‹ Logique et moraleChapitre 150 sur 352 · I. — LES ORIGINES · texte numérisé non relu

I. — LES ORIGINES

A. Définition. — La famille est un groupe social qui repose sur les li<ui> du sang effectifs, et non plus fictifs comme dans le clan, dont d'ailleurs elle se détache peu à peu.

C'est le mariage ou acte solennel constatant l'union d< l'homme et de la Femme pour créer une postérité qui fonde juridiquement la famille : les rapports entre les deux sexes sont assez libres chei les peuples incultes, tant qu'il n'y a pas de mariage formel. <)n pourrait citer bien des coutumes qui choquent nos idées sur la chasteté.

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Mais, une fois le mariage contracté, soit Le clan, soit le mari surveille sévèrement l'observation des règles de la vie conjugale qui sont en usage; et les lois, écrites ou non, punissent tout écart. L< mariage est donc une convention sociale, et la forme qui] prend dans les différents groupes ethniques est intimement liéeà la constitution sociale et économique (Je ces groupes.

B. Hypothèse de la promiscuité. — On entend dire souvent que l'évolution du mariage a pour point de départ un état dp, promiscuité dans lequel aurait vécu jadis l'humanité. Celle-ci ne se serait en rien distinguée de l'animalité, ajoute-t-on parfois, oubliant que parmi les animaux les plus proches de l'homme, cet état de promiscuité est plutôt exceptionnel et que la famille polygame ou monogame existe chez un grand nombre d'oiseaux et de mammifères. L'hypothèse de la promiscuité ou du « mariage communal », si hien résumée jadis par J. Lubbock, a peu de défenseurs aujourd'hui. On sait qu'actuellement il n'existe pas sur la terre de populations pratiquant la « promiscuité », et les témoignages de l'histoire se réduisent à trois ou quatre textes d'Hérodole, de Strabon et de Solin, dont l'interprétation n'est rien moins que persuasive.

C. Le clan matronymique. — Mariage par groupes. — Ce que l'on a pris souvent pour de la promiscuité n'est qu'une forme de mariage assez différente de notre mariage individuel, mais qui néanmoins représente le premier essai de réglementer les rapports sexuels, de constituer les liens de parenié afin d'assurer l'existence et l'élève des enfants. Cette forme de mariage, admirablement étudiée par Howitt etFison chez les Australiens, a reçu de ces auteurs le nom de « mariage par groupes ». Ce n'est autre chose que le clan matronymique que nous avons décrit déjà.

Elle consiste essentiellement en ce que les hommes et les femmes, rien que par le fait d'appartenir à tel ou tel clan, ne sont pas mariables entre eux ; « ils sont obligés," de par leur naissance même, à contracter des unions avec des sujets d'autres groupes de la tribu, chaque clan constituant une sorte de vaste famille.

« Le mariage par groupes se rencontre dans sa forme la plus accentuée chez les Australiens et chez quelques peuplades de l'Inde (Naïrs, Dodas). Chez les Australiens, cette forme coexiste avec le mariage individuel (le « Noa » des Dieri de l'Australie centrale) et se présente sons la forme la plus simple dans l'exemple des Australiens Wotjoballuk du Nord-Ouest de Victoria. Cette tribu est divisée en deux classes ou clans, les Gamutch et les Krokitch. Les

hommes du clan Gamutch sont de droit les maris de toutes les femmes du clan Krokitch et réciproquement. Mais ce n'est qu'un droit virtucîl. En pratique, pendant les grandes fêtes de l'initiation, les vieux de la tribu, réunis en conseil, distribuent entre les garçons d'un clan les filles disponibles de l'autre; clan. Le mai appelé

« Pirauru » chez les Dieri et connu des colons bous le nom de « Paramour custom », donne le droit à L'homme du clan Gamutch, par exemple, de faire acte de mariage avec les femmes ainsi d gnées du camp Krokitch, quand l'occasion s'en présentera. Cependant, coin me la même femme peut être « allouée » dans la succession des fêtes à plusieurs hommes, il y a certaines règles de préséance à observer dans l'accomplissement des devoirs conjugaux, si le hasard met deux hommes en présence de leur femme commune; le frère aîné a alors le pas devani le cadet, L'homme devant Le jeune, etc.

« Bxogamie et endogamie. — Le mariage par groupes est lié à ce qu'on appelle l'exogamie ou exogénie, c'est-à-dire le mariage en dehors de sou clan, par opposition à L'end o garnie ou endogénie, le mariage dans le sein même du clan. L'endogamie interdite dans le^ limites du clan est au contraire exigible dans les limites de la tribu que composent les clans 11 y a dans ce cas exogamie par rapport au clan et endogamie par rapport à la tribu.

« Matriarcat. — Gomment établir la filiation et la parenté dans le mode de mariage par groupes, dans lequel la recherche de la paternité est impossible? C'est à Bachofen ef a Mac Lennan que revient l'honneur d'avoir découvert tout un système de filiation en vigueur chez, beaucoup de peuples incultes, et absolument contraire à ceux que nous sommes habitués de voir dans nos sociétés: système de filiation par la mère ou de matriarcat. Ainsi, dans notre exemple des Australiens Wotjoballuk, la postérité d'un homme du - Gamutch marié à la femme du clan Krokitch appartiendra au i Krokitch. Si, au contraire, le père est un Kr< kitch et la mère une Gamutch. les enfants appartiendront au clan Gamutch. Cette filiation établit la parenté utérine; liée à L'exogamie, elle empêche les mariages entre les parents les plus proches. En effet, dans notre exemple, le fils du premier couple, étant du clan Krokitch, ne pourra pas épouser sa sœur utérine puisqu'elle est du même élan que lui ». mais seulement une étrangère du élan Gamutch, qui, au d< le plus rapproché, ne peut guère être que sa cousine. Théoriquement, un père du élan Gamutch pourrai I épouser sa fille, puisqu'elle est du clan Krokitch; mais ces cas sont évités par L'existence

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non pas (le deux, mais de quatre ou huit classes dans La tribu, avec prohibition de mariage entre les .'j-tis de certaines '!<• ces cla

dans les sociétés déjà i:n peil évoluées.

<( Il faut dire cependant que Les préoccupations relative! à L'inceste

ne doivent pas Aire très sérieuses chez Les peuples qui pratiquent le mariage par groupes et l*cxogamie, car les dc^n'-- de parenté ne sont pas établis chez eux comme chez nous. Ils se servent dans ce but d'un système appelé par Morgan, qui l'avait découvert (d'abord chez les Peaux-Kouges) et magistralement exposé, le système de parenté par classification. Dans sa forme la plus simple, tel qu'il se rencontre, par exemple, chez les Micronésiens et les Maoris, il peut se résumer ainsi qu'il suit: Tous les parents consanguins sont divisés en cinq groupes. Le premier est formé de moi et de mes frères, sœurs et cousins, portant tous le môme nom, qui est celui du groupe entier. Le second groupe est formé de mes père et mère avec leurs frères et sœurs ainsi que leurs cousins, portant tous également le même nom. Le troisième groupe comprend mes grands-parents avec leurs frères, sœurs, etc. Le quatrième, les cousins de mes enfants que je considère comme mes fils et filles. Enfin le cinquième groupe se compose des petits-enfants de mes frères et sœurs que je considère comme mes petits-enfants. Une nomenclature semblable est répandue chez plusieurs peuples de l'Inde; elle est même cause, parfois, de grands embarras pour les juges anglais nouvellement débarqués. Ex : Un témoin dit que son père était à la maison à telle heure; puis, quelques instants après, il affirme que le père était aux champs... Perplexité du juge, jusqu'à ce qu'il établisse par une série de questions qu'il s'agit dans l'espèce du « petit » père, c'està-dire de ce que nous appelons l'oncle. Westermack à essayé d'interpréter autrement le système classificateur. Il n'y voit qu'un artifice de langage, qu'une façon d'adresser la parole aux personnes plus âgées ou moins âgées; mais, comme le remarque judicieusement Fison, si Ton nie que ce système se rapporte aux degrés de parenté, il faudrait refuser toute notion de ce sujet à certains peuples qui n'ont pas d'autres expressions pour désigner les relations de parenté en général.

« D. Polyandrie. — La polyandrie, c'est-à-dire le mariage dans lequel une femme possède plusieurs maris, est considérée par la majorité des auteurs comme une forme dérivée du mariage par groupes. Sauf deux exemples douteux (Khassia et Cosaques dits Zaporogues), la polyandrie revêt toujours la forme fraternelle, c'est-à-dire que les maris de la femme sont frères entre eux. Le pays classique de la polyandrie est le Tibet. Là, chacun des

LA FAMILLE : LE TUtOlT DOMESTIQUE

frères cohabite avec la femme commune, à tour de rôle, une période de temps donné. Chez les anciens Arabes, d'après Strabon% les choses se passaient moins régulièrement, et le premier arrivant dans la demeure de la femme usait de ses droits de mari, après avoir pris soin toutefois de placer son bâton à la porte de la maison, comme on le fait encore aujourd'hui dans les mariages temporaires en Perse et chez lesTodas, qui ajoutent le manteau au bâton. La polyandrie est pratiquée par plusieurs peuples vivant aux abords du Tibet (Mirs, Dophlas, Abors, Khassia, Ladaki, etc.), mais ne parait se rencontrer que rarement ailleurs et en tous cas presque jamais en dehors de l'Inde. On l'explique par la rareté des femmes dans ces pays (ce qui n'est pas confirmé par les statistiques pour certains d'entre eux) et par les nécessités de la vie pastorale des populations en question.

« Le lévirat ou mariage obligatoire avec la veuve du frère défunt, très répandu dans l'Inde (où il porte le nom de vigoga), chez les Iroquois et autres Peaux-Rouges, chez les Mélanésiens, chez les nègres ainsi que chez les anciens Egyptiens et les Juifs, est considéré comme une survivance de la polyandrie », de même que le mariage parental: « Dans cette forme d'union, le frère ou l'oncle ou d'autres parents cohabitent réellement avec la femme nominale de leur fils ou neveu encore mineur » (Inde, certains pays russes).

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