‹ Logique et moraleChapitre 147 sur 352 · V. — L'HONNETE HOMME · texte numérisé non relu

V. — L'HONNETE HOMME

De tout ce que nous venons de dire il résulte que, dans toute société, une certaine manière d'agir est qualifiée de morale et d'honnête et est considérée comme supérieure à toutes les autres. Cette manière d'agir n'est pas affranchie des conditions particulières qui définissent la société que l'on considère; car elle est une manière de réagir vis-à-vis des influences et des obligations particulières qu'impose cette société.

Mais c'est une réaction. Et il faut prendre ce mot dans toute la force du terme. La conduite de l'individu ne peut pas être considérée comme le simple reflet, la résultante automatique et néces-

L'INDIVIDU : MORALE PERSONNE!

saire des conditions sociales. File est une réfraction spécifique de ces influences, réfraction qui dépend du caractère de la personnalité de l'individu, qui dépend surtout de ce centre de la personnalité qu'est le moi réfléchi et conscient, le pouvoir per-onnel.

Par suite, on peut considérer que la conduite qui mérite d'être appelée vertueuse et honnête es! un mode particulier de réaction qui se définit (Tune façon générale en face de toute société déterminée. Aussi, pour qualifier l'honnête homme, n'aurons-nous pas besoin de nous reporter aux obligations particulières relatives à une société déterminée, mais, ce qui esl liés avantageux, suffira- t-il , au moins dans une très large mesure, de considère!" une attitude générale caractéristique de l'honnête homme : quelque chose comme l'indice de réfraction dont dépend la vertu.

C'est ce que Hauh a essayé de faire, entre autres choses, dans un ouvrage Intitulé V Expérience morale. L'honnête homme apparaît d'abord comme désintéressé, mais il faut que ce désintéressement soit conscient, raisonné : il y a des sacrifice- absurdes. Étanl désintéressé, l'honnête homme ne songe pas au plaisir pour lui-même. Il ne l'évite pas de parti pris, mais il le subordonne étroitement aux lins qu'il poursuit, abstraction faite de toute considération de plaisir dans le choix de ces tins. Enfin l'honnête homme ne se contente pas d'obéir aux obligations que lui impose l'état des mœurs dans la société où il vit. Il cherche toujours à dépasser, d'une façon réfléchie et raisonnai)!!; en évitant la révolte vainc et l'opposition stérile, les obligations traditionnelles. Il a un idéal. Mais cel idéal ne doit pas être une imagination chimérique. Il doit être constamment éprouvé au contact des faits. L'honnête homme en fait continuellement l'expérience, et il n'est moral qu'en faisant précisément cette expérience constante, lui ce sens il pense sa vie d'une façon active et non pas d'une façon verbale et Idéologique. Il la pense a /jriori, c'est-à-dire sans se subordonner d'une façon absolue aux circonstances présentes, car il cherche à les dominer et à les dépasser. Mais il n'oublie pas que cette vie doit se réaliser par chacun des actes qu'il est amené à faire dans une série d'expériences particulières.

C'esl ici que l'étude des différents systèmes de m >rale métaphysique et théorique qui s'élaborent autour de lui ou ont <:fè élaboautrefois par ceux qui s»4 sont particulièrement attachés au problème de l'action, peut intervenir d'une façon très utile. Ils aident h dégager les aspirations plus ou moins constantes dconscience humaine. Ils éclairent la route vers l'idéal. Mais l'honnête homme ne doit pas oublier que toutes ces théories ne sont que des théories el qu'en tant que théories ell< - planent trop loin des conditions de l'action. Aussi doit-il, répudiant toute intolé-

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