IV.— I/OBLIGATION DANS LES MORALES RATIONALISTES
Les morales qui veulent, selon la grande tradition philosophique, identifier la raison et l'expérience, et faire rentrer la loi morale dans l'ordre naturel, au lieu de l'en séparer et la poser à part, comme le fait liant, ont essayé, au xixe siècle, de garder de l'analyse de l'obligation tout ce qui en fait, d'après liant, la solidité, mais en renonçant à son caractère primordial et absolu ; le devoir se déduirait d'un bien idéal conçu par la raison (souverain bien, perfection individuelle, perfection de l'humanité). Ainsi croit-on continuer à donner une formule morale accessible à tous et toujours valable, c'est-à-dire universelle et indépendante des expériences particulières. Mais il est facile de voir que ce changement de front, qui revient à juxtaposer au rationalisme grec ou au rationalisme des Cartésiens le rationalisme de liant, n'échappe à aucune des critiques que les naturalistes ont faites à ce dernier. C'est sur la conception du souverain bien qu'elles porteront au lieu de porler sur le sentiment d'obligation ; mais, comme on déduit le sentiment d'obligation de cette conception du bien, il en résulte que celui-ci n'est pas plus solide que celle-là. Et puis, à faire du devoir quelque chose de dérivé, ne lui enlève-t-on pas tous les caractères qui, pour liant, faisaient sa solidité?
Conclusion. — On voit donc qu'il est extrêmement difficile aujourd'hui de considérer le sentiment d'obligalion morale comme un principe absolu et universel sur lequel tous s'accorderaient. Au fond, sous ce nom, on entend les réalités les plus disparates, selon qu'on en fait une intuition, une expérience ou la conséquence d'un idéal rationnel.
A un point de vue positif, on ne peut que constater : 1° Que dans toute société il y a toujours eu, jusqu'à présentées contraintes qui pèsent sur la conscience de l'individu, que celui-ci le veuille ou non; il sent en lui des obligations ;