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VIII. — MORALE SANS OBLIGATION NI SANCTION

Les difficultés sans nombre soulevées par les problèmes de l'obligation et de la sanction morale ont invité plusieurs moralistes modernes à affranchir la morale de ces problèmes.

Le philosophe qui a présenté la thèse de la morale sans obligation ni sanction de la façon la plus systématique est Guyau. VA les emprunts considérables qu'il fait à Spencer (avec d'ailleurs tous les moralistes anarchistes qui, d'une façon moins philosophique, ont soutenu la môme thèse) montrent historiquement le lien de filiation entre le courant naturaliste et la morale sans obligation ni sanction, si bien que les partisans d'une morale intuitive se servent souvent de cette filiation pour faire voir qu'il n'est pas possible de fonder des règles morales solides, assurées, c'est-à-dire des obligations, à l'aide de la méthode naturaliste.

Pour Guyau, la morale traditionnelle et métaphysique a pour but de donner à l'homme non la science du bien, mais le préjugé du bien. Si ce préjugé est suffisant pour fonder la morale ordinaire, « pour le philosophe, au contraire, il ne doit pas y avoir dans la conduite un seul élément dont la pensée ne cherche à se rendre compte, une obligation qui ne s'explique pas, un devoir qui ne donne pas ses raisons ». L'impératif catégorique de liant et la notion d'obligation pris comme principes ultimes de la morale sont justement des obligations qui ne s'expliquent pas, donc des faits du même ordre que les préjugés de la morale ordinaire. Guyau se propose de rechercher « ce que serait et jusqu'où pourrait aller une morale où aucun préjugé n'aurait aucune part, où tout serait raisonné et apprécié à sa vraie valeur, soit en fait de certitude, soit en fait d'hypothèse simplement probable. Si la plupart des philosophes, même ceux des écoles révolutionnaires, évolutionnistes et positivistes, n'ont pas pleinement réussi dans leur tâche, c'est qu'ils ont voulu donner leur morale rationnelle comme à peu près adéquate à la morale ordinaire, comme ayant même étendue, comme étant presque aussi impérative dans ses préceptes. Cela n'est pas possible. Lorsque la science a renversé les dogmes des diverses religions, elle n'a pas pensé les remplacer tous... ; sa situation à l'égard de la morale est la même qu'en face de la religion. Rien

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