‹ Logique et moraleChapitre 109 sur 352 · VI. — CONCLUSION RELATIVE A CETTE CONCEPTION DE LA MORALE · texte numérisé non relu

VI. — CONCLUSION RELATIVE A CETTE CONCEPTION DE LA MORALE

11 faut remarquer que cette conception encore toute récente n'a pas pu fournir ses preuves. Elle a pour elle :

1° Ce fait que les morales qui s'appuient sur des principes théoriques sont jusqu'à présent restées des morales toujours discutables et discutées, connues seulement d'un très petit nombre de gens cultivés, qui, malgré cela, n'ont jamais pu s'entendre;

2° Et cet autre fait que les morales pratiquées jusqu'ici se composent uniquement de règles transmises par l'éducation et la tradition et qui paraissent toujours conditionnées par le milieu social. Elles ont donc toujours répondu à la conception qui vient d'être proposée, sauf qu'elles ont été purement empiriques et irréfléchies, alors que celte conception voudrait devenir progressivement rationnelle, scientifique et réfléchie.

Elle a contre elle sa nouveauté, qui fait qu'elle n'a pu encore être éprouvée, les habitudes d'esprit traditionnelles des philosophes et des moralistes, qui ont toujours subordonné leur morale pratique à une morale théorique, et enfin les difficultés considérables qu'il y a à appliquer une méthode scientifique à l'observation des réalités morales.

OBJET KT CARACTÈRE DE LA MORAI E

vu. — CONCLUSIONS GÉNÉRALES, — PROPOSÉES, — SUR L'OBJEI Il LE CARACTÈRE DE LA MORALE

En résumé, on conçoit l'objet et le caractère «le la morale de deux Tarons bien différentes : cherchera-t-on ou ne cherchera-1 on pas un fondement absolu el définitif de la morale, un principe ou un ensemble de principes ? Gonstruira-i-on, ou non. au-dessus delà morale pratique, une morale théorique, pour justifier la première?

Les deux alternatives ont aujourd'hui leurs partisans irréductibles.

D'une lagon pratique, ou peut dire qu'il est louable de vouloir sortir de discussions théoriques qui depuis si longtemps se pour- Buivenl sans résultat, et que la certitude el le progrès doivent être, en morale comme ailleurs, dans l'affranchissemeni à L'égard des difficultés, des hypothèses e1 des doutes métaphysiques. Mais les morales théoriques, outre qu'elles peuvent être et sont conçues par certains d'une façon moins dialectique et moins idéologique que dans les anciens systèmes, sont, même dans leurs formes les plus systématiques, une indication précieuse sur le sentiment moral, sur les aspirations de la société et de l'époque, peut-être de l'homme dans ce que ce mot a de tout à fait général. Conçues dans une société et une époque déterminées, pour de- besoins donnés, retraçant par leur histoire tout un côté de révolution des aspirations humaines, elles valent, elles aussi, à litre de fait,

biiiiu, eutendues d'une façon plus positive et moins dogmatique qu'elles ne l'ont souvent été jusqu'ici, considérées comme de- hypothèses générales destinées à organiser nos idées dan- le domaine moral, n'y joueraient-elles pus alors un rôle analogue ù celui une jouent les grandes hypothèses dans les sciences de la nature. Les « théories scientifiques », nous l'avons vu, sontinfinimeut précieuse pour l'invention et la découverte, qui sont presque toujours l'effet d'idées générales systématisatrices <d directrices. Il en est peut-être de même ici des •• morales théoriques

Aussi, avanl d'aborder la morale pratique, est-il bon de prendre une idée sommaire des principaux problèmes et des principales notion- de la morale théorique. C'est taire l'analyse et l'histoire d'éléments importants du sentiment moral. Et, en tout lans

l'état actuel des eboses, c'est ne pas abandonner, trop vite, une

méthode dont les adversaires Bont encore peu nombreux. ints, très discutés. Ce Bera peut-être aussi, pour ceux-.-!, le

"06 LA MOHAl.F, — PRÉLTMAIRB8 RI HISTORIQUÏ

moyen de montrer rinsuffisance de la morale théorique a donner des conclusions qui .'«"Nient le consentement universel : ce qui serait le but essentiel et la raison d'être de la morale théorique.

Nous n'avons pas dissimulé dans ce qui précède, nous ne dissimulerons pas dans la suite nos préférences pour la méthode positive et scientifique — en morale comme partout ailleurs. Nous croyons donc à l'avenir de cette morale positive. Mais il n'est que loyal de constater que, parmi les philosophes aussi bien que parmi ceux qui se préoccupent des problèmes moraux, cette attitude n'est encore adoptée que par une minorité.

Nous croyons encore que cette morale positive laissera toujours, à côté des règles qu'elle pourra déterminer scientifiquement efqui s'imposeront dune façon en quelque sorte extérieure et objective aux individus, un rôle nécessaire à un élément moral individuel et subjectif. A notre sens elle déterminerait ainsi d'une façon rationnelle et positive la part indispensable du sentiment moral, de la conscience morale individuelle, de la vie intérieure : facteurs] qui restent peut-être au moins partiellement irrationnels et inconscients pour l'agent moral.

La moralité en effet ne paraît guère pouvoir s'imposer du dehors. Il faut que l'individu s'y efforce et aille au-devant d'elle de tout luimême. Pour cela il faut qu'il cède à un élan intérieur.

Et il semble bien que, de ce point de vue, toute éducation vraiment morale implique la conscience d'un idéal auquel l'individu soit prêt à se sacrifier, toutes les fois queles circonstances l'exigent. La différence ici avec les morales théoriques et métaphysiques serait, à notre avis, qu'au lieu d'imposer un idéal spécialement déterminé, la morale positive considérerait que cet idéal est surtout affaire de conviction individuelle : le jardin secret que chacun doit cultiver en lui-même. Un idéal se propose, il ne s'impose pas. L'essentiel peut-être est qu'on en ait un : philosophique ou religieux, rationnel ou mystique, positif ou métaphysique... Une conviction puissante doit organiser et discipliner toutes les forces intérieures de l'agent moral et lui faire accepter les obligations morales positives, le pousser même à les dépasser, pourvu d'abord ' qu'il les respecte toutes.

Remarque importante. — Les conclusions de ce chapitre, comme du précédent, exposent - ce qui est inévitable en pareille matière — une opinion personnelle. Nous ne faisons que la proposer à la réllexion du lecteur, en l'invitant à l'examiner et à la critiquer avec toute l'attention (pie comporte le sujet.

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