‹ Logique et moraleChapitre 143 sur 352 · DEUXIEME PARTIE INTERPRÉTATION DES RÈGLES MORALES · texte numérisé non relu

DEUXIEME PARTIE INTERPRÉTATION DES RÈGLES MORALES

S'il s'agissait d'un individu existant seul, en dehors de toute société, nous reconnaîtrions volontiers qu'aucune règle générale ne peut s'imposer à lui, et que, par suite, il n'a point de droits, mais nous dirions aussi qu'il n'a point de devoirs. In individu isolé, qui n'aurait jamais subi de contraintes sociales, qui n'aurait par atavisme aucun instinct social, n'agirait et ne pourrait raisonnablement agir que selon son bon plaisir, sans aucune règle , ni contrainte. Il réaliserait le rùve anar-

r L'INDIVIDU MORALE PERSONNELLE

chique au sens le plus complet du mot. Mais un tel individu / jamais existé, et ne peut exister m.» rlonc ■»■ ■ A ,IUJ,*'du na

à suivre un individu 'en dehors TKS ££,'" rt»ta «»««'«

lion: i réa°"i sur «nn m;i;a„ . , ' 'oiLb U(- laciwii

lion Je son caractère- sVw.n,... i ? ° Pourla- forma-

q«i semblent o :. ,? ?• '°US SeS actes' '"^cdc.vux

«*• «■»»'" ; .'» « ; £ "L e r, ::"n,""!,s"va!' ■»** *» «»

déterminent sa conduite future PerS°nnahté del^e"t- •■ P*r 1 /. - LB FONDBtfBNT DES DEVOIRS INDIVIDUELS

«bi.-8.ii»™ ,,,. ;.T ""'"'"; "•"''«•"■ « « » te

transforme pog^

quon le réformera c'est en f»i ' ' "' '«" «mposant des lois

'"""-ml régnerla justice et ledroil dans

MORALE PB vi IQ\ E

conditions sociales qu'on fera des hommes justes ci honnêtes L'individu n'est rien% le milieu social est tout; il n'a de devoir em lui-même que parce quilen a envers l<> Société*.

B. L'individualisme absolu : le devoir personnel, l'autonomie de l'individu, fondement delà morale; Kant. — Certes, le nombre des faits sur lesquels s'appuie ce système est imposant. Ne voyons-nous pas historiquement des minorités transformer peu à peu l'esprit général en créant une atmosphère sociale particulii par une certaine éducation, par l'application de certaines lois, môme par la force?

Mais combien de lois tombent-elles caduques avant d'avoir été appliquées, parce que les individus ne sont point prêts à les accepter ! A quoi servent les lois sans les mœurs? Tous les agitateurs savent que la meilleure propagande est la propagande individuelle, que l'on crée un courant d'opinion par l'éducation directe d'un certain nombre de citoyens. On ne change pas artificiellement l'esprit social en transformant le droit écrit. Le droit écrit apparaît la plupart du temps comme la consécration des tendances de l'esprit social. Et qu'est-ce que cet esprit social, sinon la somme des consciences individuelles? On voit donc que le point de vue peut être complètement renversé : en partant des données de notre conscience, l'individu est tout, la société n'est rien, car la société n'est compréhensible que comme la résultante des individus.

La plus forte expression de ce système est la doctrine de Kant et de ses disciples : Fichte, Schelling, les Néocriticisles (Renouvier). Voici son principe : l'individu étant une force libre et inconditionnelle, tout ce qui est social dérive de sa volonté et de sa capacité.

L'analyse morale doit donc placer en première ligne les devoirs de l'individu envers lui-même, puisque toute société ne vaudra que ce que vaudront les individus. Les devoirs sociaux dériveront des devoirs individuels, et par cet intermédiaire se constitueront les droits collectifs. On voit que cette conception implique un système de morale générale qui va directement contre les conclusions qui nous ont semblé devoir être établies précédemment. Nous n'en referons pas la critique.

Mais il y a plus. Si toute règle se fonde sur les devoirs individuels, quel sera, à son tour, le fondement des devoirs individuels? « L'homme, et en général tout être raisonnable, dit Kant, existe comme fin en soi, et non pas simplement comme moyen, pour

1. Voir, pour plus d'explications, les théories de certains criminalistes (chap. l,§ r

L'INDIVIDU : MORALE PERSONNELLE

l'usage arbitraire de telle ou telle volonté : et dans toutes ses actions, soit qu'elles ne regardent que Lui-même, soit qu'elles regardent aussi d'autres êtres raisonnables, il doit toujours considéré

comme fin... Les êtres dont L'existence ne dépend pas de la volonté, mais de la nalurr-, n'ont... qu'une valeur relative^ celle des moy et c'est pourquoi on les appelle des choses, tandis qu'au contraire on donne le nom de personnes aux êtres raisonnables, parce que leur nature même en fait des fins en soi. » «La loi morale n'est ni un acte d'une volonté extérieure, ni une certaine impression mys-

suse, ni une déduction d'une conception universelle... il faut qu'elle repose sur un fait avéré... Ce fait, c'est que l'homme est un être libre et responsable, c'est-à-dire une personne, ou du moins qu'il se conçoit comme tel; que, comme tel, tout être humain se

-lie contre toute contrainte, toute violence, sous quelque forme que ce soit. De là le sentiment de sa dignité^ du respect qu'il se porte à lui-même. Mais ce respect de soi, l'homme en présence de l'homme Vexige pour sa personne... Cette notion de personne implique celle d'un être capable de s'élever au -dessus de toutes les forces qui le constituent, de les contenir ou de les laisser aller à son gré, de dominer ses pensées, ses sentiment: volitions, de

leur tracer des limites, de les fixer dans une sphère déterminée; elle implique la notion d'un être maître de soi, ne relevanl que de soi, d'un être libre ^n un mot... En d'autres termes, L'homme en face de l'homme affirme La dignité , l 'inviolabilité de lu personne humaine en soi et en autrui. Là est le principe «le nos droits et de nos devoirs la règle de nos mœurs, la base de la morale. - Massol,

aie indépendante.) Le fondement de nos devoirs individuels, et, par suite, de tous nos devoirs, c'est donc le principe de la dignité de La personne humaine et de l'autonomie. Si nous analysons la conscience humaine, nous découvrons un renversement complet des choses telles que nous les représentent les sociologues. L'idée de responsabilité. Loin d'être la répercussion de l'idée de sanction sociale, en est la cause, et elle est elle-même la conséquence de deux notions fondamentales de noire nature pensante : l'obligation ou devoir et la liberté. « La notion de liberté est, en effet, inséparable de celle d'obligation; L'obligation est, à elle seule, une raison suffisante de croire à la Liberté... Les plus grands penseurs oni toujours enseigné que la règle de notre conduite est une lumière naturelle, dont les premières lueurs apparaissent dès Le berceau et que tous nous portons en nous. » [Mari on.) La conscience morale est un ensemble de Sonnées innées, a prton, d'intuitions directes de notre raison, el non pas une résultante naturelle des faits. L'individu n'a de devoirs

860 MOH \l.l-. I'!'. Al [Ql I

envers la Société qxïindirec tentent , é/ parce qu'il a de$ (/non envers lui même.

G. Solution solidariste : Le fondement de nos devoirs individuels et des données de la conscience morale dans la conscience de notre solidarité et de notre perfectibilité comme élément social. — L'homme n'est pas « un empire dam un empire » (Spinoza). Il n'est pas plus le centre de l'univers moral qu'il n'est le centre de l'univers physique.

Mais le déterminisme bien compris n'amène-t-il pas à considérer, en même temps que les influences du milieu sur l'individu, les réactions naturelles de celui-ci sur le milieu matériel et social? Si la conscience n'est pas la seule force et le seul facteur dans Tordre moral, elle est un facteur et une force, tout comme les influences extérieures à elle. Il résulte de là que, si, dans une large mesure, l'individu est l 'héritier du passé et le reflet du présent, il est aussi, pour une part, V ouvrier de l'avenir. En agissant, toujours il réagit. Ses réactions retentiront sur ce qui sera. Et, par là, il acquiert une dignité véritable, et des devoirs personnels impérieux. Le fondement des règles qui ne concernent que l'individu, c'est donc la conscience qu'il est un agent social perfectible ; que demain sera en partie fait de son effort propre. C'est bien le sentiment de sa dignité qui le guide, et cette dignité est bien la conséquence de son autonomie relative. Mais la dignité et V autonomie de la personne humaine ne sont plus fondées sur un principe métaphysique qui n'es! peut-être qu'une chimère de la conscience) et sur la seule volonté de l'individu. Elles sont fondées sur ce fait a! observation et de bon sens que la société résulte des actions de tons les individus et que ceux-ci sont responsables, en dernière analyse, de ce qifelleest; les individus se perfectionnant, l'humanitéen deviendra meilleure. Le progrès individuel estdonc conditionné par des considérations sociales ; il n'est pas abandonné à la liberté absolue de l'individu, qui, d'ailleurs, au moment considéré, subit forcément l'influence d'un état social. Ainsi se concilient les deux thèses : « l'individu n'est rien, la société est tout », et « l'individu est tout, la société n'est que ce que la font les individus », par cette* 'considération qu'individu et société agissent mutuellement l'un sur l'autre comme toutes les forces naturelles; ils sont fonction l'un de l'autre. La conscience morale de l'individu réfracte son milieu social avec un indice personnel.

i:i.\|']\ !I>r . MORALK PERSONNELLE m.|

Page 1