‹ Logique et moraleChapitre 144 sur 352 · I. - APPLICATIONS PRATIQVES. LES DEVOIRS DE V1ND1VIDU · texte numérisé non relu

I. - APPLICATIONS PRATIQVES. LES DEVOIRS DE V1ND1VIDU

Si la solution proposée est admise, on en doit conclure qu'il y a une morale individuelle, des règles que l'individu doit appliquer dans sa conduite personnelle el privée. Et, d'autre part, celte conduite personnelle et privée dépend de considérations sociales, et ne relevé pas de sa seule appréciation: « Ces remarques nous amènent à dénoncer un grossier sophisme. Il n'est pas rare d'entendre des gens s'excuser d'une faute en disant : je ne lais de mal qu'à moi-mêmi lin est pas decas où l'on ne fasse de mal qu'à soi-même. L'homme, en fait, est toujours membre d'une société, et une solidarité étroite et profonde relie tous les hommes entre eux. Aucun ne peut déchoir sans préjudice pour les autres; nul ne fait un pas vers le bien que tous n'en profilent.» (Marion, Morale, 182.) Nous devons dune, pour déterminer les devoirs individuels, demander aux faits, que nous avons retracés au début, les caractères qui ont marqué la transformation de la conscience humaine, à mesure que s'accomplissaient les progrés sociaux; nous les préciserons par l'idéal que le raisonnement peut construire grâce à celles des aspirations de notre conscience qui sont dans le sens de cette évolution. Nous aurons ainsi des règles pratiques immédiatement réalisables.

I Règle morale concernant l'individualité physique. // Conservation «le la personnalité physique, el condamnation du suicide, que l'on a fort bien comparé à une désertion, à l'abandon [l'un poste. Si ce n'esl pas toujours une lâcheté, c'est le plus souvent, Himn toujours, un courage mal appliqué.

h Se conserver implique forcément se maintenir en bonnesanté el suivre les prescriptions de l'hygiène.

La vie psychologique, condition delà vie sociale, exige un organisme sain el surtoul un système nerveux normal. Toul ce qui atteint l'organisme el la substance nerveuse, la débauche, particulièrement la débauche précoce, l'alcool, doit être soigneusement é\ ité. Ils sont cause de dégénérescence physique (moindre résistance érale, et maladies spéciales dues à l'alcoolisme), psychologique (dégénérescence générale, moindre énergie, impulsivité, folie), morale (atrophie de la conscience, subordination de toute activité à la tendance alcoolique) ; cause par suite de misère économique et ciale.

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/{. L'individualité psychologique. — On divise ordinairement les règles qui concernent l'individu moral suivant la classification naturelle de ses fonctions psychologiques: Règles envers f affectivité, l'intelligence et la volonté.

a) Affectivité. — La vie all'ective joue dans le développent général de l'activité consciente !«' rôle d'un guide on d'un agent de progrès, mais d'un guide relatif, insuffisant et aveugle, ce <jui plicjue que les effets sur nous soient souvent disproportionnés avec leurs causes. Notre vie affective doit donc toujours être tenue sous la dépendance de notre vie intellectuelle^ surtout de la raison l'on veut qu'elle soit utile pour l'individu comme pour la société. C'est dans la raison qu'en dernière analyse les états affectifs nous invitent à chercher la règle de notre activité, puisqu'ils se développent eux-mêmes grâce aux états intellectuels qui s'associent a eux, et dont la raison est l'expression la plus élevée.

Les passions qui ont pour caractéristique essentielle de paralyser l'activité intellectuelle, d'empêcher la libre réflexion propre à l'activité rationnelle, sont par conséquent toujours dangereuses. El c'est ce que montre l'observation la plus élémentaire : la passion nous enlevant la maîtrise de nous-mêmes, nous ramenant à une activité déréglée et automatique, ne peut, quel que soit son objet, être acceptée pour guide.

Mais, malgré Kant et un rationalisme exagéré, le sentiment a sa place légitime dans toute vie morale, à condition qu'il reste sous la direction de la raison, car il a une bien plus grande puissance d'action que les idées abstraites ou générales (Voir : Nature de la volonté, p. 446). C'est un ressort dont nous ne pouvons nous passer; user de cette forme morale incomparable et bien en user, c'est-à-dire conformément à la raison, constitue la vertu que les sages antiques appelaient la tempérance.

à) L'intelligence. — Connaître a un but et un seul : l'exactitude rigoureuse de la connaissance ou la vérité.

Il n'y a qu'un seul moyen d'atteindre ce but : l'application aussi complète que possible des procédés scientifiques. En particulier dans les choses de la vie courante, qui sont loin de se prêter à une science exacte et étendue, on cherchera à pratiquer les méthodes de description et d'observation en usage dans les sciences sociales : c'est-à-dire la critique impartiale. On repoussera, au nom de l'amour de la vérité et des procédés critiques qui en sont la seule garantie, tout ce qui se fonde sur V opinion courante, le préjugé, la coutume irraisonnée, la superstition, tout ce qui se dérobe à la libre

L'INDIVIDU : MORALE PER80NNELLE

discussion, et s'appuie sur autre chose que la raison éclairée, en un mot tout ce qui l'ait appel à l'autorité, sous quelque forme qu'elle se cache, et n'accepte pas pleinement le libre examen avec toute* ses conséquences. Il est contraire à la dignité humaine, et immoral d'agir autrement. Pour guider nos actes, des faits et des raisons, rien d'autre. L'acceptation entière de ces règles donne à l'individu cette vertu que les anciens appelaient prudence ou sagesse.

c) La volonté. — La volonté ne décide rien par elle-même; elle se détermine d'après les mobiles alî'eclifs et les motifs intellectuels. Elle est une puissance d'exécution. 11 s'agira donc pour l'individu de renforcer en lui, autant qu'il le pourra, la ténacité ^ fopi-

nidlre/é, (jui entraîne l'exécution complète des décisions une fois qu'elles ont été mûrement délibérées, liésister h l'entraînement de l'habitude et du préjugé pour «#//• selon la libre raison. Etre énergique, courageux (le courage est la vertu de la volonté), voilà la règle morale. Il ne faut pas qu'on puisse dire : « Je vois le bien, mais fais I*4 pire. » 11 ne faut pas que l'action dévie, quand la raison voit droit. 11 ne faut pas surtout que des obstacles prévus ou imprévus nous fassent commettre la lâcheté de mentir à ce que nous estimons le vrai. Car ce même courage, qui nous fait tenir nos résolutions, grâce h Yaudace qu'il nous communique, doit nous faire surmonter les obstacles. Pour vaincre où que ce soit, « de l'audace, encore de l'audace, et toujours de l'audace », selon l'heureuse formule de Danton : oser, à condition d'avoir estimé moral ce qu'on ose.

d) Synthèse des vertus individuelles. — L'initiative. — En

somme, toutes les fonctions, toutes «hs énergies de notre être doivent être tournées vers notre perfectibilité propre ; celte règle iérale nous apparaît comme voulue par notre dignité et la conscience de notre autonomie relative. Et celte perfectibilité a une orientation déterminée par le progrès social. « Sois un agent conscient de l'évolution », voilà la règle suprême de notre conduite. Il faut donc que, par nos sentiments et notre raison, nous ayons une initiative elîective et utile, et que, par notre volonté, nous accomsions l'effort nécessaire pour la réaliser. Celle initiative ne dépend pas du caprice individuel, mais de la marche des faits sociaux : «Tout réformateur, comme Socrate, itie un coq à Esculape, c'est-à-dire demeure attaché par quelq aux opinions courantes que son influence transfi d'auln

Iints de vue... La doctrine <;<- Jésus, si originale au milieu d ystèmes de morale antique, esl cependant en- ur bien

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points, un judaïsme, à peine dissimulé... Mais, si l'indépendance de l'esprit à fégard du passé est si difficile a conquérir que les meilleurs penseurs n'ont pu l'obtenir tout entière, il n'est fias moin véritable que l'individu réagit à son lour sur le milieu, comme un ferment plus ou moins énergique, et peut déterminer, par son action, de nouveaux courants de pensée, des formes de sentiment inconnues jusqu'alors... Ce ne sont pas seulement les grands géni< et les hommes dits providentiels qui peuvent agir sur la mas-'-. sur ses habitudes, sur ses dispositions conformistes. Tout agent moral est en mesure d'appliquer son énergie au monde où il vit. Nos actes ont tous des conséquences plus ou moins éloignées... Ainsi, non seulement faire œuvre d'initiative est permis et possible à chacun de nous, mais j'ajoute que c'est un devoir. Il ne faut pas s'attendre à la force des choses et croire que l'avenir se fera de luimôme sans notre participation. » (Jules Thomas, Philosophie morale,

100 et 192.)

C'est un lieu commun réactionnaire et autoritaire que l'initiative doit être bornée très étroitement, et que nul n'a le droit de s'élever au-dessus des conditions sociales où il est né. Il est facile de montrer, par le fait même, que la société a surtout progressé grâce à l'initiative de ceux qui, placés au bas de l'échelle, ont pu, parleur effort, réfléchir les aspirations inconscientes de leurs frères et accroître la dignité de tous en les formulant et en aidant à les faire reconnaître comme légitimes. C'est qu'en général les privilégiés tiennent à la conservation de l'état de choses qui, par le malheur de la masse, favorise leurs privilèges. Epictète, qui a donn«; une si belle expression de la morale stoïcienne, était esclave. Les premiers chrétiens, en grande majorité, sont nés parmi les déshérités. Et, plus près de -nous, la plupart des philosophes du xvme siècle, des savants et des artistes du xixe, Pasteur, Miche/et, Prudlwn, Rude et tant d'autres, sont sortis de la classe sociale la plus humble.

(Voir sur toutes ces questions ce qui est relatif à l'éducation du caractère.)

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