‹ Logique et moraleChapitre 117 sur 352 · V. - L'IDÉE DE SANCTION DANS LES MORALES THÉORIQUES · texte numérisé non relu

V. - L'IDÉE DE SANCTION DANS LES MORALES THÉORIQUES

L'idée d'obligation ne paraît pas à l'analyse se suffire pratiquement si elle n'est pas accompagnée de sanctions. Les honnôtes gens peuvent bien pratiquer le : Fais ce que dois, advienne que pourra » et accepter sans étonnemenl que la vertu ne soit pas récompensée et que le vice reste impuni. La morale doit être faite, aussi et surtout, pour ceux qui ne sont pas d'une honnêteté parfaite et ceux-là ne comprendront jamais qu'on puisse pour rien sacrifier m>ii bonheur, ou violer impunément la loi morale. Dans leur esprit c'est supprimer l'obligation que supprimer la sanction. Aussi les moralistes ont-ils essayé de trouver un lien nécessaire entre l'obli-

ion et la sanction.

M. \.\ SANCTION DANS LES MORALES INTI ITIVES I i RATIONALISTES

A. Sanction intérieure. — Pour les morales intuitives, il était naturel de chercher la sanction dans la conscience. L»- sentiment de satisfaction intérieure que nous ressentons lorsque non- a\ fait oolre devoir, le remords qui. par contre, lait souffrir le coupable, in> sont-ils pas la reaction directe de la façon dont on i ou

non à l'obligation morale sur la conscience de l'agent. De même

g04 hA MORALE. - PRÉLIMINAIRES ET HISTORIQUE

que tout homme trouverait dans sa conscience, la loi à laquelle il doit obéir, il aurait aussi, dans sa conscience l<is plaisirs OU les peines qui doivent récompenser ou châtier sa conduite.

Mais il est trop aisé de remarquer que la satisfaction du devoir accompli n'est un plaisir que pour les consciences délicates et hautement morales et que le remords s'adoucit et finit par disparaître avec l'habitude delà faute. Les pires criminels ressentent môme un très vif plaisir à réussir un crime abominable. La sanction intérieure n'est donc guère qu'à l'usage des honnêtes gens.

B. Sanction surnaturelle. — Aussi les morales intuitives e\ rationalistes ont-elles le plus souvent désespéré de trouver dans l'existence actuelle une sanction suffisante, et elles ont cherché, à la suite des religions, dans la vie future et dans un autre inonde, les plaisirs ou les récompenses impliquées par la loi morale.

Kant, par exemple, dans les déductions de sa morale, montre que, contrairement à ce que croyaient les Grecs, on ne peut pas établir une liaison absolue et nécessaire entre la vertu et le bonheur dans l'expérience actuelle. Cette liaison ne sera donc possible que dans une autre vie, et s'il existe une Providence, c'est-à-dire une puissance qui réalise volontairement cette liaison de la vertu et du bonheur. Or, d'après lui, l'obligation n'est concevable d'une façon rationnelle que si lui obéir est récompensé et lui désobéir puni; sans cela elle serait un jeu de dupe. Nous sommes donc rationnellement obligés d'admettre, puisque l'obligation existe indiscutablement en nous, qu'il y a une vie future et une divinité pour nous y récompenser et nous y punir. Tels sont les deux derniers postulats delà loi morale d'après liant ; postulats, parce que, sans pouvoir être prouvés en eux-mêmes, ils sont requis par l'existence de la loi morale dans notre conscience.

Cette déduction pourrait être prise en considération, si tout ce que dit Kant au sujet de l'obligation était à l'abri de la critique. Mais nous avons vu qu'il n'en est rien. Cette nouvelle sanction ne peut donc servir qu'à ceux qui croient que l'obligation morale est une loi innée et a priori de toute conscience. Mais il n'est que trop évident qu'elle n'a aucune valeur pour ceux qui considèrent que l'obligation morale n'est qu'une habitude, un sentiment qu'a développé en nous l'existence sociale.

Page 1