NOTIONS HISTORIQUES 81 R LA MORALE THÉORIQUE
truire la réalité morale, Bauf dans la mesure <>ù l'on esl fondé d'\ voir une expression, plus ou moins adéquate de la morale de leur temps. Un moraliste, c'est avant tout une conscience plus largeque les consciences moyennes, dans laquelle les grands courants moraux viennent se rencontrer, qui embrasse par conséquent une portion plus considérable de la réalité morale. Mais, quani à considérer leurs doctrines comme des explications, comme desexpressions scientifiques de la réalité morale passée ou présente, je m'y refuse. »
i La première question qui se pose, comme au début de toute recherche scientifique et rationnelle, est donc la suivante : à quelles caractéristiques peut-on reconnaître et distinguer les faits moraux?
La morale se présente à nous comme un ensemble de maximes,
de règles de conduite. Mais il y a d'autres régies que les règles morales qui nous prescrivent des manières d'agir.
Toutes les techniques utilitaires sont souveraines par des systèmes de règles analogues. Il faut chercher la caractéristique différentielle des règles morales.
« 11 faut que nous trouvions un réactif qui oblige en quelque sorte les règles morales à traduire extérieurement leur caractère spécifique. Le réactif que nous allons employer est celui-ci : nous allons chercher ce qui arrive quand ces diverses règles sont violéesi cl nous verrons sirien ne différenciée ce point de vue les règles morales des règles techniques.
Quand une règle est violée, il se produit généralement pour ut des conséquences fâcheuses pour lui. Mais, parmi ces conséquences Fâcheuses, nous pouvons eu distinguer de «Jeux sorte*
1° Les unes résultent mécaniquement de l'acte de violation. Si je viole la règle d'hygiène qui m'ordonne de un' préserver des contacts suspect s, les mi i les de cet actese produisent automatiquement, voir la maladie. L'acte, accompli, engendre de lui-même la conséquence qui en résulte et, en analysant l'acte, on peut par avance savoir la conséquence qui y est analytiquemenf impliquée :
2° Mais quand je viole la règle qui m'ordonne de ne pas tuer, j'ai beau analyser mon acte, je n'y trouverai jamais le blâme ou le Châtiment ; il j a entre l'acte ei sa conséquence une hétérogénéité complète; il esl impossible de dégager analytiquement delanotion de meurtre ou d'homicide la moindre notion.de blâme, ou deflétrislure : le lien qui réunit l'acte à sa conséquence i un lien
ithétiçue.
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J'appelle sanction les conséquences ainsi rattachées à l'acte par un lien synthétique. Ce lien, je ne sais pas encore d'où il vient, quelle est son origine ou sa raison d'être ; j'en constate L'existence et la nature sans aller présentement plus loin.
Mais nous pouvons approfondir cette notion. Puisque I"- sanctions ne résultent pas analytiquement de L'acte auquel elles sont attachées, c'est donc, vraisemblablement, que je ne suis pas puni, blâmé parce que j'ai accompli tel ou tel acte. Ce n'est pas la nature intrinsèque de mon acte qui entraîne la sanction. Celle-ci ne vient pas de ce que l'acte est tel ou tel, mais de ce que l'acte n'est p conforme àla règle qui le prescrit. Et en effet, un même acte, fait des mêmes mouvements ayant les mêmes résultats matériels, sera blâmé ou non suivant qu'il existe ou non une règle qui le prohibe. C'est donc bien l'existence de cette règle et le rapport que soutient av elle l'acte qui déterminent la sanction. Ainsi l'homicide flétri en temps ordinaire ne Test pas en temps de guerre, parce qu'il n'y a pas alors de précepte qui l'interdise. Un acte intrinsèquement le menu* qui est blâmé aujourd'hui chez un peuple européen ne l'était pas en Grèce, parce qu'en Grèce il ne violait aucune règle préétablie. Nous sommes donc arrivés à une notion plus profonde de la sanction ; la sanction est une conséquence de l'acte qui ne résulte p du contenu de l'acte, mais de ce que l'acte n'est pas conforme à une règle préétablie. C'est parce qu'il y a une règle antérieurement posée, et que l'acte est un acte de rébellion contre cette règle qu'il entraine une sanction.
Ainsi il y a des règles présentant ce caractère particulier : nous sommes tenus de ne pas accomplir les actes qu'elles nous interdisent tout simplement parce qu'elles nous les interdisent. C'est ce qu'on appelle le caractère obligatoire de la règle morale. Voilà donc retrouvée, par une analyse rigoureusement empirique, la notion de devoir et d'obligation, et cela à peu près comme Kant l'entendait.
Jusqu'ici, il est vrai, nous n'avons considéré que les sanctions négatives (blâme, peine), parce que le caractère obligatoire de la règle s'y manifeste plus clairement. Mais il y a des sanctions d'une autre sorte. Les actes commis en conformité avec la règle morale sont loués; ceux qui les accomplissent sont honorés. La conscience morale publique réagit alors d'une autre manière ; la conséquence de l'acte est favorable à l'agent; mais le mécanisme du phénomène est le môme. La sanction, dans ce cas comme dans le précédent] vient non pas de l'acte lui-même, mais de ce qu'il est conforme à une règle qui le prescrit. Sans doute cette espèce d'obligation est d'une nuance différente de la précédente ; mais ce sont deux variété! du même groupe. Il n'y a donc pas là deux sortes de règles morales,
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les unes défendant, les autres commandant ; ce sonl deux esp< d'un même genre.
L'obligation morale esl donc définie, el cette définition a'esl pas sans intérêt; car elle fait voir à quel point les morales utilitaires
1rs plus récentes el les plus perfection] s onl méconnu le problème
moral; dans la morale de Spencer par exemple, il y a une ignorance complète de ce qui constitue l'obligation. Pour lui, la peine n'est autre chose que la conséquence mécanique de l'acte cela se voit en particulier dans son ouvrage de pédagogie à propos des peines scolaires . C'esl méconnaître radicalement les caractères de l'obligation morale. El cette idée absolument inexacte est encore très répandue. Dans une enquête récente sur la morale sans Dieu, on pouvait lire dans la lettre d'un savant qui aime à s'occuper de philosophie que la seule punition dont le moraliste laïque puisse parler est celle qui consiste dans les mauvaises conséquences des actes immoraux que l'intempérance ruine la santé, été. .
|)ans ces conditions, ou passe à côté du problème moral qui est précisément défaire voir ce qu'est le devoir, surquoi il repose, en quoi il n'est pas une hallucination, à <|uoi il correspond «la ns |<> réel.
Jusqu'ici nous avons suivi Kant d'assez près. Mais si son analyse de l'acte moral est partiellement exacte, (die est pourtant Insuffisante et incomplète, car elle ne nous montre qu'un des aspects de la réalité morale.
Nous ne pouvons, en effet, accomplir un acte qui ne nous dit rien et uniquement parce qu'il est commandé. Poursuivre une lin qui nous laisse froids, qui ne nous semble pas bonney qui ne touche pas notre sensibilité, esl chose psychologiquement impossible. Il
tant donc qu'à Côté de son caractère obligatoire la lin morale -<>il désirée et désirable, cette désirabilitê est un second caractère de tout acte moral.
Seulement la désirabilitê, particulière à la vie morale, participe du caractère précédent, du caractère d'obligation : (die ne ressemble pas g la désirabilitê des objets auxquels s'attachent nos désirs ordinaires. Nous désirons l'acte commandé par la règle d'une façon spéciale. Notre élan, notre aspiration vers lui ne vont jamais sans une certaine peine, >aih un effort. Même quand nous accomplissons l'acte noral avec une ardeur enthousiaste, mai- sentons que nous sortons le nous-mêmes, que nous nous dominons, que non- nous élevons au-dessus de noire être naturel, ce qui ne va pas sans une i lai m tension, une certaine contrainte sur soi. Nous avons conscience
(pie nous faisons violence a toute une partie de noire nature. Ainsi.
il faut l'aire une certaine place à l'eudémonisme, et on pourrai! montrer que, jusque dans l'obligation, le plaisir et lu désirabilitê
pénètrenl ; nous trouvons ub certain charme a accomplir l'acte moral qui nous esl ordonné par la règle, etpar cela seul qu'il nous est commandé. Nous éprouvons un plaisir mi generi à faire notre
devoir, parce qu'il esl le devoir. La notion du Lien pénètre jusque dans la notion de devoir connue la notion de devoir et d'obligation pénètre dans celle du bien. L'eudémohisme est partout dans la vie
morale ainsi que son contraire.
Le devoir, l'impératif kantien n'est donc qu'un aspect abstrait delà réalité morale; en Fait la réalité morale présente toujours el simultanément ces deux aspects que l'on ne peu! isoler. Jl n'y m jamais eu un acte qui fût purement accompli par devoir; il a toujours fallu qu'il apparût comme bon en quelque manière. Inversement, il n'en est pas vraisemblablement qui soient purement désirables ; car ils réclament toujours un effort.
De même que la notion d'obligation, première caractéristique de la vie morale, permettait de critiquer l'utilitarisme, la notion de bien, seconde caractéristique, permet de faire sentir l'insuffisance de l'explication que Kant a donnée de l'obligation morale. L'hypothèse kantienne, d'après laquelle le sentiment de l'obligation serait dû à l'hétérogénéité radicale de la raison etdelasensibilité, est difficilement conciliable avec ce fait que les fins morales sont par un de leurs aspects objets de désirs. Si la sensibilité a, dans une certaine mesure, la même fin que la raison, elle ne s'humilie pas en se soumettant à cette dernière.
Telles sont donc les deux caractéristiques de la réalité morale. Sont-ce les seules? Nullement, et je pourrais en indiquer d'autres. Mais celles que je viens de signaler me paraissent les plus importantes, les plus constantes, les plus universelles. Je ne connais pas de règle morale, ni de morale où elles ne se rencontrent. Seulement elles sont combinées suivant les cas dans des proportions très variables. Il y a des actes qui sont accomplis presque exclusivement par enthousiasme, des actes d'héroïsme moral, où le rôle de l'obligation est très effacé et peut être réduit au minimum, où la notion de Bien prédomine. 11 en est d'autres où l'idée du devoir trouve dans la sensibilité un minimum d'appui. Le rapport de ces deux éléments varie aussi suivant les temps : ainsi, dans l'antiquité, il semble que la notion de devoir ait été très effacée ; dans les systèmes, et même peut-être dans la morale réellement vécue par les peuples, c'est l'idée du Souverain Bien qui prédomine. D'une manière générale il en est de même, je crois, partout où la morale est essentiellement religieuse. Enfin ie rapport des deux éléments varie aussi profondément aune même époque suivant les individus. Suivant les consciences, l'un ou l'autre élément est ressenti plus
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ou moins vivement, et il est l>i"n rare < 1 1 1 * * les deux aient même intensité. Chacun de nous a son daltonisme moral spécial. Il y s des consciences pour lesquelles l'acte moral semble surtout bon, désirable ; il y «m a d'autresqui ont le sens de la règle, qui recherchent la consigne, la discipline, <|ni ont horreur de t < » u t ce qui est indéterminé, qui veulent que leur vie se déroule Buivanl un plan rigoureux el que leur conduite soit constamment Boutenue par un ensemble de règles solides et fermes.
El il va là une raison de plus pour nous tenir en garde contre les suggestions de nos consciences personnelles. On conçoit quels sont les dangers d'une méthode individuelle, subjective, qui réduit la morale au sentiment que chacun de aouseu a, puisqu'il y a presque toujours eu des aspects essentiels de la réalité morale ou que nous ne. sentons pas du tout, ou que uous ne sentons que faiblement.
Mais, étant donné que ces deux caractéristiques de la vie morale se retrouvent partout où il y a fait moral, peut-on dire cependant qu'elles sont sur le même plan ? n\ en a-t-il pas une à laquelle il faille donner la primauté et de laquelle l'autre dérive? n'y aurait-il pas lieu, par exemple, de cherchersi l'idée de devoir, d'obligation, n'est pas sortie de ridée de bien, de fin désirable à poursuivre? J'ai reçu une lettre qui me pose celle question et me soumet celle hypothèse. Je répugne radicalement a l'admettre, je laisse de côté toutes les raisons qui militenl contre elles ; puisque, à toutes les époques, si haut que l'on puisse remonter, non- trouvons toujours les deux caractéristiques coexistantes, il n \ a aucune raison objective d'admettre entre elles un acte de priorité, même logique.
Mais, même aupoinl de vue théorique et dialectique, ne voit-on pas que, si nous n'avons des devoirs que parce que le devoir désirable, La notion même du devoir disparaît? Jamais du désirable on ne pourra tirer L'obligation, puisque le caractère spécifique de L'obligation est de faire en quelque mesure violence au désir. Il e^i aussi impossible de dériver le devoir du bien (ou inversement que dedéduire l'altruisme de l'égoïsme.
11 est incompréhensible, objecte-t-on, que nous puissions être obligé à faire un acte autrement qu'en raison du contenu intrinsèque de cet acte. Mais d'abord, pas plus dans L'étude des phénomènes moraux que dans L'étude des phénomènes psychiques ou autres, on n'est fondé à nier un fail constant, parce qu'on n'en peut pas donner présentement une explication satisfaisante. Puis, pour que le caractère obligatoire des règles soit fondé, il suffit que la notion d'autorité morale soil fondée, elle aussi, car, à une autorité
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morille, légitime aux yeux de La raison, nous devons obéissance simplement parce qu'elle est autorité morale, par respect pour la discipline Or on hésitera peut-être à nier toute autorité morale. Que la notion en soil mal analysée, ce n'est pas une raison pour en méconnaître l'existence ci la nécessité. On verra d'ailleurs plus loin à quelle réalité observable correspond celte notion.
Gardons-nous donc de simplifier artificiellement la réalité morale. Au contraire, conservons-lui avec soin ces deux aspects que noua venions de lui reconnaître, sans nous préoccuper de ce qu'ils paraissent avoir de contradictoire. Cette contradiction s'expliquera tout à l'heure. » (7e/., 120-125.)
« Pour faire entrevoir comment la notion du fait moral peut présenter ces deux aspects, en partie contradictoires, on les rapprochera de la notion du sacré, qui présente la même dualité. L'être sacré, c'est, en un sens, l'être interdit que l'on n'ose pas violer : c'est aussi l'être bon, aimé, recherché. Le rapprochement entre ces deux notions sera justifié ;
1° Historiquement par les rapports de parenté et de filiation qui existent entre elles ;
2° Par des exemples empruntés à notre morale contemporaine. La personnalité humaine est chose sacrée; on n'ose la violer, on se tient à distance de l'enceinte de la personne, en même temps que le bien par excellence; c'est la communion avec autrui.
Ces caractéristiques déterminées, on voudrait essayer de les expliquer, c'est-à-dire trouver un moyen de faire comprendre d'où vient qu'il existe des préceptes auxquels nous devons obéir, parce qu'ils commandent, et qui réclament de nous des actes désirables à ce titre particulier qui a été déiini plus haut. A vrai dire une réponse méthodique à cette question suppose une étude aussi exhaustive que possible des règles particulières dont l'ensemble constitue notre morale. Mais, à défaut de cette méthode, inapplicable dans la circonstance, il est possible d'arriver, par des procédés plus sommaires, à des résultats qui ne sont pas sans valeur.
En interrogeant la conscience morale contemporaine (dont les réponses peuvent d'ailleurs être confirmées parce que nous savons sur les morales de tous les peuples connus), on peut se mettre d'accord sur les points suivants : 1° jamais, en fait, la qualification de morale n'a été appliquée à un acte qui n'a pour objet que l'intérêt de l'individu, ou la perfection de l'individu entendue d'une manière purement égoïste; 2° si l'individu que je suis ne constitue pas une fin ayant par elle-même un caractère moral, il en csj nécessairement de même des individus qui sont mes semblables
NOTIONS HISTORIOJ 1- SUR- LA MORALE HIÉORIQUE
et qui ne diffèrent de moi qu'en deg il en plus, soit en moins :
3° d'où l'on conclura que, s'il -y a une morale^ elle ne peut avoir pour objectif que le groupe formé par la pluralité d'individus associés, c'est-à-dire la société, sous condition toutefois que Ui société puisse rire considérée comme une personnalité qualitativement différente des personnalités individuelles qui la composent. La morale commence donc là où commence l'attachement à an groupe quel
qu'il soit.
Ceci posé, les caractéristiques du fait moral sont explicables : ! on montrera comment la société est une chose bonne, désirable, pour l'individu qui ne peut exister en dehors (relie qui ne peut la nier sans se nier; comment en même temps, parce qu'elle dépasse L'individu, celui-ci ne peut la vouloir et la désirer sans faire quelque violence à sa nature d'individu : 2' on fera voir ensuite comme la société, en même temps qu'une chose bonne, est une autorité morale, (jui, en se communiquant a certains préceptes de conduite qui lui tiennent particulièrement à cœur, leur confère un caractère obligatoire.
On .s'attachera, d'ailleurs, à établir comment certaines fins, le dévouement inter-individuel, le dévouement dusavantà la science — qui ne sont pas des fins morales par elles-mêmes, — participent cependant de ce caractère d'une manière Indirecte H par dérivation.
Enfin, une analyse de la nature «les sentiments collectifs expliquera le caractère sacré qui est attribué aux choses morales; analyse qui, d'ailleurs, ne sera qu'une confirmation de la précédente... A/., M i-ll''>.
« Telle est, autant qu'elle peut être exposée au cours d'un entretien, la conception générale «les laits moraux à Laquelle m'ont conduit les recherches que je poursuis sur ce sujet depuis un peu plus de vingt ans. On l'a parfois jugée étroite ; j'espère que. mieux i prise, elle cessera de paraître telle. On a pu voir au contraire, que. sans se proposer systématiquement d'être éclectique, elle se trouve faire place aux points de vue qui passenl d'ordinaire pour les plus opposés. Je me suis surtout appliqué a montrer qu'elle permet de traiter em piriq uemen I les faits moraux, tout en leur laissant leur caractère sut generis^ c'est-à-dire «elle religiosité qui leui inhérente et qui les met à part dans l'ensemble des phénomènes humains. On échappe ainsi et à l'empirisme utilitaire qui tente bien d'expliquer rationnellement la morale, mais en niant ses caractères spécifiques, en ravalant ses notions essentielles au même rang que Les mdion- fondamentales des techniques é< onomiques l'aprio-
risme kantien, qui donne une analyse relativement fidfcle de la cons-
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cience morale, mais qui décrit plus qu'il n'explique. (>n retrouve la notion du devoir, mais pour des raisons d'ordre expérimental ei sans exclure ce <ju'il y a de fondé dans L'eudémonisme. C'est que ces manières de voir, qui s'opposent chez les moralistes, ne s'excluent que dans L'abstrait. En fait, elles ne font qu'exprimer des aspi différents d'une réalité complexe, et, par conséquent, on les retrouve toutes, chacune à sa place, quand on fait porter son observation sur cette réalité, et qu'on cherche à la connaître dans sa complexité. » il il., 13.8).
Remarque très importante. — Il serait tout à fait contraire à une bonne méthode scientifique de laisser croire (pie la plupart des propositions établies dans ce chapitre sont indiscutables. Ce sont des opinions personnelles que nous proposons (nous insistons sur ce mot : proposer) à la réflexion et à la libre critique du lecteur.
Eniin il ne s'agit ici que d'esquisser sommairement une orientation générale et théorique. L'application pratique requiert des études de détail, une connaissance des réalités sociales, une prudence, sans lesquelles n'a jamais pu se produire une transformation heureuse et durable des mœurs, si minime qu'elle soit.