‹ Logique et moraleChapitre 107 sur 352 · PRATIQUE · texte numérisé non relu

PRATIQUE

Dans des travaux récents, on a considéré que toute tentative, pour établir une morale théorique, quelle que soit la méthode que l'on essayait d'y appliquer, était métaphysique. Même les morales empiriques et objectives, qui font profession de se fonder sur l'expérience, « persistent à se présenter comme proprement spéculatives et à tenter de légitimer par leurs démonstrations les règles qu'elles formulent ». Aussi aboutissent-elles ace résultat contradictoire ou inutile de transformer une loi prétendue inévitable en une règle que Ton conseille de suivre. Ne semble-t-il pas qu'en dessous des

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détours ingénieux que l'on prendra, on reviendra toujours se heurter à cette alternative: ou bien la morale est une science qui, procédant comme toutes les autres sciences, tire des faits une loi nécessaire, et alors il n'y a plus de règle morale; ou bien l'individu peut aller en sens contraire de la loi qu'on lui propose et alors ce n'est plus une loi nécessaire tirée des laits.

Par conséquent, une morale positive ne doit être a aucun deg une morale théorique ; elle doit se borner à envisager dans les sciences traitant des faits qui touchent à la conduite humaine les lois qu'elles ont établies et à se demander si, en utilisant ces lois, en les appliquant, il est possible d'amener dans notre conduite el dans nos mœurs des réformes heureuses. La morale se présente alors comme un art, comme une technique. Elle est vis-à-vis des sciences psychologiques et sociales ce que la médecine est vis-à-vis de la biologie. Étant donné que nous voulons vivre, et vivre le mieux possible, ce qui est le postulat fondamental de tout effort humain et par suite de tout art, la morale cherchera à tirer des lois psychologiques et sociales toutes les applications et, par suite, toutes les règles qui, compatibles avec ces lois, tendront à réaliser cette fin générale dans le domaine de la vie pratique, de môme que la médecine tire des lois de la biologie toutes les applications et toutes les règles qui tendent à assurer notre santé.

Jusqu'ici notre morale ressemblait assezà la médecine antérieure, à la biologie scientifique. Cette médecine se composait de pi criptions vagues et confuses imposées par la tradition et la sup< ti t ion, et toutes assez mal fondées. Leur vertu ne pouvait invoquer d'autres titres <jue quelques réussites constatées sans méthode et souvent tout à Fa il imaginaires. La nature, en cas de maladie, par le jeu de ses lois inévitables, annulait seule dans la plupart des cas soi t la guérison, soit la mort. La morale est à peu près établie de môme. Ses règles sont reflet du jeu des forces sociales, et les morale- théoriques, en croyant déterminer les fondements des règles morales, n'ont guère lait jamais que constater el systématiser ces règles sans d'ailleurs découvrir leurs véritables raisons et par conséquent sans pouvoir établir leur nécessité.

Maintenant que les science- psychologiques et sociales commence]]1 à étudier avec succès l'activité et les mœurs humaines, il serait temps de commencer aussi à substituer à nos traditions morales grossièrement empiriques des règles fondées sur les résultats de «'tude- scientifiques. La morale doit donc, part oui où elle le peut, devenir un art rationnel et scientifique, comme le sonl devenus les de l'ingénieur ou du chimiste, de l'hygiéniste ou du médecin. Les morales théoriques [meta morales] doivent être ra à côté

T&% LA MORALE. — PRÉLIMJNAIRKS ET HISTORIQCJE

de l'alchimie ou de l'astrologie ou de l'ancienne médecine, parmi les imaginations métaphysiques qui sont dues à l'ignorance des véritables réalites. La morale véritable, légitime, est la morale pratique, c'est-à-dire une application de la science des mœurs aux efforts que nous faisons pour vivre du mieux qu'il nous est possible. Cette conception toute récente a été soutenue avec des variantes par Durkheim, Lêvy-Briïhl et Rauh. Voici sur quelles raisons on la (onde.

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