termes y sont à l'état immédiat, ce qui fait que leur rapport n'est qu'un rapport superficiel et extérieur. La rose est rouge, mais elle n'est pas, ou elle peut ne pas être rouge, et réciproquement le rouge est la rose, mais il est, ou il peut être autre chose que la rose. Le jugement négatif fait, par conséquent, la vérité du jugement positif. « L'individuel n'est pas l'universel » est la forme de ce jugement. Mais en disant que l'individuel n'est pas l'universel, on n'entend pas dire que le sujet n'a pas de prédicat, mais seulement qu'il a un autre prédicat qu'un prédicat immédiat et indéterminé. La vraie expression du jugement négatif est , par consé* quent, « l'individuel est le particulier. » Cette expression est l'expression positive du jugement négatif. Et, en eiïet, en niant \i\ prédicat du sujet, on affirme par ceja même implicitement un autre prédicat de lui. En disant que la rose n'est pas rouge, on no veut point exclure la rose de la circonscription de la couleur, mais dire, ou qui^ sa couleur n'est pas le rouge en général, mais tel rouge déterminé, ou qu'elle est autre que le rouge. Quant à
un prédicat, à l'égard duquel le sujet demeure comme un terme distinct et étranger.
]*aatre jugement positif^ « Vuniversel est l'inàmduel, » il donne lui aussi « rurûversel n'est pas l'individuel, » ce qui yeut dire que le prédicat, par cela même qull est un prédicat, et le prédicat d*un sujet universel, n^est pas seulement Tindividuel, mais qu'il le dépasse ; c'est-à-dire, il est le particulier. « L'universel est le particulier » est, par conséquent ici aussi, l'expression positive du jugement négatif. Le rouge n'est pas seulement la couleur de la rose, mais une couleur particulière. Et ainsi le jugement négatif n'est pas d'abord une négation absolue, mais une négation relative, ou qui contient une affirmation, et l'expression de cette affirmation est « l'individuel ou l'universel est le particulier, » Or, l'un ou l'autre de ces jugements donne immédiatement, et par des raisons semblables à celles que nous venons d'indiquer, l'autre jugement « Vindividuel ou l'universel n'est pas le particulier ou il est autre chose que le particulier, » Ce qui ramène un autre jugement négatif, mais un jugement négatif qui diffère du premier en ce qu'il est la seconde négation, ou la négation de la négation, c'est-à-dire, la négation qui non-seulement nie l'universel de l'individuel et l'individuel de l'universel, mais le particulier de l'individuel et de l'universel tout ensemble. La rose qui n'est pas rouge (première négation) n'a pas une couleur particulière quelconque, mais une couleur propre, et qui en est inséparable , qui est, en un mot, la couleur de la rose. « L'mdÀmMel rCeA pas le particulier^ « veut donc dire que « l'individuel n'est que l'individuel, ou l'individuel est l'individuel; » et « Vuniversel n'est pas le particulier, » veut également dire « runiversel est Vuniversel, » C'est là le jugement négatif infini, c'est-à-dire, le jugement où la disproportion entre le sujet et le prédicat est trop grande pour qu'il y ait un rapport entre eux. « L'esprit n'est pas le rouge, la rose n'est pas l'éléphant, » sont des exemples de ces jugements. Ces jugements sont justes et absurdes tout à la fois. Ils sont absurdes, en ce qu'ils affectent d'être des jugements, tandis qu'ils ne sont plus en réalité des jugements, puisque tout
Dans VexUtence réfléchie (1) le sujet n'est plus lUi
rapport entre le sujet et le prédicat a cessé; ils sont justes, en ce qu'ils montrent Tinsuffisance des jugements purement posUU et négatif, ou du jugement de la qualité en général, et la nécessité d*un autre jugement. Et, en effet, Tindiviàuel ou Tuniversel nie ici ce rapport purement qualitatif ou à'emlence (Do* seyns)^ parce que ce sont des termes plus concrets qui enveloppent et dépasseut ce rapport, et que ce rapport ne saurait, par conséquent, exprimer. L'individuel est l'individuel, ou l'universel est l'universel^ veut donc dire que l'individuel et l'universel, et partant le particulier aussi, par ce retour sur eux-mêmes, se posent comme des termes concrets dans lesquels les déterminations de la qualité ne sont plus que des moments qu'ils ont traversés, Cest là ce qui amène le jugement de la réfiexion* « Le jugement négatif infini, dit Hegel, dans lequel il n'y a plus de rapport outre le sujet et le prédicat, est présenté par la logique formelle comme une sorte de curiosité qui n'a pas de sens. £t cependant il est loin de n'être qu'une simple forme accidentelle de la pensée subjective, car il est le résultat immédiat de la dialectique des jugements précédents (les jugements positif^ et simplement négatif) dont il met en évidence la flnité et l'insuffisance. Comme exemple objectif du jugement négatif infini, on peut citer le crime. Celui qui commet un crime, le vol, par exemple, nie le droit, et c'est parce qu'il a nié le droit comme tel, ouïe droit en général, qu'il est non-seulement tenu de rendre ce qu'il a voie, mais qu'il est puni. Dans les causes civiles, au contraire, on a un exemple du jugement simplement négatif, car ce qu'on y nie, ce n'est pas le droit en général, mais tel droit particulier. On s'y comporte comme dans le jugement, « cette fleur n'est pas rouge^ » par lequel on nie cette couleur particulière de la fieur, et non la couleur en général^ car elle peut être bleue, jaune, etc. La mort peut aussi être considérée comme un jugement négatif
infini
(I) pmtenZf Voy. §§ oixji, cwi|.
terme immédiat et qualitatif, mais il a un rapport et une connexion avec d'autres termes, avec un monde ettérieur. L'universalité prend ici le caractère* de cette relativité. Tels sont, par exemple, les termes universels, utile, dangereux ; pesant, acide, ou bien, désir, etc. (1).
infini, à la différence de la maladie, qui n'est qu'un jugement simplement négatif. Ce qui est arrêté ou nié dans la maladie, ce n*e8t que telle ou telle fonction, tandis que dans la mort le corps ef l'àme, se séparent, suivant l'expression ordinaire, c'est-àdire, il n'y a plus de rapport entre le sujet et le prédicat. » (Grande Ei^cyclop,, § cixxiii.) Du reste, la significalion objective, ou les exemples de ces jugements sont fournis par la sphère de l'être comme par celle de l'essence. Ainsi, le jugement rindividuel est l'wdversel, c'est le quelque chose, VEtwas, qui a des qualitéi, c'est la chosey le Ding^ avec ses propriétés, ou bien le réel, le WirckHches, avec ses possibilités muliiplesy ou la substance avec ses accidents; d'où l'on déduit facilement la réciproque, à savoir l'universel est l'individuel, ou les diverses qualités constituent le quelque chose, etc. Seulement, parmi ces exemples, le plus approprié est le premier, en ce qu'il appartient à la sphère de l'être ou de la shnple qualité, tandis que dans les autres la forme qualitative du jugement se reproduit, mais combinée avec d'autres éléments et d'autres déterminations.
(1) Ce qui distingue le jugement de Ia réflexion, on réfléchi du jugement purement qualitatif, c'est que le prédicat n'est plus une qualité abstraite et immédiate, mais il est ainsi constitué que par lui le sujet entre dans une sphère plus large et plus concrète de rapports. Lorsqu'on dit « cette rose est rouge, » on ne considère le sujet que dans son existence immédiate, et indépendamment de tout rapport avec un autre terme que lui; tandis que dans le jugement « cette plante est salubre » on considère la plante comme mise en rapport par son prédicat, la salubrité, ?ivec un terme autre qu'elle , c'est-à-dire la santé qu'elle con*